La Biennale des Villes en transition à Grenoble : une réponse aux problématiques sociales et environnementales ?

Alors que les manifestations transgénérationnelles pour dénoncer l’inaction climatique de l’État français se multiplient à travers toute la France, Grenoble se place en laboratoire de solutions innovantes, notamment depuis l’élection de son maire Éric Piolle en 2014.

La municipalité a organisé du 9 au 16 mars 2019 la seconde édition de la Biennale des Villes en transition, une semaine riche en événements qui met à l’honneur l’échange et la coopération internationale autour des thématiques du développement durable. Rencontre avec l’édile après une conférence-débat sur les politiques d’accueil à Grenoble et ses villes partenaires.

Doussou Keita, ancienne demandeuse d’asile originaire de Guinée, parraine de la Biennale, vient tout juste de conter au public du Palais des Sports, non sans émotion, l’accueil chaleureux que lui ont réservé les Grenoblois à son arrivée en France et le parcours du combattant qui s’en est suivi. La reconnaissance qu’elle témoigne à sa ville d’adoption est un plaidoyer humaniste pour l’acceptation de l’altérité. Éric Piolle applaudit.

Grenoble revendique « un temps d’avance », formule choisie pour incarner cette semaine d’effervescence en plein cœur des Alpes. M. Piolle est fier de ses administrés : « Oui, en avance sur nous, acteurs au quotidien tout comme dans les temps festifs et populaires » comme ce samedi 9 mars où a eu lieu « un escape game géant qui a réuni près de 15.000 personnes ».

Il est vrai que les Grenoblois s’emparent visiblement au quotidien du défi que représente le changement climatique, notamment dans le domaine de la mobilité, « La pratique du vélo a explosé, en amont de notre capacité à faire sortir des infrastructures » affirme-t-il, à l’heure où le réseau Chronovélo (voies rapides intercommunales, NDLR) est en cours de déploiement. Inciter au changement de comportement, tel est l’objectif affiché. Sur le sujet épineux de la qualité de l’air, le maire, pour qui cette question est un combat quotidien, reconnaît volontiers que ce sont les Grenoblois qui ont permis « d’avoir l’énergie et la légitimité de négocier ce qui a été le premier et, à ce jour, le seul accord territorial autour des pics de pollution ». Dès 2030, par ailleurs, la société GEG (Gaz électricité de Grenoble) produira l’équivalent de la consommation des Grenoblois en électricité 100% verte, 0% nucléaire ou fossile. Il tempère : « Nous sommes l’un des 18 territoires ciblés par la Commission Européenne pour non-respect des normes de pollution. L’objectif a été fixé d’être au seuil de l’OMS d’ici à 2030 ». « Nous sommes en train de lancer la zone à faibles émissions la plus large de France : 11 communes sont déjà partenaires ! ». Selon un rapport, 114 morts par an pourraient ainsi être évités.

Avec les chantiers collaboratifs (chantiers ouverts au public, COP, NDLR) et les Rencontres nationales de la participation citoyenne, l’accent est mis sur la volonté affichée de la mairie de faire tomber les murs et de permettre à la population d’agir concrètement. C’est aussi cela la transition. Selon le maire, « celle-ci ne peut pas être autre chose que participative ». « Il ne faut pas attendre un mouvement d’en haut ». Il poursuit : « Je crois que la transition est une question de justice sociale et environnementale ». La tarification solidaire et la gratuité ciblée sont des outils mis au service des plus modestes.

Grenoble a été la première collectivité en France à salarier les travailleurs pairs », des personnes ayant connu l’exclusion sociale, dans différents quartiers de la ville. Le maire en est très fier : « Nous les formons aux questions d’accès au soin et de prévention et eux se chargent du travail de sensibilisation dans leur quartier ».

Grenoble est aussi une ville d’échange, avec de nombreuses villes partenaires présentes lors de la Biennale. Les accords de coopération font partie de l’ADN de la ville. M. Piolle le revendique haut et fort : « Nous allons chercher et nous partageons cette inspiration avec tous ». Aujourd’hui, un projet d’ampleur est sur toutes les lèvres : devenir la Capitale Verte Européenne en 2022. La ville saura en 2020 si elle est sélectionnée pour la dernière étape du concours.

Les critères d’évaluation concernent par exemple la contribution locale à la lutte contre le changement climatique planétaire, les transports ou la gestion de l’environnement par les pouvoirs locaux. Autant de sujets dont s’est déjà saisi le maire. « Nous avons déjà commencé.

Tous les acteurs de la société civile, le système universitaire et le monde économique sont partie prenante de cette candidature ».

Le 20 février dernier, Eric Piolle a participé au sommet Justice4Climate, organisé par la mairie de Paris, en partenariat avec d’autres grandes villes du monde à été annoncée la création d’une plateforme qui permettra à ceux qui le souhaitent d’engager des actions de justice climatique. L’édile de Grenoble rappelle qu’il a été « l’un des premiers signataires de la pétition « L’Affaire du Siècle ». Il avait déjà interpelé Total l’année dernière en le sommant de respecter les Accords de Paris. « L’entreprise représente deux tiers des émissions de carbone en France », rappelle-t-il. Petite victoire, la campagne d’exploration guyanaise vient d’être abandonnée, officiellement pour absence de résultats probants.

La transition ne peut « réussir qui si l’entreprise est au service de la cité et du bien commun. Il faut qu’elle puisse mesurer ses externalités négatives ». Le maire regrette le report à 2021 de l’interdiction de certains ustensiles en plastique. « Le climat ne fait pas partie du radar du gouvernement. Les questions sociales et environnementales sont des questions qui ne l’intéressent que peu », confie-t-il. Il conclut : « Comment les 1% se protègent-ils du monde ? », voilà son véritable projet.

 

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