Robert Hossein : « Le talent, je l’affirme, c’est d’en trouver aux autres ! »

Est-il encore besoin de le présenter ? Le grand, l’incomparable Robert Hossein. Certes, la seule évocation de son nom, renvoie à Joffrey de Peyrac, mais il n’est pas que ce personnage romantique culte de « Angélique Marquise des Anges ». Robert Hossein est un homme pluriel, tantôt acteur, dialoguiste, tantôt scénariste, réalisateur ou metteur en scène.  Outre d’avoir joué dans 97 films, 9 téléfilms et 30 pièces de théâtre et d’avoir donné la réplique à bon nombre d’artistes de renom (Brigitte Bardot, Sophia Lorens, Marie-France Pisier, Emmanuelle Béart, Jean-Paul Belmondo, Johnny Hallyday…), il peut se targuer d’avoir découvert des talents (Isabelle Adjani), d’avoir défendu le théâtre populaire et d’avoir révolutionné la scène parisienne par des fresques aux nombreux comédiens. Sa carrière est impressionnante. Rien ne l’arrête. La preuve en est à nouveau donnée aujourd’hui. À 91 ans, celui qui n’a rien perdu de son humour, incarne un homme de pouvoir dans « Noni, le fruit de l’espoir. Écrit et réalisé par Alain Williams, », ce film, qui sera en salles le 20 mai prochain, met en avant une brillante chercheuse en biologie, qui va trouver un remède contre le cancer grâce à un fruit exotique, connu pour ses vertus miraculeuses. Rencontre exclusive pour un moment de partage non sans émotion avec un monstre sacré. Par Daphné Victor, journaliste.

 

Daphné Victor : Vous venez de découvrir le montage de « Noni, le fruit de l’espoir ». Qu’en pensez-vous ?

Robert Hossein : J’ai été très étonné de me voir parce que j’ai l’impression d’avoir dépassé 100 ans ! Eh bien non, pas encore. Ce film est très bien joué. Ce n’est pas parce que je suis dedans que je le trouve intéressant, mais la réalité veut qu’il le soit.

DV : Quelle est sa particularité ?

RH : Celle d’être une histoire alors que l’on a l’impression qu’il y en a plusieurs.

DV : Avez-vous pris plaisir à jouer un homme de pouvoir ?

RH : Oui. Dans ma vie, j’essaie toujours de faire les choses sérieusement, sans me prendre au sérieux. Je le serais si nous n’étions pas de passage, mais on passe.

DV : Parlez-nous de votre personnage…

RH : J’interprète un maire, qui se met au service des autres. Il a un rapport très humain et très fusionnel avec sa petite-fille, une brillante chercheuse, dont il prend soin depuis la mort accidentelle de ses parents.

DV : Quel regard portez-vous sur le cinéma d’aujourd’hui ?

RH : C’est une invention absolument sublime. Mais aujourd’hui, cela dépend des films. Certains, on ne les a jamais vu avant, d’autres ont plus ou moins d’intérêt selon les thèmes qu’il nous proposent.

DV : Qu’elle est la plus grande difficulté justement ?

RH : Retenir l’attention c’est une chose, mais avoir l’argent pour monter des spectacles avec des acteurs, notamment de la jeune génération, est une autre affaire. Aujourd’hui, on vit une période difficile. On fait la manche pour essayer de convaincre ceux qui ont le pognon, enfin, s’il en reste…

DV : Vous en avez pourtant fait gagner …

RH : Oui et je le dis avec beaucoup d’humilité. J’ai fait un certain nombre de spectacles qui ont marché. J’ai eu des échecs. J’ai eu de très grands succès. Mais grâce à Dieu, je ne me prends pas au sérieux.

DV : D’où puisez-vous votre inspiration ?

RH : Elle n’est pas uniquement la mienne. Elle est celle que m’ont inspiré les écrivains, les metteurs en scène, les acteurs… Je n’ai pas le sentiment d’avoir tout fait seul. J’ai certainement inspiré d’autres, mais tellement m’ont inspiré moi-même.

