SINGRID CAMPION : « Je chantais avant. Je chante toujours et je chanterai encore »

Foraine et manouche par ses gènes mais, parisienne dans son ADN. Elle, c’est Singrid Campion la fille de Marcel.À ses côtés, elle mène une lutte sans apaisement aucun, au nom de leur fratrie, de cette vocation viscérale qui se transmet de générations en générations et du respect de l’esprit de fête. Mais Singrid n’est pas que la fille de … C’est aussi une chanteuse, qui écrit, qui compose, qui a déjà eu le privilège de se produire sur la célèbre scène de l’Olympia en 2018. Échanges avec une artiste au grain de voix fêlé, qui déclame dans son dernier album tout son amour à la Ville lumière.

Quand on porte le nom de Campion, est-ce difficile d’imposer son prénom ?

Ce n’est pas tant le prénom qui est difficile à porter, mais c’est d’assumer tout court d’être une fille dans le milieu forain et d’être face à un père qui affirme ses idées.

Ressentez-vous un quelconque poids quant à votre héritage ?

Avant d’avoir mes affaires personnelles, oui, mais plus maintenant. J’ai mon manège à l’année dans le Jardin des Tuileries, j’ai également un trampoline sur les fêtes foraines et je participe à toutes les actions que mon père organise. Je suis complétement indépendante et j’ai gagné le respect.

Comment arrivez-vous a conciliez toutes vos activités tout en étant mère ?

Grâce à mes associés qui sont des amis d’enfance qui vivent sur les fêtes foraines, ce qui me permet de garder mon activité de mère à plein temps et de pouvoir faire de la chanson.

Sébastien El Chato vous a d’ailleurs offert un de ses titres qui vous correspond tout à fait…

Mon cousin et ami Sébastien El Chato, qui m’a tellement vu faire avec mon fils, en étant la mère, le père, la copine, m’a donnée sa chanson « Je serai là ». C’est un très beau cadeau dont le texte ne met pas seulement en avant une mère qui parle à son fils. C’est une chanson pour tous les parents du monde.

Être forain, c’est une vocation ?

Oui. C’est aussi un état d’esprit.

Comment se sont passés vos débuts ?

Ils n’ont pas été évidents. J’étais la fille à Campion. J’aurai dû rester à la tête du gros manège et ne pas revendiquer mon indépendance. Mon père n’était pas très content. En même temps, j’ai vite monté les échelons. J’ai enchaîné les manèges. Je me suis acheté très rapidement une caravane. Maintenant lorsqu’un problème se présente, on me demande ce que j’en pense avant de prendre une décision pour moi. Aujourd’hui, je fais tout toute seule. Tout va bien. J’ai ainsi gagné ma liberté et le respect et ça, ça n’a pas de prix.

Parce que chez les forains, les femmes actives et modernes ne sont pas les bien vues ?

En effet. Des femmes m’ont suivi. J’ai donc lancé une mode.

Qu’est-ce qui a amené une fille de forain et petite-fille de circassiens à se tourner vers la musique ?

Je ne me suis pas tourné vers la musique. J’ai toujours chanté dehors pieds nus, à la guitare en montant sur la table lors de fêtes autour d’un feu de bois.

Dissocier la musique de vos activités de foraine, une éventualité ?

Mais pas du tout. La musique est une culture, tout comme la fête foraine. Ce n’est pas une industrie. Tout est relié. Être forain, ce n’est pas seulement avoir un registre du commerce. C’est être artiste, et être polyvalent.

Vous qui chantez depuis toute petite, faire du jazz manouche était une évidence ?

Non, car c’est très masculin. Ça n’a rien à voir avec le flamenco où les filles dansent. À la base, le jazz manouche n’est pas chanté et est réservé aux hommes qui jouent que de la guitare. J’ai voulu en prendre une, on m’a dit non, car j’étais une fille. Alors j’ai chanté et dansé par-dessus le son des guitares, en inventant des paroles et en faisant des onomatopées. J’ai ensuite repris des grands standards américains ou français en style jazz manouche. Mon premier album est ainsi sorti.

Qu’elle est votre implication dans vos chansons ?

Rester dans mon registre et faire des reprises ne m’amusait plus. J’avais envie de faire des choses plus accessibles au public et de raconter la nostalgie des belles années que nous avions connues et le soudain rejet que nous étions en train de connaître. Donc j’écris et je compose.

Que représente chanter pour vous ?

