Malgré les sifflets, interpellé par Baroin, Macron applique sa séduction face aux maires…

GABRIEL MIHAI

Accueilli par des sifflets et des huées, Emmanuel Macron a fait face ce jeudi a Baroin et aux maires réunis en Congrès à Paris.
 
« Vous pouvez être en désaccord. J’ai fait campagne (…) et les sifflets ne m’ont jamais beaucoup étourdi. J’ai toujours demandé dans mes meetings aux gens de ne pas siffler. C’était des militants. Je peux demander la même chose aux maires », a-t-il lancé devant plusieurs milliers d’édiles.
 
C’est un dialogue qui s’est transformé en une longue proclamation ce jeudi, devant les 16.000 édiles réunis à Paris pour le congrès de l’Association des maires de France, François Baroin, le président de l’Association des maires de France, maire de Troyes, a entre autres dénoncé les contrats “léonins” pour l’encadrement des dépenses des collectivités locales.
 
François Baroin, lui a rappelé les enjeux de son discours ce jeudi devant le congrès de son organisation, il attend du président, dont il apprécie “la qualité d’écoute”, “qu’il prenne la mesure sur les dotations, qu’il corrige le tir, qu’il ouvre la porte sur la problématique de la taxe d’habitation et qu’il ouvre le débat sur une vraie réforme fiscale, qu’il s’engage sur la problématique du logement social”. “Il y a beaucoup de déficits à combler, mais il y a en a un immense et d’urgence à combler qui est un déficit de considération vis-à-vis des élus”, a-t-il souligné.
 
«Je souhaite vraiment la réussite d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas ce président et ce gouvernement qui sont en cause, c’est une pente inexorable qui est mise en oeuvre depuis longtemps», argumente François Baroin (LR), le président de l’Association des maires de France (AMF). Après sept ans de baisse des dotations de l’Etat, «c’est l’inscription de cette politique dans la durée qui pose question» a-t-il dit.
 
Au moment de terminer son discours, il a mis en garde, avec humour, le président de la République, rappelant deux exemples montrant que l’AMF avait pu déjà dans le passé s’opposer à l’exécutif, il a posé: “je redis ma petite parabole sur le magistrat et l’avocat. J’ai pris le temps pour ma plaidoirie, prenez le vôtre pour que vous soyez à présent et pour les cinq ans qui viennent l’avocat de la cause des communes.”
 
Il a alors conclu: “Si vous épousez cette cause, si vous devenez le premier porteur des intérêts des communes de France, vous qui incarnez à présent la République, et nous qui en sommes les gardiens au quotidien, nous serons à vos côtés”.
 
Emmanuel Macron, qui s’exprimait jeudi devant l’Association des maires de France réunie en Congrès, a appliqué dans un discours de plus d’une heure une méthode désormais bien connue.
 
A son tour au pupitre, Emmanuel Macron a relevé le gant, citant l’héroïne des Mille et une nuits: “J’ai bien entendu votre défi, monsieur le président, qui consiste à ne pas m’arrêter tant que je n’ai pas convaincu. Pour ceux qui ont eu à subir précédemment mes discours, vous prenez, je pense, un risque certain. Il paraît qu’ils peuvent durer longtemps. En quelque sorte vous m’infligez le supplice de Shéhérazade consistant à parler pour ne pas être exécuté, mais je peux tout à fait être Shéhérazade.”
 
Emmanuel Macron a démarré son discours en déclarant sans appel : « Ce que je vais vous dire a vocation (…) pas toujours à vous contenter, parfois à répondre à une inquiétude que j’estime légitime mais a vocation en tout cas à être appliqué ». Il a ensuite annoncé : « j’ai besoin de vous parce que le pays ne réussira que parce que partout sur les territoires il y a les engagés que vous êtes ».
« Les mesures prises durant l’été concernant les collectivités n’ont pas été dûment concertées », a-t-il reconnu, une allusion notamment à la baisse des emplois aidés. « Je veux que maintenant elles le soient pleinement », a-t-il ajouté.
Il a enfin souligné qu’il n’avait « pas peur d’affronter une grogne lorsque l’action publique l’exige » et fait appel à la responsabilité des maires sur la maîtrise des dépenses, « parce que nous avons cette dépense publique en partage ».
 