DV : Que des salles de cinéma portent votre nom, est-ce une consécration ?

RH : Vous me l’apprenez. Je ne le savais pas.

DV : Qu’est-ce que cela fait d’être une référence tant en France qu’à l’étranger ?

RH : Je remercie ceux qui m’ont engagé lorsque j’étais comédien et ceux qui ont accepté de tourner dans mes films ou de jouer dans mes pièces.

DV : Qu’est-ce qui a motivé vos choix de carrière ?

RH : Le talent des autres. J’ai beaucoup d’estime pour les autres.  Ils me donnent envie de tenter des choses différentes et nouvelles à chaque fois. Donc, je dois beaucoup aux autres.

DV : Justement, le talent c’est quoi pour vous ?

RH : Le talent, je l’affirme, c’est d’en trouver aux autres !

DV : Êtes-vous fier de votre parcours ?

RH : Je le serais si j’avais sauvé la planète. Il n’est jamais trop tard pour le faire.

DV : Quelle est votre plus belle rencontre ?

RH : Je ne peux le dire parce que si je me gourre, je m’en voudrai (rires). J’ai eu la chance de rencontrer des metteurs en scène merveilleux, des acteurs, des camarades que j’ai toujours et que j’admire comme Jean-Paul Belmondo, Jean-Louis Trintignant.

DV : Celle avec le Pape François en 2016 doit tout de même en faire partie ?

RH : Elle a été remarquable. L’évoquer m’émeut énormément.

DV : Avez-vous la foi ?

RH : Nous sommes tous de passage, mais j’ai le sentiment que peut être, on se rencontre ou on se retrouve quelque part. Je regrette de n’avoir pas plus de renseignements sur ce qu’il y a après.

DV : Que voulez- vous que l’on retienne de vous ?

RH : Attendez que je sois parti ! Je ferai le compte avec eux (rires).

DV : Avez-vous des regrets ?

RH : Beaucoup. Mais ce qui m’emmerde, c’est de ne pas pouvoir être un jour à la disposition d’autre chose que moi, c’est-à-dire des autres.

DV : Et non celui de n’avoir jamais été récompensé d’un César ?

RH : (Son téléphone se met alors à sonner) Attendez, je vais peut-être l’avoir… (rires)

DV : Y a-t-il encore un projet que vous souhaiteriez accomplir ?

RH : Oui. Je prépare en ce moment quelque chose d’hallucinant en hommage à la France, sur Marianne, écrit par d’autres que moi. Je travaille également et ce, depuis longtemps, sur un projet dont la vision des Évangiles est tout à fait différente. Mais, pour qu’ils se réalisent, je fais la manche (rires). Je n’ai jamais cessé de faire la manche et je continuerai jusqu’à la fin.

DV : Qu’apprend-on avec le temps ?

RH : Que l’on peut rester fidèle à sa femme (ndlr : Candice Patou) pendant quarante-trois ans (rires). C’est bien, comme ça je ne suis pas distrait (rires).

DV : À 91 ans, vous êtes plus que jamais actif. Que peut-on vous souhaiter ?

RH : De tenter d’exister et de me mettre à la disposition des autres, des jeunes, de ceux qui souffrent, qui espèrent et qui aspirent.

« Noni, le fruit de l’espoir », un film réalisé par Alain Williams, co-écrit par Alain Williams et Emmanuelle Pelloie – Musiques de René Baldaccini – Avec Robert Hossein, Raghunath Manet, Sylvia Pouget, Emma Zimmerman, Candice Berner, Jean-Louis Tribes, Igor et Grichka Bogdanoff, Jean-Luc Chetboun, Aurélien André, David Cargnello, Eva Chetboun, Marc Elie Klein, Cyrille Pien, Leila Altamirova – En salles le 20 mai 2019.

Le Fruit de l’Espoirwww.lefruitdelespoirlefilm.com/

Plus d’infos : Service de presse Cédric Naimi – Tél. : 06 60 90 55 11cedric.naimi@gmail.com

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