«Réinventer la Seine»: Quand la Seine devient source d’innovations urbaines, pour Paris, Rouen et le Havre

GABRIEL MIHAI

Les maires de Paris, de Rouen et du Havre ont dévoilé, mercredi 19 juillet, les 21 lauréats de l’appel à projets Réinventer la Seine.

De plus en plus fort. Après avoir été invités à «Réinventer Paris» (en surface et en sous-sol), puis à «Réinventer la métropole», les architectes et les investisseurs ont été conviés à «Réinventer la Seine». Le concours portait sur des sites à Paris et banlieue ainsi qu’à Rouen et au Havre. Les lauréats ont été révélés ce mercredi au Havre. 21 équipes ont été retenues sur les 72 qui avaient atteint la deuxième phase.

Une flotte de barges mobiles où habiter, travailler et créer qui, selon les saisons, accostent au Havre ou à Paris ; un centre d’art urbain flottant pour découvrir des artistes du Grand Paris et au-delà ; une boulangerie et une brasserie artisanales qui s’approvisionnent en matières premières et délivrent leurs produits par voie fluviale… telles sont les premières esquisses d’une métropole qui pourrait finir par s’étendre de Paris au Havre via Rouen, dont les maires ont dévoilé, mercredi 19 juillet, les projets gagnants du concours Réinventer la Seine (sur 174 candidatures).

La règle du jeu est toujours la même. Les villes proposent au concours des lieux qu’elles possèdent ou dont elles ont la maîtrise, et place à l’imaginaire… Là où l’habitude voulait qu’un commanditaire fasse réaliser un projet précis à un architecte, un urbaniste ou un paysagiste, le processus s’inverse : à tous ces créateurs d’avoir des idées et le tri sera fait ensuite. Comme dans les précédents «Réinventer», les équipes comportent toujours un architecte mais aussi toutes sortes de professionnels de secteurs divers. L’archi n’est d’ailleurs pas forcément le mandataire de l’équipe (le chef, si l’on préfère).

Telle qu’on la lit dans le dossier du concours, la philosophie de cette édition fluviale est simple : «Sur, à côté et au-dessus de l’eau, des projets avant-gardistes vont émerger pour incarner autant de possibilités de vivre autrement avec le fleuve.» Les autorités portuaires des trois villes ont veillé au grain pour que les résultats ne partent pas trop dans le délire. Mais le résultat est quand même bien varié.

Nombreux sont les projets qui prennent appui sur la voie fluviale pour leur approvisionnement ou leur distribution. L’un d’eux fédère la vallée de la Seine, du Havre à Paris. Jeune entreprise créée par des architectes, des designers et des enseignants, Barges et Berges a imaginé une flotte de quatre barges mobiles où il sera possible d’habiter, de travailler et de créer. Elles permuteront, au gré des saisons, entre le port parisien de Tolbiac et celui du bassin Vatine, au Havre.

Le Petit à côté se veut un incubateur de nouveaux usages, avec une cuisine ouverte, une ressourcerie, des ateliers et expositions. Le Petit Coliving, barge destinée à l’habitat, proposera des espaces privatifs pour accueillir temporairement enseignants, chercheurs, étudiants (notamment étrangers) du campus havrais durant l’année scolaire ; et l’été il permettra d’augmenter les capacités d’hébergement de l’auberge de jeunesse qui jouxte le port de Tolbiac.

Sur La Petite Graine, l’idée est de « faire pousser des carottes et des idées » : tables d’hôtes midi et soir avec les produits de la vallée de la Seine au niveau supérieur et espaces connectés de projections et de conférences au niveau inférieur. Enfin, Le Petit Sportif sera une barge de loisirs pour faire du sport et s’amuser.

Ce sont ceux qui mélangent logements, hôtellerie, lieux de travail partagé et autres aménités urbaines mais aussi l’agro-écologie (Manufacture de l’Ourcq), la logistique (En Seine !) ou le recyclage (Plateforme fluviale multimodale).

Comme la Brasserie Barge, qui entend produire de la bière et la livrer par voie fluviale, ou encore le rigolo Moulin Seine, qui prévoit de planter une boulangerie-pâtisserie au port des Invalides à Paris, et «articule pertinemment les fonctions boulangerie et croisière». Dans cette catégorie, on peut aussi cité Fluctuart, «premier centre d’art urbain flottant» et, à Rouen, un ancien chai à vin reconverti en casino.

Enfin, comme on est quand même proche de l’eau, plusieurs projets proposent d’y faire trempette avec diverses solutions de bassin (L’Atelier de l’Arsenal, l’Arche). Ou, au Havre, de la survoler avec un ponton habité (Rêver).
C’est l’architecte Antoine Grumbach, sans doute fin lecteur de Jacques Attali, qui avait proposé en 2009 un «Grand Paris jusqu’à la mer». Depuis, les trois ports ont créé un GIE (groupement d’intérêt économique) baptisé Haropa, pour exploiter le transport de marchandises par voie fluviale. Pour rêver, il fallait sans doute quelque chose d’un peu moins technique.

