La mère de la dépénalisation de l’avortement, Simone Veil est décédée

VÉRONIQUE  YANG

Simone Veil qui fut à la base de la loi pour l’interruption volontaire de grossesse vient de décéder chez elle dans le 7ème arrondissement de Paris à l’âge de 89 ans, vendredi 30 juin.

Simone Veil née Jacob a vu le jour le 12 juillet 1927 à Nice d’un père architecte, André Jacob qui obtint en 1919 le second prix de Rome d’architecture. Elle est la benjamine d’une famille de 4 enfants, 2 soeurs Madeleine et Denise et un frère Jean.
Pendant la guerre Simone Veil et ses frères et soeurs subissent les désagréments de la politique anti-sémite. En mars 1944, elle obtient son bac alors qu’elle a 16 ans, elle est arrêtée lors d’un contrôle de SS le lendemain, sa famille le sera aussi dans les mêmes temps.

Son père et son frère sont déportés en Lituanie, Simone, sa mère et sa soeur Madeleine sont transférées à Drancy pour être ensuite envoyées à Auschwitz- Birkenau. En juillet 1944, elles sont transférées à Bobrek jusqu’à fin janvier 1945 où les nazis emmènent leurs prisonniers jusqu’au camp de Bergen-Belsen dans « la marche de la mort ». Elle y travaille en cuisine, malheureusement sa mère meurt du typhus et sa soeur Madeleine est sauvée grâce à l’arrivée des Alliés qui ferment le camp. L’autre soeur Denise, engagée dans la Résistance à Lyon a été déportée à Ravensbruck.
De cet épisode tragique, il ne reste que les 3 soeurs.
De retour à Paris, Simone Veil s’inscrit à la faculté de droit et à l’Institut des Etudes politiques où elle y rencontre son futur mari Antoine Veil avec qui elle aura 3 fils (Jean en 47 qui devient un brillant avocat, Claude-Nicolas en 48 et décédé en 2002 et Pierre-François en 54).
Après avoir réussi le concours de la magistrature en 1956, elle devient haut fonctionnaire dans l’administration pénitencière au ministère de la justice et pendant la guerre d’Algérie, elle réussit à faire transférer en France des prisonnières algériennes en danger de viol et de mauvais traitements.
En 1964, elle passe aux affaires civiles et en 1970 devient Secrétaire Générale du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Après l’élection de Valéry Gicard d’Estaing, elle est nommée ministre de la santé et chargée de présenter à l’assemblée, un projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse pour lequel elle a subi de nombreuses attaques de la part de ses adversaires. La loi fut adoptée fin novembre 1974 et mise en vigueur en janvier 1975. Elle est aussi à la base des aides financières pour mères d’enfants en bas âge.

Ayant conduit la liste UDF (union pour la démocratie française) aux premières élections européennes au suffrage universel en 1979, à la suite de la victoire de son parti à la majorité relative, elle quitte le gouvernement et décide de présenter sa candidature au poste de président de l’Union Européenne bien que n’étant pas soutenue par le RPR. Elle est finalement élue après le 3ème tour jusqu’en 1982 où elle décide de ne pas se représenter mais de 1984 à 1989, elle préside le groupe libéral au parlement européen.

Nommée ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville dans le gouvernement Balladur en 1993, elle soutient ce dernier pour les présidentielles mais démissionne après la victoire de Jacques Chirac.

De 1998 à 2007, elle est au Conseil Constitutionnel après sa nommination par René Monory, elle
appellera toutefois à voter pour le référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l’Europe.
Dans le même temps, de 2000 à 2007, elle préside la fondation pour la mémoire de la Shoah et en devient ensuite présidente d’honneur. Elle reçoit le prix Scopus de l’université hébraique de Jérusalem des mains de Bernard-Henri Levy en 2007.
C’est aussi en 2007 qu’elle décide de soutenir Nicolas Sarkosy aux présidentielles. Elle sera promue en 2009 grand officier de l’ordre national de la Légion d’Honneur sur la demande de Roselyne Bachelot. La même année, elle devient membre du jury du prix pour la prévention des conflits décerné par la fondation Chirac. C’est aussi en 2009 qu’elle est élue à l’Académie Française au fauteuil de Pierre Messmer, elle entre sous la coupole en mars 2010 reçue par Jean d’Ormesson.
Sur son épée, on retrouve son matricule à Auschwitz ainsi que les devises de la France (« Liberté, Egalité, Fraternité ») et de l’Europe (« Unis dans la diversité »).
C’est alors qu’ elle reçoit le Prix Heinrich Heine, un sondage la présente comme femme préférée des français de l’année 2010.
En 2012, elle est présente au congrès de l’UDI, on la retrouve à la manif pour tous en 2013.

L’année dernière, elle fut hospitalisée pour des problèmes respiratoires mais était rentrée chez elle.

Simone Veil était une femme d’exception qui s’est battue toute sa vie pour la liberté, et les droits de la femme. Toute la classe politique quelquesoit son opinion salue sa mémoire et lui rend hommage en commençant par le président de la République Emmanuel Macron.
De nombreuses personnalités se sont prononcées après la disparition de cette femme politique qui fait l’unanimité que ce soit les anciens présidents Valéry Giscard d’Estaing et François Hollande, Edouard Balladur, Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, mais aussi Valérie Trierweiller, Laetitia Halliday…
Elle restera une personnalité très proche et très aimée des français.

Une cérémonie officielle sera organisée pour ses obsèques en présence du président de la république mercredi 5 juillet aux Invalides.

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