Bolsorano, 100 jous après son élection

Alors que le président Bolsorano vient de dépasser les 100 premiers jours de son mandat, un bilan plutôt alarmiste pour les peuples autochtones du Brésil s’impose basé sur des craintes fondées concernant leur existence et celle de leurs terres.

Les peuples autochtones s’organisent et se sont mobilisés à l’échelle locale et nationale en participant  en début d’année à la plus grande manifestation internationale de leur histoire en faveur de leurs droits, organisée par Survival International, ONG créée en 1969 dont l’objet est la défense des droits des peuples indigènes par des campagnes d’opinion, en s’appuyant sur l’éducation, les campagnes et la recherche de fonds et en relayant la parole des peuples indigènes dans le monde, en lien étroit avec les organisations indigènes locale. Partout dans le monde, la solidarité avec les peuples autochtones du Brésil, qui ont eux-mêmes organisé des dizaines de manifestations, se fait entendre. Pour être valable, le Congrès devra valider l’ordonnance. De plus, le Parti socialiste brésilien (PSB) a déposé une plainte auprès de la Cour Suprême fin janvier pour contester la décision d’attribuer au ministère de l’agriculture l’autorité sur les délimitations des terres autochtones. Les juges sembleraient soutenir les demandeurs. Sonia Guajajara, cheffe autochtone, candidate à la vice-présidence aux élections de 2018 et Rosilene Guajajara ont fait part lors de déclarations:”Nous résistons depuis 518 ans, ce n’est pas maintenant que nous allons abandonner le combat. Nous unirons toutes nos forces, et nous gagnerons”. Depuis la campagne présidentielle, la déforestation a augmenté de 50 % et les invasions de terres ont augmenté de 150 % après l’ élection d’octobre dernier.

Le premier jour de son entrée en fonction, Bolsonaro a retiré à la Funai (le département des affaires autochtones) la responsabilité de la démarcation et de la réglementation des territoires autochtones pour la confier au ministère de l’Agriculture afin de mettre un terme à toute nouvelle protection des terres autochtones.

La nouvelle ministre de l’Agriculture de M. Bolsonaro est Tereza Cristina Corrêa da Costa Dias, ancienne présidente du groupe parlementaire de l’agro-industrie, connue pour avoir accepté un don de campagne d’un propriétaire foncier accusé d’avoir commandité le meurtre d’un dirigeant autochtone. Le responsable du département chargé des questions territoriales est Nabhan Garcia, ancien président de l’Union des ruralistes démocrates, association politiquement à droite qui lutte depuis des décennies contre la démarcation des territoires autochtones.

Plusieurs nouveaux projets semblent être prévus,  comme la construction  à partir du 30 juin d’une ligne électrique sur plus de 100km du territoire des Waimiri Atroari, sans leur consentement; eux opposés à cette idée d’autant que la ligne n’alimentera pas les villages autochtones ni les centres présents dans la réserve. La construction d’un barrage sur la rivière Trombetas, un pont sur l’Amazone et le prolongement de l’autoroute de 500 km reliant l’Amazone à la frontière du Surinam sont aussi à l’ordre du jour toujours en invoquant la sécurité  nationale face aux agissement des indigènes face au gouvernement qui  a menacé de retirer le Brésil de la principale loi internationale sur les droits des peuples tribaux et autochtones, connue sous le nom de Convention 169 de l’OIT (Organisation internationale du travail).

Suite à la sortie de l’ouvrage de Sabah Rahmani,  anthropologue et auteure du livre ” Paroles de peuple racines-Plaidoyer pour la nature” la cacique Tanoné du peuple  Kariri-Xocó ( région du Nord est du Brésil, dans une zone de montagnes) est exceptionnellement de passage en France. Elle est  la première femme cacique, cheffe de tribu, dans l’histoire de sa communauté. A 63 ans, elle est l’une des rares leaders féminines indigènes du Brésil et milite auprès des instances officielles contre la déforestation et pour la reconnaissance des siens. Pour elle, c’est l’occasion de rencontrer le public afin de le sensibiliser aux problèmes que rencontre les minorités à travers le monde et de la lutte qu”elle doivent mener pour sauver leur territoire.

