Quand le spiritual se veut symphonique

C’est sous un ciel bleu et ensoleillé que les airs du gospel ont swingué en ce dimanche 9 septembre lors de la 18ème édition du Festival « Opéra en plein air ». Et quoi de mieux qu’un lieu inhabituel tel que la Cour d’Honneur de l’Hôtel National des Invalides pour vivre cet événement d’exception et y recevoir, pour l’occasion, la diva du gospel Liz McComb ? Accompagnée par l’orchestre symphonique d’opéra en plein air managé par Anne Gravoin et dirigé par la baguette de Nicolas Guiraud, la contralto afro-américaine a interprété de sa voix unique les grands standards de George Gershwin, Jérôme Kern, Duke Ellington … À 65 ans, la digne héritière d’un chant de foi aux sonorités spiritual, blues, jazz et saoul démontre par sa prestance scénique la grande artiste qu’elle est ; un pur moment d’émotion et de grâce d’1h30 pendant laquelle la grande chanteuse a réinterprété d’anciens « negro spirituels » datant de l’esclavage pour le plus grand ravissement des quelques 1 500 privilégiés présents dont l’ex-ministre de la Justice, Christiane Taubira et le contre-ténor martiniquais Fabrice di Falco.

Mais qui est donc celle que l’on surnomme « La pasionaria du gospel » ? Née à Cleveland (Ohio) d’un père ouvrier d’usine et d’une mère devenue pasteur, Liz a grandi bercée par les chants gospel des plus grands. Comment ne pas être saisie par les voix de The Staple Singers, Sister Rosetta Tharpe et Mahalia Jackson ? Il n’y a donc rien eu d’étonnant que dès ses trois ans, elle en reprenne leurs répertoires. Mélodies et rythme coulent dans ses veines. Aretha Franklin en fait partie, mais son idole et modèle reste Mahalia Jackson, la plus grande voix du XXème siècle. Tout comme elle, Liz se rêve star à Broadway. Ses qualités de musicienne vont l’y aider. Elle maîtrise le piano avec lequel son cœur est « parfaitement accordé ». Liz chante, compose et est une pianiste émérite. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’elle réussisse. Alors direction New York. À elle les auditions. Bingo. La voilà qui intègre le groupe « The Jean Austin Singers » qui participe aux tournées européennes de la revue itinérante Roots of Rock’n’roll ; le début pour Liz de se produire sur de grandes scènes et d’y rencontrer de grandes stars pour lesquelles elle fera plus tard et en solo, la première partie de leurs concerts. La voix et le talent de Liz séduisent autant qu’ils envoutent surtout en Europe. Elle enchaîne les galas. Sa prestance scénique impressionne. Avec elle, souffle un vent nouveau sur le gospel, que le producteur français Gérard Vacler, sera déceler. Leur rencontre va marquer à jamais la vie de la chanteuse. Il en fait une superstar du gospel. Le rêve de Liz s’est réalisé. Atteindre le succès et la gloire en interprétant un répertoire qui l’anime depuis son enfance : celui du negro spirituals, celui de chants religieux afro-américains emprunts de l’histoire de sa famille, qui en appellent à la liberté.

Sa passion et sa spiritualité en auront fait l’une des plus grandes chanteuses de sa génération. Liz McComb, la divine, est une ambassadrice de la paix, une citoyenne du monde qui par sa foi, sa personnalité et le charismatisme de sa voix, a emmené le gospel au-delà des frontières américaines pour en faire un « Global Gospel ». Ce qu’elle a démontré avec grâce et grandeur lors de ce concert événement donné à Paris.

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