Ce qu’il faut retenir du discours de politique générale d’Édouard Philippe

GABRIEL MIHAI

Taxe d’habitation, vaccins, tabac, arrête de vivre à crédit .

Après Emmanuel Macron lundi, c’est au tour d’Édouard Philippe de s’adresser aux députés. Il a prononcé ce mardi son discours de politique générale, développant les mesures notamment économiques et sociales à venir pour le gouvernement.

C’est une tradition à laquelle se plie chaque nouveau Premier ministre : ce mardi, Édouard Philippe a prononcé son premier discours de politique générale, à la tribune de l’Assemblée nationale. Au même moment, ce même discours a été lu aux sénateurs par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Après les prises de parole des représentants des différents groupes parlementaires, le vote de confiance a été largement favorable à Édouard Philippe et son équipe, avec 370 voix pour, 67 contre et 129 abstentions, soit le plus faible nombre de votes contre de toute la Ve République. Cela fait plus d’un mois que l’ancien maire du Havre, nommé Premier ministre le 15 mai dernier, préparait ce discours. Que faut-il en retenir ?

Paquet de cigarettes porté progressivement à 10 euros, vaccins obligatoires pour les enfants, réforme du bac: pour sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement a souvent donné dans les annonces concrètes. Il a été régulièrement applaudi par sa large majorité pro-Macron pendant son allocution de plus d’une heure.

Face au risque de dérapage budgétaire hérité du quinquennat de François Hollande, Edouard Philippe a précisé des mesures devant permettre de trouver les quatre milliards d’euros nécessaires pour ne pas franchir la barre des 3% du PIBN pour le déficit public. «La France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera», a justifié cet adepte de la boxe devant les députés. Le président lui avait laissé le soin de détailler l’impopulaire feuille de route budgétaire.

«Addiction» à la dépense publique

Promesse majeure du candidat Macron, la baisse de la taxe d’habitation (un impôt prélevé sur la superficie habitée et relative à la localisation du bien immobilier, ndlr) sera bien mise en oeuvre «d’ici la fin du quinquennat», mais le Premier ministre n’a pas donné de calendrier plus clair. Les contribuables espéraient une mise en place progressive entre 2018 et 2020.

Confirmée également la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée, ndlr.). Cible de la droite, elle devrait être plus que compensée pour les actifs par la baisse des cotisations sociales, autre mesure phare du programme Macron.

«Nous avons anesthésié nos compatriotes à force de parler comme des comptables», mais «il y a une addiction française à la dépense publique» dont il faut se «désintoxiquer», a fait valoir le chef du gouvernement: «Aucun ministère, aucun opérateur, aucune niche fiscale» ne seront «sanctuarisés».

«Les contribuables ne seront pas la variable d’ajustement du budget», a-t-il assuré. Et de promettre que la «pression fiscale» baisserait d’un point de PIB d’ici 2022 et la dépense publique de trois points de PIB sur la même période.

Équilibre de la Sécu en 2020

Pour ne pas vider les caisses, l’allègement de l’impôt sur la fortune et la transformation du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ndlr) en allègement de charges sont reportés en 2019. Objectif gouvernemental: une Sécurité sociale à l’équilibre «à l’horizon 2020».

D’autres promesses électorales du président se sont concrétisées en objectifs officiels: 2% du PIB consacrés à la Défense d’ici 2025, suppression du régime social des indépendants (RSI), convergence diesel-essence, accès au très haut débit partout en France d’ici 2022…

Ce discours devait être lu au même moment au Sénat par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Il se voulait comme un discours «concret, terre à terre», au lendemain d’un discours d’Emmanuel Macron consacré essentiellement à la chasse gardée du président: les institutions et l’international.

La confiance, largement

Citant ses prédécesseurs Michel Rocard, Alain Juppé et Jacques Chaban-Delmas, le Premier ministre a exploité à plein de cette heure d’exposition maximale. Il pouvait attendre très sereinement les interventions des représentants des groupes parlementaires qui suivaient son discours, puis le vote de confiance prévu aux alentours de 18h30, avec un résultat une demi-heure plus tard.

Edouard Philippe est déjà assuré du soutien des 314 députés du groupe REM (hors six élus nommés au gouvernement et pas encore remplacés) et des 47 députés MoDem. Mais d’autres groupes pourraient aussi voter pour lui ou s’abstenir.

Au total, le gouvernement Philippe pourrait donc obtenir une très large majorité, autour de 380 voix, un niveau qui n’a pas été atteint depuis les gouvernements Raffarin (374), mais qui restera loin du record du gouvernement Juppé (464 voix en 1996).

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