Ceija Stojka, peintre rom rescapée des camps

Les témoignages de la persécution des tziganes par les nazis sont rares. Ceija Stojka est l’une des seules à avoir écrit et peint son histoire. Ayant survécu à l’horreur absolue de trois camps de concentration : Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen, elle attendra 40 ans pour commencer à peindre et à écrire et témoigner pour combattre l’oubli.

Ceija Stojka est née le 28 mai 1933 à Kraubath an der Mur en Styrie(Autriche) dans une famille de six enfants. Ses parents étaient marchands de chevaux rom d’Europe Centrale. A la suite de l’Anschluss en 1938, la famille issue des Lovara, une longue lignée de marchands de chevaux originaire de Hongrie mais installée en Autriche depuis des siècles  est obligée de se sédentariser en transformant la roulotte en cabane de bois.
A l’âge de 10 ans, après l’arrestation de son père en 1941 (il meurt à Dachau en 1942), et avoir vécu cachée avec sa mère et ses frères et soeurs, la famille est arrêtée puis déportée dans 3 camps successivement desquels elle survit. De cette période, elle dira : »Je n’ai pas peur, ma peur est restée à Auschwitz et dans les camps, Auschwitz est mon manteau, Bergen Belsen ma robe et Ravensbrück mon tricot de corps, de quoi devrais-je avoir peur »,
Après la capitulation de l’Allemagne, Ceija et sa mère rejoignent Vienne. Elle y vend des tapis et des tissus en porte-à-porte ou sur les marchés jusqu’en 1984. Elle a trois enfants.
40 ans plus tard, en 1988, alors qu’elle a 55 ans, elle ressent la nécessité de parler de cette époque douloureuse de sa vie en se lançant dans un travail de mémoire en écrivant plusieurs ouvrages (4 livres entre 1988 et 2005) dans un style poétique et très personnel, qui font de cette autodidacte la première femme rom rescapée des camps de la mort qui témoigne de son expérience  concentrationnaire contre l’oubli et le déni, contre le racisme ambiant. Elle endosse alors très vite un rôle de militante et activiste pro-rom dans la société autrichienne.

 À partir des années 1990, elle commence à peindre et à dessiner et s’y con centrera jusqu’à peu de temps avant sa disparition en 2013.

Son œuvre, peintures ou dessins, réalisée en une vingtaine d’années entre 1988 et 2012, sur papier, carton fin ou toile, compte plus d’un millier de pièces dont 150 viennent d’être exposées pour la première fois à Paris à La Maison Rouge. Ceija peignait tous les jours, dans son appartement de la Kaiserstrasse à Vienne,  à l’acrylique, souvent avec les doigts, recouvrant la toile ou le papier d’une épaisse couche de peinture. On retrouve deux lignes différentes dans son oeuvre, la période de la vie heureuse en roulotte dans la campagne autrichienne avec d’autres roms et la terrible période de la guerre et de la déportation endurée par sa famille sans oubliés les prés de 500 000 Roms morts tués par les nazis.

L’exposition montre d’ailleurs les différentes périodes dans les différentes salles. C’est tout d’abord un oeil double qui nous accueille et nous invite à ne pas fermer les yeux sur ce qui s’est passé, on découvre ensuite la photographie de l’artiste. Tout commence par « Quand on roulait » puis « La cache, la traque, la déportation », ensuite « Les camps » Auschwitz, Ravensbruck et Bergen-Belsen, enfin « Le retour à la vie »où l’on retrouve les fruits et les légumes mais aussi les tournesols, fleurs qui cherchent le soleil apportant l’espérance pour cette femme qui a vécu grâce à sa foi et grâce à la Vierge qu’elle représente dans ses tableaux.

Pour quitter l’exposition, on se retrouve accompagné de nuée de corbeaux qui symbolisent la mort mais qui dans la culture rom joue un rôle de messager entre morts et vivants.

 

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