Gilets jaunes à Paris: nouvelles violences lors de l’acte 23 et plusieurs journalistes arrêtés, d’autres blessés

L’acte 23 des «gilets jaunes» a rassemblé samedi 27.900 manifestants en France, dont 9.000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Ces chiffres font apparaître un fléchissement de la mobilisation. La journée a été marquée par de nouvelles échauffourées dans la capitale française.

A Paris, on a compté 227 interpellations ce samedi. Les forces de l’ordre ont également procédé à plus de 20.000 contrôles préventifs, selon la préfecture de police. Depuis plusieurs jours, la capitale était annoncée comme un point chaud de contestation, même si aucun “black bloc” n’a encore été constaté.

Plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées dans la matinée sous un grand soleil, à Bercy, avant de s’élancer vers midi en direction de la place de la République. D’autres manifestants se sont retrouvés vers la gare du Nord pour se rendre près de la basilique Saint-Denis, dans le 93. Ce second cortège s’est déroulé sans incident.

En revanche, des échauffourées ont émaillé le cortège de la manifestation principale, notamment dans le 11ème arrondissement. Arrivés près de la place de la République, les manifestants ont été contenus et un face-à-face tendu a opposé un groupe d’une centaine de personnes avec des forces de l’ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et ont procédé à plusieurs charges, sous le regard passif de “gilets jaunes” en retrait de ces violences.

Certains criaient «Suicidez-vous, suicidez-vous», faisant référence à la vague de suicides sans précédent qui frappe la police nationale depuis le début de l’année.

Plus de 60.000 policiers et gendarmes ont été déployés dans tout le pays et des lieux symboliques interdits préventivement, à commencer par les abords de la cathédrale Notre-Dame. Sur les Champs-Élysées, également interdits, les forces de l’ordre filtraient les passants. La célèbre avenue avait été saccagée le 16 mars.

Selon l’adjoint de maire, qui se trouvait dans l’après-midi au centre de veille opérationnelle avec Anne Hidalgo, les dégâts sont de nouveaux « très importants ». « Sur tout le trajet entre Bastille et République en allant vers Goncourt, il y a de la casse de mobilier urbain et les commerces sont très touchés », a-t-il déploré alors que Paris a durement été touché avec l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame.

Premier adjoint au maire du IIIe arrondissement, Gauthier Caron-Thibault a lui aussi critiqué à demi-mot sur Twitter le dispositif policier : « J’avoue ne pas comprendre comment l’organisation des forces de l’ordre n’a pas su éviter l’entrée des casseurs dans le dédale des rues du Marais alors que depuis plusieurs jours elle en annonce la venue ».

« Le préfet de Police salue l’action efficace et professionnelle des policiers, gendarmes et pompiers mobilisés pour la 23e fois sur une manif gilets jaunes. Ils ont mis en oeuvre les instructions du ministre de l’Intérieur et ont ainsi assuré le maintien de l’ordre public à Paris. » Le tweet a grandement fait réagir du côté des manifestants mais aussi de certains journalistes indépendants, qui rappellent que des confrères ont été malmenés aujourd’hui, malgré leur casque ou leur brassard presse.

Le journaliste indépendant Alexis Kraland, lui aussi habitué à suivre les Gilets jaunes, aurait également fait l’objet d’une interpellation devant la gare du Nord. Selon son confrère Maxime Reynié, il avait pourtant indiqué sa profession. « Et plusieurs collègues essayaient de discuter avec la police avant de se voir ordonner de quitter les lieux sinon interpellation », précise le photographe indépendant.

Le journaliste @akraland vient de se faire interpeller fermement dans la gare du nord #paris alors qu’il ai indiqué sa profession de journaliste et que plusieurs collègues essayaient de discuter avec la police avant de se voir ordonner de quitter les lieux sinon interpel #Acte23

— Maxime Reynié (@Maxime_Reynie) 20 avril 2019

Selon un confrère du Figaro, Thibault Izoret, celui qui suit régulièrement les mobilisations de Gilets jaunes a été menotté place de la République. « Les interpellations non conformes se sont multipliées et mon collègue du Figaro a été pris à partie par un membre des forces de l’ordre, je diffuserai les images ce soir », prévient-il.