ANCIENNE USINE DES EAUX (94) : Manufacture-sur-Seine / Réinventons la Terre

Sur le site de l’Ancienne usine des eaux d’Ivry-sur-Seine, le nouvel aménagement comprendra trois structures : une manufacture collaborative, une offre de service et des logements, qui constituent le coeur du projet. L’originalité de Manufacture-sur-Seine réside dans les techniques utilisées dans son élaboration et son fonctionnement : réutilisation de l’eau, construction en terre crue, intégration du paysage aquatique..

CULEE DROITE PONT ALEXANDRE III (75) : Le Cabaret Electro

Nouveau lieu de sortie nocturne à Paris, le Cabaret Electro proposera des activités culturelles (danse, théâtre, sculpture lumineuse) et de sensibilisation (notamment sur les thèmes de l’écologie et de l’action citoyenne).

ECURIES DE LA BRICHE (93) : La Brasserie Barge

Le concept repose sur une brasserie artisanale dont la distribution s’effectuera par la Seine. A terre, les bâtiments des Ecuries se transformeront en outil de production de la brasserie. Ils accueilleront également un bar. Une péniche servira ensuite à la livraison de la bière aux lieux de consommation proches du fleuve ou de ses canaux.

PORT D’ALFORTVILLE : ALT-urbaine

Le projet ALT-Urbaine est conçu pour se développer en plusieurs temps. D’ici 2020, un restaurant couplé à des espaces d’agriculture urbaine (potager, bassins d’aquaponie) seront installés et ouverts au public en bord de Seine. Puis les bords de Marne accueilleront des barges pour l’installation d’une zone de logistique fluviale en lien avec les chantiers voisins, que viendront compléter des structures de co-working, de fitness, et un café.

PORT D’IVRY-SUR-SEINE : Plateforme fluviale multimodale

Ce projet de parc allie une déchetterie fluviale pour le BTP, relié aux centres de tri de Gennevilliers ou Villeneuve-le-Roi, une station fluviale à usage privée et des bateaux de nettoyage. Pour le public, des parcours de sensibilisation au recyclage seront accessibles, ainsi qu’un bateau à quai accueillant concerts et spectacles.

PARKING PONT DE GRENELLE (75) : En Seine !

Le projet En Seine ! propose de réaménager les parkings existants afin d’accueillir plusieurs types d’activités : une plateforme de transports sans carbone, une structure d’enseignement supérieur privé et un pôle de logistique fluviale et urbaine.

PLACE MAZAS (75) : l’Atelier de l’arsenal

L’Atelier de l’Arsenal sera à la fois un lieu de vie avec l’aménagement de structures d’hébergement en commun et des locaux de production de service (co-working, fablab) et culturelle (salle de spectacle). Le lieu est destiné à accueillir toute l’année des animations ouvertes au public.

HALLE DE ROUVRAY (75) : Manufacture de l’Ourcq

La Manufacture de l’Ourcq met l’accent sur les nouvelles pratiques agricoles qui mêlent production et écologie. Un restaurant et des unités de production de pain, de bière, de café et de produits maraîchers prendront place dans la Halle de Rouvray réaménagée. Second volet du projet, la dimension pédagogique sera assurée par l’association « Ourcq Fertile » qui organisera des ateliers et des formations autour de l’alimentation et de l’agriculture.

PORT DES INVALIDES : Moulin Seine

Moulin Seine est l’un des projets les plus surprenants : une boulangerie-pâtisserie embarquée, qui combine la vente et la croisière. La boulangerie est couplée avec un salon de thé et une épicerie, tandis que la cale du bateau pourra accueillir des séminaires.

PORT DU GROS CAILLOU : Fluctuart

Fluctuart est un projet de centre d’art urbain sur l’eau, à la fois lieu de création et d’exposition. Le navire accueillera des collections permanente et temporaires. La majorité des activités devraient être en accès libre.

PORT DE JAVEL BAS : l’Arche

Le port de Javel accueillera un complexe sportif. Il doit comprendre une piscine flottante et un centre dédié au sport. Des activités seront aussi proposées sur les quais (squash, jeux pour les enfants, portager). Le projet est censé, à terme, accueillir une piscine naturelle en libre accès dès lors que l’eau de la Seine sera compatible avec la baignade.

PORT DE TOLBIAC : encore indéterminé

Sur ce site, les 2 projets finalistes, Barges & Berges sur Seine et LUD/EAU, vont remettre une nouvelle offre dans les prochains mois.

Les projets peuvent être vus au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, jusqu’au 9 septembre.

 

PHOTOS: BM / IMPACT EUROPEAN – WPA

Laisser un commentaire