Miguel Enrique Stedile, dirigeant national du MST (Mouvement sans Terre) étant présent en France, l’association France Amérique a décidé d’organiser une conférence à Paris, salle Niemeyer au siège du PCF, construit en 2 temps entre 1969 et 1980, par l’architecte brésilien et militant communiste vivant en France depuis quelques années et ayant fui la dictature de son pays Oscar Niemeyer. Célèbre pour son architecture d’avant garde et la construction de la capitale du brésil Brazilia, il est aussi à l’origine d’autres constructions en France comme  le centre culturel de la Ville du Havre dit « Le Volcan », la Bourse du Travail de Bobigny, ou encore l’ancien siège de l’Humanité à Saint-Denis. Cette conférence avait pour thème le bilan des 100 jours du président Bolsorano et avait pour invitées  Eró de Oliveira, dirigeante du MST de la région du Pará et la cacique Tanoné, du peuple Kariri Xoco (invitée par l’association Planète Amazone). Au programme, la solidarité pour Lula, prisonnier politique, l’arrêt des attaques à la démocratie, au coup d’état institutionnel lié au G8, G 20, à la Banque Mondiale et à la Banque de Centrale Européenne comme au Vénézuela.

Après le coup d’état contre Vilma Roussef en 2016 et l’emprisonnement  (abusif) de l’ancien président Lula, un nouveau président a été élu en janvier dernier, signifiant l’arrivée de l’extrême droite comme  à l’échelle internationale (la droite et l’extrême droite représentent 40% en France et en Europe),  caractérisant le populisme dans tous ces pays où les opposants doivent s’exiler pour ne pas  être arrêtés. Pour beaucoup, racisme, sexisme, xénophobie et homophobie représentent le pouvoir tenu par un gouvernement de 19 hommes et 3 femmes, des militaires  et hommes politiques réactionnaires et ultralibéraux, détériorant l’image du pays.

Depuis quelques années,  un réseau de résistance et de solidarité de la part de Brésiliens et de leurs amis a été constitué et a mobilisé des milliers de personnes en France et en Europe pour informer et alerter sur ce qui se passe au Brésil et  créer le Réseau Européen pour la Démocratie au Brésil (RED.Br), composé de citoyens, intellectuels, artistes et militants visant à réunir toutes les initiatives pour informer l’opinion publique européenne sur la situation politique au Brésil concernant les menaces en direction de défenseurs des droits humains comme le député Jean Willys, les mesures répressives comme le projet de ” loi anti-crime et corruption” ( lutte contre le crime organisé dans un pays où  le nombre d’homicides était de 63 880 l’an dernier et les armes en vente libre, augmentation des inégalités sociales et aggravation du nombre d’emprisonnements, génocide dont la jeunesse noire et de la périphérie est victime suite au”permis de tuer” de la police) porté par le ministre Sergio Moro, les assassinats dont celui de Marielle Franco, conseillère municipale noire de Rio de Janeiro et les scandales sans oublier le discours inaugural de Jair Bolsonaro au forum de Davos, le 22 janvier dernier.

Les droits sociaux ont aussi été impactés avec un chômage qui atteint 12%, soit 13 millions de personnes et  une baisse dans tous les secteurs économiques avec une croissance molle; c’est la même chose  dans la communication et l’éducation (pas de nouveau projet , budget gelé.., développement de “l’école sans parti”, favoriser les écoles privées) mais aussi les retraites qui est le second grand chantier de Bolsorano en tentant d’endiguer les déficits et mettre fin aux privilèges de certaines castes, soit 250 milliars d’euros sur 10 ans et éviter l’explosion de la dette publique.

Après ces 100 jours, le bilan serait positif pour 1/3 de la population et 30% de non satisfaits, pire performance pour un président depuis le rétablissement du suffrage universel direct il y a 30 ans, selon un sondage.

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