Chine: le parlement abolit la limite des mandats présidentiels désormais à vie

GABRIEL MIHAI

Le Parlement chinois a validé sans surprise dimanche l’abolition de la limite des mandats présidentiels, offrant la possibilité à Xi Jinping, de se maintenir à la tête de l’État après le terme prévu de 2023, lui permettant d’imposer sa vision à long terme.

Xi Jinping, qui accumule les comparaisons avec le fondateur du régime chinois, est parfois surnommé “Président de tout” pour sa capacité à empiler casquettes et titres honorifiques. A 64 ans, le président de la République populaire a obtenu dimanche une révision de la Constitution chinoise qui l’autorisera à rester au pouvoir sans limite de temps.

C’est le poste le plus important en Chine, où “le rôle dirigeant” du Parti communiste chinois (PCC) est inscrit dans la Constitution. Xi Jinping occupe cette fonction depuis son élection par le Comité central en 2012. Il en a profité pour lancer une campagne anti-corruption qui a visé plus de 1,2 million de cadres du PCC, et pour placer des hommes à lui aux postes stratégiques.

Par 2.958 voix pour, deux contre et trois abstentions, les députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont sans surprise plébiscité un changement de la Constitution, qui limitait les mandats présidentiels à deux fois cinq ans. La majorité des deux tiers était requise.

Xi Jinping, héraut de la “grande renaissance de la nation chinoise”, cherche à incarner face à l’Occident la revanche d’une superpuissance moderne et respectée à l’horizon 2050. Mais sans concession aux libertés individuelles.

Une loi réprime sévèrement la dissidence sur internet, des défenseurs des droits de l’homme ont été condamnés à de lourdes peines et le militant démocrate Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, est mort en détention malgré les appels à la clémence venus de l’étranger.

Le projet de changement constitutionnel a été rendu public à la dernière minute il y a tout juste deux semaines, stupéfiant une partie de l’opinion tandis que les réactions critiques ou consternées sur internet étaient promptement censurées.

La limite de deux mandats avait été imposée dans la Constitution de 1982 par l’homme fort de l’époque, Deng Xiaoping, afin d’éviter un retour au régime dictatorial de l’ère Mao Tsé-toung (1949-76).

«Quarante-deux ans plus tard, à l’ère de l’internet et de la mondialisation, un nouveau Grand leader, un nouveau tyran à la Mao se lève sur la Chine», dénonce le dissident Hu Jia, interrogé au téléphone par l’AFP dans le sud du pays, où les autorités l’ont emmené en «vacances forcées» durant la session de l’ANP.

«Cette prétendue assemblée populaire n’a rien à voir avec la volonté du peuple», insiste-t-il, estimant que les deux votes contre «entreront dans l’histoire».

Tout autre son de cloche du côté des parlementaires. «Xi Jinping dirige de grands chantiers, la lutte anticorruption… Il y avait un consensus pour lui donner du temps pour achever sa tâche», déclare à l’AFP, Dou Yanli, députée du Shandong.

«Aux yeux de l’Occident, (ce changement) peut ressembler à un pas en arrière. Mais la Chine se concentre sur l’objectif final et la façon de l’atteindre», abonde Li Peilin, député du Hubei, jugeant qu’il faut un dirigeant «puissant» et inamovible pour «balayer durablement la corruption et imposer les réformes».

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