Roumanie : intervention “brutale” de la police plus de 450 blessés lors d’une manifestation anti-gouvernement

Plus de 450 personnes ont été blessées et une trentaine interpellées lors d’une manifestation contre le gouvernement de gauche qui a dégénéré vendredi soir à Bucarest, a annoncé samedi la gendarmerie.

Entre 50 000 et 80 000 manifestants sont descendus dans la rue, vendredi 11 août, à Bucarest et dans plusieurs villes de Roumanie pour protester contre le gouvernement social-démocrate (PSD).

Les manifestations étaient organisées par des groupes d’expatriés roumains qui entendaient dénoncer la corruption qui gangrène leur pays, les bas salaires et les tentatives du PSD d’affaiblir le pouvoir judiciaire. En voiture, en train ou en avion, des milliers d’entre elles étaient venues de plusieurs pays d’Europe, voire des États-Unis ou du Canada pour exprimer leur ras-de-bol envers “l’absence de progrès” dans leur pays natal. La Roumanie se classe parmi les États les plus corrompus de l’Union européenne et Bruxelles surveille particulièrement son système judiciaire.

À Bucarest, certains manifestants ont tenté de traverser les cordons de sécurité installés autour du bâtiment du gouvernement. D’autres ont lancé des bouteilles et des pavés sur la police anti-émeute, qui a répondu en utilisant des gaz lacrymogènes et un canon à eau. Un millier de gendarmes et de policiers anti-émeute sont intervenus pour évacuer la place de la Victoire, théâtre d’échauffourées provoquées, selon la gendarmerie, par des “provocateurs”.

Nombre de blessés ont dû être soignés après avoir inhalé des gaz poivre et lacrymogènes abondamment utilisés par les forces de l’ordre, tandis que d’autres souffrent de contusions, selon des sources hospitalières. Une trentaine de gendarmes figurent au nombre des blessés, onze d’entre eux ayant été hospitalisés.

Critiquée par l’opposition de centre droit pour son intervention en force, la gendarmerie a assuré avoir agi “de manière graduelle et proportionnelle” en réponse aux actions violentes de plusieurs dizaines de hooligans.

Quelque 80.000 Roumains, dont des milliers d’expatriés revenus spécialement dans leur pays et accompagnés pour certains de leurs enfants, s’étaient rassemblés place de la Victoire pour dénoncer la “corruption” du gouvernement.

Le président centriste Klaus Iohannis a condamné la violence excessive dont la police a selon lui fait preuve. “Je condamne fermement l’intervention brutale de la police anti-émeutes, totalement disproportionnée par rapport aux actions de la majorité [des manifestants]”, a-t-il écrit sur sa page Facebook. “Le ministère de l’Intérieur doit s’expliquer rapidement sur la manière dont ont été gérés les événements de la soirée”, a-t-il ajouté.

Une nouvelle manifestation était prévue dans la soirée de samedi à Bucarest. Depuis son retour au pouvoir fin 2016, le Parti social démocrate a lancé une vaste réforme de la justice qui menace l’indépendance des magistrats et vise à permettre à des responsables politiques d’échapper aux poursuites, selon ses détracteurs.

Cette réforme a donné lieu à des manifestations d’une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989, avec un demi de million de personnes dans la rue en février 2017.

Selon les estimations de la Banque mondiale, trois à cinq millions de Roumains travaillent et vivent hors de leur pays, soit un quart de la population. Les expatriés sont aussi bien des travailleurs journaliers que des médecins. L’année dernière, ils ont envoyé à leurs familles l’équivalent de 4, milliards d’euros, soit près de 2,5 % du produit intérieur brut de ce pays, l’un des plus pauvres de l’Union européenne.

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