Paris: 6000 experts font le point sur la recherche du SIDA lors d’une conférence internationale

Gabriel MIHAI

Paris devient ce dimanche la capitale de la lutte contre le sida avec l’ouverture de la conférence internationale de recherche au Palais des Congrès.

Ce dimanche débute à Paris la conférence internationale de recherche. Elle réunit la fine fleur de la recherche mondiale jusqu’à mercredi au Palais des Congrès. Les organisateurs ont publié une Déclaration de Paris pour exprimer leurs craintes, avant même l’ouverture de la réunion.

Les Etats-Unis sont historiquement le plus gros contributeur à la lutte contre le sida, et de loin : ils représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux. L’an dernier, ils ont consacré 4,9 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) à des programmes de lutte contre le sida, très loin devant le Royaume-Uni (645,6 millions) et la France (242,4).

« Éradiquer complètement le virus du corps d’un malade, c’est très difficile, voire impossible », juge Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), un organisme public de recherche américain. « Donc nous nous concentrons surtout sur la rémission sans antirétroviraux », explique ce spécialiste du sida.

Coalition Plus, Act-Up Paris et Aides ont regretté l’absence du président français Emmanuel Macron à cette conférence, signe selon ces associations d’un « désengagement de la France » « comparable à celui de Donald Trump ».

Face à ces critiques, il y a eu un changement de l’agenda du président de la République. Emmanuel Macron va recevoir différents responsables d’associations contre le virus HIV/Sida lundi après-midi.
De son côté le président français recevra lundi après-midi des responsables d’associations de lutte contre le sida, a annoncé dimanche l’Elysée en publiant un agenda complété du président de la République.
Le chef de l’Etat a ajouté à son agenda une rencontre à 16 h 30 avec Florence Thune, directrice générale de Sidaction, Linda-Gail Bekker, François Dabis, directeur de l’ANRS (France Recherche Nord Sud Sida-hiv Hépatites virales), et Yves Levy, directeur de l’Inserm et du programme de recherche vaccinale Vaccine Institute Research.

Le président Donald Trump propose de réduire ces dépenses dans le budget 2018, actuellement en discussion au Congrès, pour un montant global évalué à plus d’un milliard de dollars par l’ONG américaine Health Gap.

Il faut « réduire les financements de plusieurs programmes de santé, dont certains concernent le sida, en considérant que d’autres donneurs devraient augmenter leur contribution », a écrit Donald Trump en mai dans un projet de budget.

Si elles sont adoptées par le Congrès, ces coupes priveront 830.000 patients, essentiellement africains, d’antirétroviraux, traitements qui empêchent le développement du virus, estime la Kaiser Family Foundation. Elles entraîneront en outre 200.000 nouvelles infections, prévoit cette organisation américaine à but non lucratif spécialisée dans les politiques de santé.

Parmi les coupes envisagées, une baisse de 17% de la contribution américaine au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Elle ne se monterait plus qu’à 1,13 milliard de dollars, soit 222 millions de moins qu’en 2017.

Cette « rémission fonctionnelle » n’est pas une guérison: le VIH est toujours présent mais si affaibli qu’il ne peut ni se multiplier ni se transmettre à une autre personne pendant une durée prolongée, même en l’absence de traitement quotidien. Actuellement, les personnes séropositives doivent prendre tous les jours des antirétroviraux. Ces médicaments apparus dans les années 1990 ont révolutionné la vie des patients. Mais ils présentent encore beaucoup d’effets indésirables (diarrhée, démangeaisons, nausées, maux de tête…) et les fournir tout au long de la vie à des millions de malades revient très cher.

Autre inconnue : le budget consacré au Pepfar, le programme initié en 2003 par George W. Bush et qui permet à plus de 12 millions de patients de bénéficier de traitements antirétroviraux. « On ne parle pas d’un simple risque de ralentissement de la lutte contre le sida : ces coupes budgétaires pourraient entraîner un vrai revirement par rapport aux progrès que nous avons faits », insiste Mme Bekker, pour qui ce serait « une tragédie ».

Car ces progrès sont notables : depuis 2005, le nombre de morts de maladies liées au sida a été divisé par deux dans le monde (un million en 2016), a annoncé jeudi l’Onusida, le programme de coordination de l’ONU.

L’an dernier, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH et plus de la moitié (19,5) avaient accès aux traitements. En 2016, 19,1 milliards de dollars ont été réunis par des donateurs publics et privés dans le monde pour la lutte contre le sida.

Il en faudrait 26,2 pour être sûr d’atteindre en 2020 le but fixé par l’ONU : que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 90% de ces dernières soient sous traitement, et que parmi celles-ci, 90% aient une charge virale indétectable.

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