Emmanuel Macron invité d’honneur au 33e dîner du CRIF: « nous avons cru à tort, que l’antisémitisme avait définitivement reculé dans notre pays »

GABRIEL MIHAI

Le chef de l’État est venu rassurer la communauté juive de France lors du traditionnel dîner annuel du Conseil représentatif des Institutions juives de France.

Emmanuel Macron, accompagné de son épouse et de nombreux ministres, a été chaleureusement accueilli et applaudi par 1 100 personnes, responsables politiques, ambassadeurs, dignitaires religieux, chefs d’entreprises, leaders syndicaux ou personnalités des médias.

Le chef de l’État a commence son discours situé dans le contexte européen, Allemagne, Italie, où soufflent des «vents mauvais» et des «passions tristes» qui «existent dans notre pays» et a-t-il confessé, «nous avons cru, à tort, que l’antisémitisme avait définitivement reculé dans notre pays».
Or la réalité est là, elle est incontestable. «Nous avons compris avec effroi que l’antisémitisme était toujours vivant».

Cette montée de l’antisémitisme est «plus grave, plus installée et tous les Républicains doivent le combattre parce que c’est cela qui a fait chuter la République» et «jamais la France ne renoncera aux juifs».

Le président de la République a fait alors part d’une forte détermination pour rassurer la communauté juive qu’il sent inquiète: «Notre réponse doit être implacable. La France ne serait plus elle-même si nos concitoyens juifs devaient la quitter parce qu’ils ont peur».

«Je le redis ce soir devant vous, avec toute la force d’un engagement public: il ne saurait y avoir demain ou après-demain le moindre renoncement de l’État, le moindre abandon des familles juives de France».

En effet, «la France est fière de compter en son sein des concitoyens de confession juive et ne se résoudra jamais aux torts qui leur sont faits à raison de cette confession. Jamais.»

«Jamais nous ne faiblirons, dans la dénonciation de l’antisémitisme et dans la lutte contre ce fléau. Il n’y a là aucun accommodement, aucun interdit de langage, aucune cécité possibles. (…) Il est le déshonneur de la France».

Pour ce qui est de la montée de l’antisémitisme sur les réseaux sociaux, le président a assuré que tout en s’inspirant du modèle allemand, il voulait que ce soit au niveau «européen» qu’une modalité de répression juridique de l’antisémitisme soit décidée et mise en œuvre.

Emmanuel Macron, a insisté sur la question sensible d’Israël, et de Jérusalem, quitte à déplaire à la salle qu’il a prévenue sur le dialogue entre les deux parties, Israël et les Palestiniens, en lien avec les États-Unis mais sans pression unilatérale. «La sécurité de notre allié israélien est une priorité absolue, qui n’est pas négociable, je le répète ici avec la plus grande fermeté».

Le président du Crif, Francis Kalifat, avait choisi pour son discours d’accueil cette année de ne rien éluder du tableau sombre de la situation de la communauté juive en France.

Francis Kalifat a attirer l’attention du chef de l’Etat sur cet « antisémitisme du quotidien » qui, « à force de petits actes qui se multiplient, rend la vie impossible à ceux qui vivent dans des quartiers difficiles et les oblige à un exil intérieur ». Ce phénomène de mobilité est bien connu en Île-de-France, où des familles juives ont quitté l’Est parisien pour s’installer dans des quartiers réputés plus sûrs.

«Il est grand temps de restaurer l’autorité de l’État partout en France», a-t-il demandé, appelant «une politique de tolérance zéro» et des «sanctions exemplaires et dissuasives» pour contrer «l’antisémitisme du quotidien» qui «prospère dans notre pays». Car «nous sommes pris entre l’antisémitisme traditionnel surreprésenté à l’extrême droite et l’antisémitisme antisioniste surreprésenté à l’extrême gauche». Et «nous sommes coincés entre l’antisémitisme musulman très présent chez les 15 à 25 ans et le statut de cible privilégiée pour les terroristes islamistes».

Les communautés juives s’inquiètent aussi du poids de la cyberhaine. « Une grande partie de l’antisémitisme véhiculé à travers internet n’est pas prise en compte dans les chiffres », regrette Francis Kalifat. D’où son idée d’installer un observatoire de la cyberhaine qui va s’intéresser à l’antisémitisme sur la Toile avant d’étendre son objet au racisme, aux actes antimusulmans et « à tous ceux qui haïssent la France ». Le gouvernement travaille pour sa part à un second plan triennal de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (2018-2020), qui fera une large part à la haine sur les réseaux sociaux.
Yonathan Arfi, vice-président du Crif, se souvient « on peut voir deux moments forts pour Macron », le fait qu’il se soit rendu au mémorial de la Shoah entre les deux tours et le 16 juillet 2017, pour commémorer les 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv, où le président Macron a lancé « oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet à leur domicile » a inscrit Emmanuel Macron « dans les pas de Jacques Chirac », à avoir publiquement reconnu la responsabilité de la France dans ce drame.

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