Le monde de la Haute Couture perd un de ses maîtres, Hubert de Givenchy

VÉRONIQUE YANG

Le grand couturier Hubert de Givenchy est décédé à l’âge de 91 ans le 10 mars.

Né en 1927  dans une famille issue de la noblesse française, Hubert James Marcel dit comte Taffin de Givenchy a commencé par apprendre le droit. Très jeune, il côtoie le milieu de la mode grâce à un membre de sa famille, photographe de mode  et aussi Jules Badin, administrateur des manufactures des Gobelins et des manufactures de tapisseries de Beauvais et grand collectionneur, sa vocation naît avec la découverte du travail du couturier espagnol Cristóbal Balenciaga.

Sa carrière commence alors qu’il a 17 ans après avoir quitté sa ville natale de Beauvais pour rejoindre l’Ecole nationale supérieure des beaux arts et travailler chez Jacques Fath à Paris. Roger Piguet et Lucien Lelong sur les recommandation de Christian Dior seront les maisons de couture suivantes à l’accueillir avant de devenir le premier assistant d’Elsa Schiaparelli en 1947 puis directeur artistique de la boutique   place Vendôme. En 1952, il ouvre sa première maison de couture avec sa collection Bettina. On lui donne alors le surnom “d’enfant terrible de la couture ».

Alors qu’il se trouve à New-York en 1953, il rencontre Balenciaga  et Audrey Hepburn qui devient son égérie pour qui il crée les costumes de ses films dont Sabrina, Diamants sur canapé, etc..Ils resteront amis jusqu’à la mort de celle-ci en 1993. En 1954, il crée la “robe chemise” puis la” robe sac” trois ans plus tard.

Givenchy s’est imposé comme “le couturier du chic décontracté”. Parmi ses clientes célèbres, on retrouvait Jacqueline Kennedy, l’impératrice Farah Paren, la duchesse de Windsor, la cantatrice Frederica von Stade, les actrices Marlene Dietrich, Greta Garbo, Lauren Bacall, Jeanne Moreau, et Ingrid Bergman.

Après avoir créé avec son frère aîné sa marque de parfum, Audrey Hepburn devient l’égérie en 1958 de “l’Interdit”, c’est la première fois qu’une campagne de parfum est représenté par une star.

En 1969, il lance la première ligne de prêt-à-porter masculin baptisée « Givenchy Gentleman » . Depuis 1988, le groupe LVMH a repris la maison de couture mais le couturier avait toujours un oeil  critique sur la mode.  Selon lui, il trouvait qu’il y avait une sorte de laisser-aller, il pensait que la mode était devenue autre chose et ne pouvait pas dire qu’il était enthousiasmé. Il y a la mode et des modes».

Après avoir quitté la Maison Givenchy en 1995, il a occupé des fonctions dirigeantes au sein de la société Christie’s. Il possédait de nombreuses oeuvres d’art dont des Giacometti qu’il exposait dans son château du Jonchet en Eure et Loire. En 1997, il fonda à Getaria la fondation Cristobald Balenciaga.

En 1979, il est élu« Personnalité de l’année 1979 » et l’homme le plus élégant de l’année par The Best. L’année suivante Hubert de Givenchy est nommé chevalier de la Légion d’honneur et en 1985, Jack Lang, ministre de la Culture, lui remet l’oscar de l’élégance lors d’une manifestation à l’Opéra de Paris. En 2017, une grande exposition lui est dédié dans la ville de la dentelle et de la mode qu’est Calais entre le 1er juin et le 11 décembre. On y découvrait 70 créations provenant de garde-robes privées. “Hubert de Givenchy faisait des vêtements confortables et bien coupés, il était novateur et intemporel”selon Bernard Arnault pdg de LVMH.

Depuis l’annonce du décès d’Hubert de Givenchy, de nombreux hommages lui ont été rendus à commencer par ceux du Président de la République qui a salué “ce Maître de sa culture et ambassadeur de cet esprit fait de liberté et d’audace. C’est avec de tels artistes que la France rayonne dans le monde et il ne fait aucun doute que la figure d’Hubert de Givenchy perdurera longtemps.” mais aussi la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen pour qui  “Hubert de Givenchy a incarné l’élégance française autant qu’il l’a façonnée. Il aura, tout au long de sa vie, marqué la mode de son empreinte. Il s’en est allé rejoindre sa muse, son égérie” …Le journal Vogue rend hommage à “ce père de l’élégance parisienne”.

Tout le monde se souviendra de l’homme à la blouse blanche, aussi grand dans sa taille (2m02) que dans son art. Il incarnait l’élégance parisienne et l’innovation. Il faisait partie des 12 grands couturiers qui ont changé l’histoire.(Bertrand Meyer-Stabley, Editions Pygmalion en 2014).

Ses obsèques seront célébrées dans la plus stricte intimité » a indiqué le couturier Philippe Venet, son compagnon.

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