Birmanie: un homme malade mental, suspect pour l’attaque de la maison de Suu Kyi

GABRIEL MIHAI

La dirigeante birmane n’était pas dans sa maison lorsque d’un jet de cocktail Molotov a été lancé, jeudi.

Un homme souffrant de troubles mentaux a confessé être l’auteur d’un jet de cocktail Molotov dans l’enceinte de la villa d’Aung San Suu Kyi jeudi à Rangoun et a été arrêté, a affirmé la police.

Sur la base de photos prises par un témoin de la scène, les enquêteurs ont arrêté Win Naing, 48 ans, vendredi, indique la page Facebook de la police de Rangoun.

La dirigeante birmane n’était pas dans sa maison lorsque le projectile, qui n’a fait que des dégâts matériels mineurs sur une canalisation.

«Il a confessé avoir pris une bouteille remplie d’essence et l’avoir jetée à l’intérieur de la résidence», précise la police, ajoutant que le suspect travaille dans la sécurité pour une société de construction.

Win Naing aurait dit à la police, qui estime qu’il souffre de «troubles mentaux», qu’il avait été «ensorcelé».

Aung San Suu Kyi reste une icône dans son pays, elle est aujourd’hui très décriée sur la scène internationale pour sa gestion de la crise des Rohingyas. En avril 2016 a pris la tête du gouvernement birman après un raz-de-marée électoral.

Aung San Suu Kyi née le 19 juin 1945 à Rangoun, est une femme d’État birmane, figure de l’opposition non-violente à la dictature militaire de son pays, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991.

Sous la pression populaire, la junte militaire organise des élections générales le 27 mai 1990. Le scrutin est très largement remporté par le parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, qui obtient 58,7 % des voix et 392 des 492 sièges de l’assemblée, contre 21 % des voix et 100 sièges pour le parti soutenant le pouvoir militaire.

Les députés élus ne sont pas autorisés à siéger. Le 28 juillet 1990, la junte militaire annonce que la formation d’un gouvernement ne pourra se faire qu’après un long processus d’élaboration d’une constitution, laquelle devra recevoir l’agrément des militaires, puis un aval référendaire. Le 30 juillet 1990, le congrès de la LND, en l’absence des dirigeants Suu Kyi et Tin Oo, placés en résidences surveillées, refuse ce programme. Une répression s’ensuit.

En juillet 1995, elle est libérée de sa détention surveillée. Cependant, il lui est interdit de quitter Rangoon afin de rendre visite à sa famille, au Royaume-Uni, sous peine de se voir refuser le droit de revenir en Birmanie. En 1997, son mari, Michael Aris, atteint du cancer de la prostate, se voit refuser le droit de rendre visite à sa femme par le gouvernement6. Aung San Suu Kyi ne revoit jamais son mari avant sa mort, en 1999 autorisée par la junte à quitter le pays, l’opposante préfère ne pas se rendre aux obsèques de son époux par peur de ne pouvoir être autorisée à rentrer en Birmanie6. Elle est par ailleurs toujours séparée de ses enfants, qui vivent au Royaume-Uni.

En 1996, en arrêtant un proche qui meurt en prison (affaire Nichols), la junte cherche à intimider Aung San Suu Kyi mais provoque un processus de sanctions internationales.

Le 19 juin 2006, Suu Kyi passe son 61e anniversaire en maison d’arrêt, sa ligne téléphonique est coupée, son courrier filtré et elle n’a pas accès aux soins médicaux qu’elle désire. Des manifestations sont organisées devant les ambassades birmanes. Le 14 mai 2007, un appel est lancé par une cinquantaine d’anciens dirigeants du monde entier pour la libération d’Aung San Suu Kyi.

Ne pouvant pas être présidente de la République, Aung San Suu Kyi devient ministre mais cumule autant de pouvoirs qu’elle peut le faire, le président Htin Kyaw étant considéré comme un de ses plus fervents partisans. Elle est ainsi ministre des Affaires étrangères et brièvement ministre de l’Éducation, de l’Électricité et de l’Énergie. Elle est également ministre de la Présidence, un portefeuille qui lui permet de jouir d’un statut de « super-ministre », devenant le numéro un d’un gouvernement comptant 21 titulaires. Malgré le poids important de l’ancienne junte, qui pèse dans l’appareil d’État, elle est considérée comme la dirigeante de la Birmanie de facto.

Le 4 avril 2016, Aung San Suu Kyi renonce à deux ministères au sein du gouvernement, l’Éducation et l’Énergie, qu’elle cumulait au sein d’un super-ministère comprenant aussi les Affaires étrangères et les relations avec la Présidence. Elle est nommée conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la Présidence. D’une durée de cinq ans, ce nouveau poste consiste à faire la liaison entre la Présidence et le Parlement, et permet à Aung San Suu Kyi d’avoir accès à l’Assemblée.

Après soixante ans de junte militaire, Aung San Suu Kyi se retrouve en difficulté afin de faire redémarrer le pays, la Birmanie manquant d’une classe intellectuelle et de cadres permettant de moderniser l’économie.

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