Nœud de vipère

Au top des personnalités les plus riches du monde, elle trônait à la 11ème place. Héritière de l’Empire des cosmétiques l’Oréal, femme d’affaires la plus fortunée de l’histoire, Liliane Bettencourt a défrayé la chronique. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille. Tumultueuse, elle a surtout fait parler d’elle sur le front judiciaire avec ce que les journaux ont appelé ‘l’affaire Bettencourt ‘ « Je donne à qui je veux autant que je veux. Qu’on me fiche la paix !»

Ce conflit familial, dévoilé au grand jour par Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de la grande Dame, est vite devenu un scandale politico-financier. Un retentissant scandale né d’une plainte pour abus de faiblesse à l’encontre du séduisant photographe François-Marie Banier, artiste mondain, qui aurait profité de la grande générosité de son « amie » milliardaire. Pourquoi lui ? « Parce que c’était lui, parce que c’était moi (…) Cet homme était un grand artiste qui avait besoin d’un mécène. Ce mécène, se fut moi ».

C’est cet esclandre qui a fait la Une de tous les tabloïds qui nous est ici décortiqué.  Liliane Bettencourt est présentée comme une femme vulnérable, prisonnière de sa fortune, en quête de liberté, qui se livre et se délivre. Sous les traits et la voix de Christiane Corthay, Liliane Bettencourt ressuscite et s’explique en justifiant ses choix et ses actes.

Sa rencontre avec Banier ? C’était dans le cadre d’une interview. « Lui était là pour prendre des photos. On a tout de suite sympathisé. Il avait du charme (…) Je savais que nous étions fatalement appelés à nous revoir et que nous deviendrons très proches ». Au fil du temps, il est devenu « mon nouveau meilleur ami. On sortait beaucoup. Il m’a ouvert des portes dont je ne soupçonnais même pas l’existence (…) Il connaissait tout le monde, c’était grisant ». Alors, pour elle, le traiter d’opportuniste n’était pas justifier. « C’était mon droit de lui faire des cadeaux (…) L’argent était mon outil de création comme pour lui la photo et la plume. Il avait son œuvre, j’avais la mienne » Et à ceux qui croient qu’il existait bien plus qu’une relation amicale entre eux, Liliane Bettencourt s’en défend très clairement. « Bel ami » préférait les hommes. « C’était donc de l’amitié profonde comme celle qui existe entre un frère et une sœur » ; une tendre affection qui l’a sauvé de son ennui, qui lui a été d’un très grand soutien moral en lui faisant oublier ses peines. Avec lui, elle revivait, riait et se sentait libre. C’est pourquoi, comme pour lui dire merci de tout ça et pour lui donner le change, elle palliait ses manques.

Mais sa fille ne le voyait pas du même œil. Reniée, ses inquiétudes étaient-elles fondées ? Ses intentions de protéger l’empire industriel de sa mère et surtout sa fortune, en voulant la mettre sous tutelle et vendre la société aux Suisses, étaient-elles bienveillantes ? Depuis toujours les relations entre les deux femmes sont très tendues. Malheureuse, jalouse de sa mère, Françoise Bettencourt-Meyers voulait-elle la mettre hors-jeux ?

Autant de points soulevés et décryptés. Et l’état des lieux ne s’arrête pas là. L’héritière évoque son mariage avec ce « parfait consort » dont l’union a été davantage une comédie de raison que d’amour, leurs « amis » les politiques, parle de son père, ce profiteur de guerre pour certains, grand homme pour elle, sur lequel une grande part d’ombre plane toujours, le nid d’espions et de délateurs gravitant autour d’elle.

Alors, la femme qui valait 36 milliards a-t-elle été trop généreuse ou manipulée ? Était-elle a ce point sous le charme de son dandy usurier d’en perdre tête et raison ?

Le portrait très humaniste présente ici une femme toute en fragilité, qui argumente et analyse les faits et, très sincèrement, ça le valait bien …

« Parce que je le veux bien (dans la peau de Liliane B. », un seul en scène bouleversant sous la forme d’un réquisitoire de Bernard Besserglik, dont le rôle cousu main, digne de la comédie Française, est magistralement interprété pendant 1h10 par la talentueuse Christiane Corthay, dans une mise en scène sobre de Sylvain Corthay – Du jeudi au samedi 21h et le dimanche à 15h au Studio Hébertot (Paris 17ème) – Réservations : 01 42 93 13 04

(C) Nadir Merkel

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