Un journaliste (@GaspardGlanz selon de nombreux journalistes temoins) menotté. les interpellations non conformes se sont multipliées et mon collègue du @Le_Figaro pris à partie par un membre des FDO, je diffuserai les images ce soir#GiletsJaunes#Acte23pic.twitter.com/iOz10pnrOc

— Thibault Izoret (@TIM_7375) April 20, 2019  

: Ns avons assisté à l’arrestation du journaliste Gaspard Glanz lors d’une offensive des FDO sur plusieurs médias (dont mon collègue Sacha Benitah qui couvrait en live l’ pour , vidéo à venir) 22:05 – 20 avr. 2019 de Paris

— Thibault Izoret (@TIM_7375)

La journaliste collaborant avec RFI Marine Jeannin partage elle une photo d’Alexis Kraland entouré de plusieurs policiers et assure qu’il a ensuite été « embarqué ».

Le journaliste @akraland est embarqué par la police à Gare du Nord#ActeXXIIIpic.twitter.com/grXM2lqr2o

— Marine Jeannin (@Marine_Jeannin_) 20 avril 2019

Alexis Kraland a raconté sur Twitter sa mésaventure, après que plusieurs témoignages de confrères aient dénoncé son arrestation : « Sorti d’une garde-à-vue de 8h parce qu’à gare du nord j’ai refusé de lâcher ma caméra à un policier dont le collègue affirmait que c’est une arme par destination. Ils ont donc matraqué ma main qui la tenait avant de m’interpeller pour rébellion de palpation ». « Aucune notification de mes droits, pas droit au médecin ni à un avocat. (…) 8h15 après l’interpellation je suis sorti sans suites (a priori) mais mon casque de skate, mes protège-tibia et mes lunettes de protection ont été détruites sur ordre d’un magistrat».

Sorti d’une garde-à-vue de 8h parce qu’à gare du nord j’ai refusé de lâcher ma caméra à un policier dont le collègue affirmait que c’est une “arme par destination”. Ils ont donc matraqué ma main qui la tenait avant de m’interpeller pour “rébellion de palpation”

— Alexis Kraland (@akraland) 20 avril 2019

Pierre Tremblay, journaliste au Huffpost, rapporte que deux hommes «ont été touchés par des projectiles sortis de nulle part (grenade lacrymo?)» alors qu’ils se trouvaient près de lui, à l’écart des affrontements.

Il n’est pas nécessaire d’être au coeur des affrontements pour être blessé par les FDO. Ici, un exemple parmi d’autres. Ces deux hommes ont été touchés par des projectiles sortis de nulle part (grenade lacrymo?) alors qu’ils se trouvaient près de moi, à l’écart. #Acte23pic.twitter.com/WVgJciKUJv

Un canon à eau est utilisé place de la République pour disperser les manifestants. Un engin surnommé “le schtroumpf” par les forces de l’ordre, en raison du marqueur chimique bleu qu’il diffuse. Si l’emploi de ce dernier a pu être constaté par le reporter de RTL, les autorités ne confirment pas cette information.

Ce samedi, l’eau qui sortait des canons à eau utilisés place de la République était d’un bleu électrique, ce liquide pourrait jouer le rôle de «marqueur», déjà évoqué par Édouard Philippe mi-mars.

Lundi 18 mars, Édouard Philippe avait en effet déjà annoncé que les forces de l’ordre auraient recours au «marquage» lors des manifestations, il avait alors parlé d’un «marqueur coloré» et d’un autre «transparent» restant plusieurs semaines. Ces deux types de liquides visent à marquer quelqu’un au moment d’une infraction, pour faciliter son interpellation.

Les manifestants se sont principalement donné rendez-vous à Paris, pour ce qu’ils présentent comme un nouvel “ultimatum”, alors qu’Emmanuel Macron dévoilera jeudi prochain ses réformes tirées du grand débat.

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