Il n’y aura pas de regroupements de collectivités forcés. “L’Etat ne forcera pas à des regroupements de communes ni à des modifications de la carte intercommunale”, a-t-il annoncé, assurant qu’il ne toucherait pas à la “carte territoriale”, car “nous perdrions du temps et de l’énergie à [la] revoir”. “C’est donc la stabilité institutionnelle qui sera retenue”, promet-t-il.
 
« Vous savez mieux que moi où sont les bons regroupements donc mieux vaut faire confiance à ceux qui savent qu’à ceux qui le définiraient d’en haut, avec une doctrine pré-établie (…) Et, sur le terrain, ça marche mieux quand vous l’avez voulu que lorsque cela vous a été imposé », a ajouté Emmanuel Macron.
« L’Etat vous accompagnera pour que les solutions pragmatiques sur le terrain puissent être facilitées. Nous jouerons un rôle de facilitateur dans le cadre des coopérations volontaires, dans les créations de nouvelles communes, dans les regroupements intercommunaux souhaités », a assuré le chef de l’Etat.
Emmanuel Macron est revenu sur tous les points de blocage avec les élus locaux, de la suppression de la taxe d’habitation, qu’il a entièrement assumée et confirmée, même sous les huées, aux baisses de dotation pour les collectivités. Sur ce point-là, le chef de l’État a reconnu une erreur de communication. “Des mesures prises pendant l’été n’ont pas été dûment présentées, concertées, je le reconnais pleinement.”
 
“J’aurais aussi pu vous dire que tout va bien, que nos finances publiques ne sont plus un problème. Ma fonction m’oblige à une chose : la cohérence, la responsabilité devant tous les Français et devant tous nos partenaires.”
 
Emmanuel Macron a également rappelé qu’il prévoyait une “réforme ambitieuse, cohérente” de la fiscalité locale, “dont la taxe d’habitation n’est que le premier acte”.
 
Cette réforme qui doit amener en trois ans à la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des Français « ne doit être qu’un début, un début nécessaire et juste parce qu’il enclenche quelque chose qu’on a refusé de faire depuis 40 ans dont les victimes étaient les Français », a-t-il expliqué.
 
“Si cet impôt est mauvais pour 80% de nos concitoyens, il y a peu de chances qu’il soit bon pour 100%”, a simplement laissé entendre le chef de l’État, sans évoquer de calendrier. Dans son discours a une nouvelle fois promis la compensation à l’euro près, par des économies de l’État, de la disparition progressive de cet impôt local pour les communes.
 
“Ce que je vais vous dire aujourd’hui n’a pas vocation à vous plaire systématiquement. Cela a vocation en tout cas à être appliqué.”
“Nous entrons dans une ère nouvelle”.
Le chef de l’Etat a conclu son plaidoyer d’une heure et quart devant les maires.
 
Après l’intervention d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Action et des Comptes publics a annoncé ce jeudi soir que la taxe d’habitation disparaîtrait purement et simplement après 2020 et concernera “100% des Français” après cette date.
 
“Sous trois ans, 80% des Français vont voir la suppression de leur taxe d’habitation. La moyenne de la taxe d’habitation en France, c’est 600 euros. Le contribuable qui paie 600 euros n’en paiera plus que 400 l’année prochaine, puis 200, puis 0 euro.”
 
Pour définir “l’impôt de demain”, qui s’inscrira dans la grande “refonte de la fiscalité locale” annoncée par Emmanuel Macron ce jeudi, Gérald Darmanin le ministre de l’Action et des Comptes publics explique qu’il y a “plusieurs solutions”, dont “un point d’impôt national qui doit être distribué localement (…) ça peut être la CSG, l’impôt sur le revenu ou la TVA”. Il a ajouté que “toutes les hypothèses sont sur la table”.
Emmanuel Macron a jugé l’actuelle fiscalité territoriale “trop illisible” et avec une “dynamique de base” inadaptée aux missions. En outre, il s’est engagé à revenir “chaque année” devant ce même congrès, pour “rendre compte des engagements”, sait très bien qu’il a choisi le côté des Français plutôt que celui des élus.
 

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