La Shoah: une loi polonaise choque Israël

GABRIEL MIHAI

Le ministre israélien des Affaires étrangères a convoqué dimanche un haut diplomate polonais pour lui demander une « clarification » au sujet du vote d’une loi dénoncée par Israël sur le rôle des Polonais dans la Shoah.

Cette loi prévoit la prison pour toute personne qui utiliserait le terme « camps de la mort polonais » pour qualifier les camps d’extermination que les nazis avaient installé en Pologne quand ils occupaient ce pays durant la Seconde Guerre mondiale.

Le président polonais Andrzej Duda a promis dimanche d’examiner des passages d’une loi concernant la Shoah et la définition des camps de la mort nazis, dont le texte a suscité l’ire d’Israël. Son évaluation sera présentée « après la conclusion du travail parlementaire et une analyse soigneuse de la forme finale de cet acte », selon un communiqué de la présidence.

La tension est montée avec l’adoption vendredi par la chambre basse du parlement polonais d’une loi concernant la Shoah – l’extermination des Juifs par les Allemands survenue en grande partie en Pologne occupée.

Mais pour les dirigeants israéliens, ce texte représente une tentative de nier la participation de Polonais à l’extermination des juifs par les nazis.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réitéré dimanche ses critiques à l’égard de cette loi, déclarant: « Nous ne tolérerons pas qu’on déforme la vérité et réécrive l’histoire ou qu’on nie l’Holocauste ».

« L’opposition d’Israël à la formulation du projet de loi lui a été exprimée », a déclaré le ministère. « Le moment choisi pour la présentation du projet de loi – la veille du jour du Souvenir de l’Holocauste – a été particulièrement surprenant et regrettable ».

Aux yeux des conservateurs au pouvoir en Pologne, l’objectif premier de ce texte est d’éviter qu’on n’attribue «à la nation ou à l’État polonais» des crimes commis par les nazis allemands, et notamment d’empêcher l’utilisation de l’expression «camps de la mort polonais» à propos des camps installés par l’Allemagne d’Hitler.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avait déclaré sur Twitter que « Auschwitz-Birkenau n’est pas un nom polonais, et Arbeit Macht Frei n’est pas une expression polonaise », en référence à l’expression inscrite sur le portail d’entrée du camp nazi: « le travail rend libre » en allemand.

Selon un communiqué du bureau de ce dernier, ils sont «tombés d’accord pour ouvrir immédiatement un dialogue» et «tenter de parvenir à une compréhension au sujet de la législation» polonaise.

Mais la porte-parole du parti au pouvoir, Beata Mazurek, a adopté un langage moins conciliant. «Nous ne changerons aucune disposition dans la loi. (…) Nous en avons assez des accusations contre la Pologne et les Polonais pour les crimes allemands», a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, a également critiqué le texte mais de manière plus nuancée.

« Cette loi est susceptible de brouiller la vérité historique concernant l’assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise durant l’Holocauste », a souligné dans un communiqué cette institution, qui a toutefois reconnu « qu’il ne fait aucun doute que le terme +camps de la mort polonais+ constitue une interprétation erronée de l’histoire ».

La loi, votée vendredi par le parlement polonais dominé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS), doit être adoptée par le Sénat puis promulguée par le chef de l’Etat.

Le texte comprend un article qui prévoit des poursuites, allant aussi jusqu’à trois ans de prison, contre toute personne qui « attribue à la nation ou à l’Etat polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le 3e Reich allemand – ou tout autre crime contre l’humanité (…) ou crime de guerre ».

Selon l’ambassadrice d’Israël à Varsovie Anna Azari, cet article pourrait ouvrir la porte à des poursuites contre les survivants de l’Holocauste qui témoigneraient de la participation de Polonais à des crimes de guerre.

Sur ce point, M. Duda a assuré que « toute personne dont les souvenirs personnels ou la recherche historique exprime la vérité sur des crimes ou des comportements honteux survenus dans le passé avec la participation de Polonais, a pleinement le droit à cette vérité ».

Selon l’ambassadrice, le gouvernement israélien « rejette » la loi, mais en même temps « comprend » qui a construit les camps de la mort et que « ce n’étaient pas les Polonais ».

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