Coulisses et potins du Salon International de l’Agriculture

GÉRARD CROSSAY

4050 animaux de 360 races, 1000 exposants, 230 tonnes de paille, 100 tonnes de foin, 280 tonnes de fumier.
Le Salon International de l’Agriculture, c’est une grosse production pour un grand spectacle qui, l’an passé, avait rassemblé 620.000 spectateurs.
Chaque soir, à 19h, le rideau tombe, le public sort, mais les acteurs n’ont pas fini leur travail.
On mène les vaches à la traite, car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas parce qu’elles font salon qu’elles s’arrètent subitement de produire du lait.
Deux fois par jour, on les emmène à la salle de traite. Le lait est stocké dans un réservoir réfrigéré et récupéré par un laitier qui le transforme. 45.000 litres de lait sont ainsi traités sur le Salon.
Les Pim’Holstein sont les plus productives, elles peuvent donner plus de 50 litres par jour !
A ce propos, il faut noter la présence insolite dans le hall 7 de … chamelles, de l’association  » La Camelerie  » qui propose notamment du lait de chamelle en poudre et du « camelcino ».
Ce lait est riche en omega 3 et ne contient pas les allergènes du lait de vache. 3 fois plus riche en vitamines C et en immoglobuline, il renforce les défenses immunitaires. Il contient 10 fois plus de lactoferrines, ce qui lui confère un effet bactériostatique. Il ne contient pas de LDL, le mauvais cholestérol, que du HDL.
Avec toutes ses propriétés fantastiques, il devrait rapidement détrôner le lait de vache qui ne sera plus cantonné qu’à la fabrication des fromages et des yaourts.
Marcher pour aller à la traite dégourdit les pattes des bêtes, facilite leur digestion et prévient les crampes.
On leur donne du foin, on étale la paille, on nettoie les stalles.
Quand le travail est terminé la plupart des éleveurs se retrouvent au restaurant des éleveurs pour prendre un dîner chaud dans une ambiance conviviale.
D’autres dînent dans leur réserve. On en trouve une par race bovine. Certains y dorment aussi dans un calme relatif.
Puis les ballets et chorégraphies des animaux reprennent dans des arènes appelées « rings » qui accueillent les performances, bovines, ovines, canines, porcines.
Face au Jury des Césars des Races Porcines, les porcs saluent et s’exclament en choeur « Morituri te salutant » ( pour les non-latinistes, « Ceux qui vont mourir te saluent »).
Il y a aussi les Césars Bovins et Ovins, à ne pas confondre avec les Oscars des Vins, autre catégorie du Concours Général Agricole avec les Globes de Cristal des Produits.
Créé en 1870, le Concours des Animaux récompense les meilleurs animaux reproducteurs français.Il constitue un élément essentiel de l’attractivité du Salon pour le grand public.
Grande nouveauté de 2018, le Concours Général Agricole des animaux est ouvert aux Chats.
Avant les présentations sur les rings pour les concours des races, les animaux sont bichonnés par des coiffeurs qui brossent, peignent, font une belle queue touffue aux vaches ou des tresses élégantes pour les chevaux.
Une armada de vétérinaires veille sur les bêtes.
Pour les chats et les chiens, il existe des psychanalystes, mais pas pour les bovins. Certains vétérinaires le déplorent car nombreux sont les traumatismes psychologiques des vaches auxquelles on arrache leur veau.
Des esthéticiennes lavent les pies, des maquilleuses entrent en jeu pour magnifier les bêtes.
Ainsi, Haute, la vache-égérie de cette année, originaire du Haut Brac, haut plateau volcanique de l’ Aveyron, a-t-elle vu ses yeux soulignés de kohl pour lui donner un regard séduisant.
Dés sa naissance, dèjà curieuse, elle levait sans cesse la tête, d’où son nom.
Ses cornes sont coupantes comme les couteaux de Laguiole, sa ville natale.
Des polémiques ont surgi par rapport au choix d’une vache, comme mascotte du Salon, chaque année depuis 2000.
Johann Coenne ( qui a dit « de porc »?), commissaire général du Salon de l’Aviculture de Paris, avait proposé un coq, emblème de la France, comme égérie du Salon. En vain.
Jean-Luc Poulain, président du SIA, lui, aurait préféré le choix d’un équidé, plutôt un âne, sans allusion à quelque politicien que ce soit. Il s’est retrouvé aussi chocolat.
L’espace avicole, malgré l’absence cette année des canards et des oies pour raisons sanitaires, est celui qui attire le plus de gens  avec 1100 animaux.
Emmanuel Macron n’y est pas passé mais, dans le hall 1, il s’est soudain retrouvé avec une belle poule rousse dans les bras, offerte par le directeur général des Fermiers de Loué.
« Je la prends, mais il faut qu’on trouve un système pour la protéger du chien », lui a dit le président, évoquant Nemo, le labrador présidentiel, adopté fin août dans un refuge de la SPA.
Un récent écho de presse  avait évoqué le souhait de son épouse Brigitte Macron de réaliser un jardin potager à l’Elysée, comme l’avait fait Michelle Obama à la Maison Blanche.
Alors, pourquoi pas avec une poule dans le jardin ?
Jusqu’à présent « c’est le ministère de l’Intérieur qui fournit les oeufs à l’Elysée. Ils ont des poules … on va faire un poulailler à l’Elysée ! », a dit le président.
L’Elysée aura ainsi ses  oeufs frais.
Emmanuel Macron était accompagné entre autres de son ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert ( qui a ajouté  » de porc »?).
Parallèlement au défilé des hommes politiques, se succèdent sur le Salon des personnalités du show-biz.
Au coqtail d’Inauguration du stand d’Inaporc, on aurait remarqué la présence de Jean-Michel Jarret et de Grand Porc Malade tandis que la Filière bovine aurait accueilli le célèbre humoriste-acteur-producteur DJamel Debbouze.
Le SIA n’est pas seulement une vitrine du savoir-faire des agriculteurs, c’est aussi un gigantesque marché de produits régionaux et un espace spécialement dédié au business. Avec des dizaines de délégations venues des quatre coins du monde, le salon est l’occasion de négocier des bêtes et notamment des vaches.
L’objectif pour les pays présents (Mexique, Sénégal, Kazakhstan, Emirats Arabes Unis …) est de repartir avec des vaches pour les coupler avec leurs races locales. C’est ce que l’on appelle « l’amélioration génétique », afin de faire profiter ces vaches des qualités des bêtes françaises.
Le SIA est une démonstration de l’excellence de la génétique et de l’élevage français.
Les animaux sélectionnés sont issus des programmes les plus rigoureux de sélection. Primés ou non lors des concours, ils mettent en exergue l’exceptionnelle biodiversité de la génétique française.
En venant au SIA, les visiteurs professionnels, acteurs de la génétique animale, peuvent, en quelques heures, inventorier les meilleurs reproducteurs de l’élevage français et trouver des opportunités en termes de business.
La France ne vend pas seulement des vaches mais propose aussi du matériel agricole ainsi que de la formation et des stages pour initier les agriculteurs des pays en développement au savoir-faire français.
Par ce froid sibérien et si vif, the show must go on.

 

 

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