C’est mon oxygène, ma bouffée d’air. C’est la liberté. Chanter est mon combat parce que la musique rassemble.Je chantais avant. Je chante toujours et je chanterai encore.

Et la scène ?

Je m’y sens bien.

Si je vous dis, Lord Kossity ?

Depuis toujours, c’est l’ami de la famille. C’est lui qui a fait « Laisse-moi t’aimer ».

Justement, cette chanson s’adresse à qui ?

C’est une chanson qu’il avait fait pour un de ses amours. Je l’aime beaucoup et me concernant, elle ne s’adresse pas spécialement à quelqu’un.

Son titre fait penser à celui chanter par Mike Brant…

On a tous eu des déceptions, un amour très fort qui a compté. Selon les versions, elle peut être interprétée différemment. Celle de Lord Kossity a des paroles très fleur bleue auxquelles je tiens, car il n’en existe plus des comme ça aujourd’hui. Aussi, j’en ai fait cinq remix. Il y a des versions clubs et des versions lounges.

Ce titre est extrait de votre album « Paris mi Amor », qui est un pamphlet contre la Mairie de Paris. En tant qu’ambassadrice des forains, où en est votre combat « Un pour tous, tous forains « ? (Ndlr : des titres de l’album)

Tous les candidats à la Mairie de Paris ont déjà présenté leur programme, sauf mon père ; aucun journaliste, n’ayant voulu l’écouter. Tout cela est instrumentalisé. Il le dévoilera en septembre. Donc, le combat en est là. Il continue. Nous, on le suit. On ne va se laisser faire. Ce n’est pas une question d’argent, mais d’honneur et de dignité.

Votre label porte vos initiales. Vous êtes donc votre propre productrice ?

Oui. N’ayant pas de maison de disque et aucun financement, tous les gens qui jouent avec moi, sont des bénévoles. Je gère tout toute seule.

Suppression du Marché de Noël sur les Champs-Elysées et de la grande roue place de la Concorde. Selon-vous, y a-t-il une réelle volonté de certaines instances de faire partir, si ce n’est de faire disparaître complétement les forains de Paris ?

Ils veulent faire disparaître les forains tout courts et faire des Luna Parc comme il y avait pendant la guerre. Ils essayent d’anéantir les forains, de supprimer les fêtes foraines à Paris et donc, la fête.

Doit-on en conclure que s’amuser n’a plus le droit de citée à Paris ?

Ils souhaitent que les choses soient différentes et anéantir une profession.

Vous êtes née dans une caravane en plein cœur du Jardin des Tuileries. Paris, fait donc partie de votre ADN. Que représente la capitale pour vous ?

Oui, Paris est mon Adn. Avant, c’était Paris enchanté. Maintenant, c’est Paris en chantiers. C’est pourquoi je continue ma lutte avec mon père. Nous ne voulons pas que ça reste le bordel comme c’est en ce moment. Il faut que ça change, oui, mais en mieux. Aussi, on essaie de militer au maximum et de mobiliser le plus possible de gens.

Qu’est-ce qu’il faut pour que ça change alors ?

Il faut voter ! Pour que soit réouvertes les berges en semaine et que soit redonner Paris aux parisiens.

C’est pourquoi vous avez dédié de nombreuses chansons à Paris ?

Oui. Chez moi, tout est à base de Paris. « Paris défile », « Paris bohème », « Paris réussit », « Paris je t’aime ». C’est « Paris, mon amour ».

Côté actualité, quels sont vos projets de rentrée ?

De faire deux clips de « Laisse-moi t’aimer ». Le premier sera un court métrage dans lequel Lord Kossity sera. Moi, je n’y ferai que des apparitions en train de chanter et de danser. Quant au deuxième, ce sera une version lounge jazzy dans laquelle je serai un peu sensuelle avec de jolies images et des effets d’ombres chinoises. J’ai aussi en projet de faire un clip pour « La nuit la plus belle », un de mes autres titres offert par le frère d’El Chato destinée à Maître Gims, qui réactualise les chansons de Noël. Et en décembre il devrait y avoir un spectacle du style petite comédie musicale pour illustrer le marché de Noël.

Avec tout ça, votre père est forcément fier de sa fille ?

Il a intérêt ! En fait, on ne se le dit jamais. Il me répète souvent « quand je ne dis rien, c’est que tout va bien. »

Que peut-on vous souhaiter ?

Une bonne santé et un bébé à la fin de l’année prochaine.

Visuels : (C) DR / Singrid Campion

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