Gilets jaunes, samedi noir à Paris

Samedi 1er décembre, 10h30, acte III de la mobilisation des gilets jaunes sur les Champs Elysées.

Manifestation déclarée aux autorités, barrages filtrants avec fouille et contrôle d’identité pour accéder à l’Avenue.
500 personnes sont venues qui n’ont commis aucune dégradation sur cette avenue.

Mais, rapidement, les voies adjacentes sont envahies par des manifestants parmi lesquels se glissent des casseurs qui, au fil de l’après-midi, vont transformer les abords puis d’autres quartiers de la capitale en champ de bataille.

L’Avenue Kléber est particulièrement touchée. Des feux sont allumés, des voitures incendiées, des vitrines de magasins, de banques et de restaurants brisées, des pillages s’ensuivent.
La Place de l’Etoile et l’Arc de Triomphe ne sont pas épargnés. Des feux, des tags sur le monument dont certaines sculptures sont brisées et le musée dévasté avec une tentative d’éteindre la Flamme.

L’Avenue Franklin-Roosevelt, l’Avenue de la Grande Armée, Avenue de Friedland, le Trocadéro subissent les mêmes violences.
Les exactions s’étendent ensuite, Place de Clichy, les Halles, Gare St Lazare où des policiers à cheval interviennent, Bastille …

Une anecdote, Place St Augustin, les casseurs épargnent une magnifique DS blanche de collection, intacte au milieu des gravats, des carcasses de voitures brûlées et des motos carbonisées.

Encore des feux, des barricades, faites de mobilier urbain arraché et de palissades de chantiers saccagés, des voitures pillées ou incendiées, des bouches d’incendie vandalisées, un tracto-pelle embrasé.

Les alarmes des véhicules retentissent, la fumée des gaz lacrymogènes opacifie les rues, on entend les explosions des grenades, les pompiers doivent être protégés par les forces de l’ordre pour aller éteindre les feux qui touchent même certains immeubles.

Des riverains paniquent. Des reporters commencent à parler de situation hallucinante et effrayante.
Ils voient autour d’eux des gens avec des haches, des marteaux, des pieds de biche, des cisailles. ils remarquent des poteaux métalliques coupés à la disqueuse, des trous dans la chaussée dont des pavés ont été arrachés pour servir de projectiles, des boulons …

Ces dégradations sont le fait de petits groupes très mobiles et organisés, casqués, masqués, très difficilement appréhendables par la police. Il faut savoir qu’un policier a sur lui 20kg de matériel et courir après des jeunes, c’est pour lui mission impossible.

Qui sont ces casseurs? Black blocs, anarchistes, extrême-droite, extrême-gauche, voyous, pilleurs venus des “quartiers”, activistes venus de l’étranger?
Dés le matin la rue de Rivoli avait été envahie par la foule des manifestants et des feux, allumés.

La tension est montée lorsqu’un feu a été allumé dans le Jardin des Tuileries puis, quand une lourde grille a été descellée et abattue. C’est à ce moment qu’il y a eu un blessé grave dont le pronostic vital était engagé.
A 21h, lors de son intervention à la télévision, Christophe Castaner a donné les chiffres de 110 blessés dont 20 parmi les forces de l’ordre et de 187 incendies dans la capitale, dont 6 immeubles.

Il a parlé de séditieux, de factieux, de voyous, qui se mêlaient aux gilets jaunes pacifiques, rendant difficile la tâche des policiers. Il a évoqué de “casseurs sans honneur” ayant même l’intention de tuer des policiers.
Scènes de chaos, de guérilla urbaine, situation quasi insurectionnelle, des mots forts sont prononcés.
Plus de 4500 CRS et gendarmes mobiles avaient été mobilisés.

Linda Kebbab , déléguée nationale Unité SGP Police FO, a souligné la colère des policiers, analogue à celle des gilets jaunes, évoquant la pression hiérarchique, la fatigue des troupes exténuées, la mauvaise couverture sociale, le laxisme judiciaire, l’inflexibilité du gouvernement qui fait porter tout le fardeau aux forces de l’ordre.

“Les policiers ne sont pas à même de résoudre une crise politique … on ne peut plus continuer comme cela … à moins de faire appel à l’Armée …” a-t-elle affirmé.

A 19h48, le Président Macron s’est exprimé depuis l’Argentine où il participait au G20.
Après de longues déclarations sur les succès de la rencontre en matière de commerce et de climat, sur le partenariat avec la Chine, sur le multilatéralisme et la défense des intérêts communs de l’Europe, sur les prochaines échéances, G24 en Pologne et G7 à Biarritz en août 2019 à Biarritz … Emmanuel Macron a déclaré :
“Ce qui s’est passé aujourd’hui à Paris n’a rien à voir avec l’expression d’une colère légitime … l’Arc de Triomphe a été souillé … rien ne justifie que des policiers soient attaqués, des magasins pillés, des passants et des journalistes agressés … ces gens-là veulent le chaos, pas le changement … je respecte les contestations, j’entends les oppositions … mais je n’accepterai jamais la violence”.

A Paris, les dégâts sont énormes mais la colère des gilets jaunes l’est aussi.

Jean-François Barnaba, gilet jaune de l’Indre s’est exprimé sur Bfm Tv : “Je ne cautionne pas les violences mais je les comprends, une telle exaspération entraîne fatalement ces débordements.”

Existe-t-il un risque de radicalisation des gilets jaunes qui prendraient fait et cause pour la situation de chaos?
Quelles réponses vont être apportées par le gouvernement aux revendications des gilets jaunes pour éviter un nouveau samedi noir?

Notamment à 4 revendications principales : baisse massive des taxes, augmentation des salaires et des pensions, restauration des services publics, démocratisation des institutions insuffisamment représentatives.

 

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