Walker Evans (1903-1975), l’un des photographes américains les plus importants du 20e siècle.

GÉRARD CROSSAY

La grande rétrospective du Centre Pompidou, la première en France, a permis d’appréhender l’ensemble de l’oeuvre du grand photographe américain à travers 300 photographies et 100 documents rares.
Walker Evans a commencé la photographie à l’âge de 27 ans. Très vite, il rencontre le succès et travaille pour de prestigieux magazines tels que Time et Fortune.
Il a été professeur de photographie et, bien qu’il ait longtemps voulu devenir écrivain, c’est en tant que photographe qu’il a marqué l’Histoire .
Ses toutes premières photos réalisées dans les années 1920, tout comme ses derniers Polaroïds, révèlent une fascination pour les objets utilitaires, domestiques et locaux, ce qu’on appelle la culture vernaculaire,  formes d’expression populaires que l’on retrouve dans les classes basses de la société.
Sa série la plus célèbre se nomme “Subway Passengers”. Elle est consacrée aux passagers des métros urbains : elle représente parfaitement l’intérêt de l’artiste pour les travailleurs.
L’attirance de Walker Evans pour le vernaculaire s’exprime dans le choix de ses sujets : architecture victorienne, baraques de bords de routes, devantures de magasins, affiches de cinéma, pancartes, enseignes…
Les portraits des gens modestes, victimes de la Grande Dépression ou simples passants anonymes, peuplent également son iconographie du populaire. 
Ce qui constitue le « typiquement » américain, c’est aussi le revers du progrès.
Il va ainsi documenter cet autre visage de l’Amérique et photographier détritus industriels, débris d’architecture, carcasses d’automobiles, maisons de bois tombées en décrépitude, anciennes demeures de Louisiane au prestige déchu, antiquités, déchets, intérieurs décatis et surfaces décrépies.
Autant que les majestueux gratte-ciel ou les automobiles rutilantes, tout ceci incarne la modernité. Cette obsession pour l’obsolescence et le déclin a nourri, chez le photographe, une position critique. Elle laisse également transparaître une profonde fascination pour les mécanismes de surproduction et de consommation propres à son époque.
D’autres objets du quotidien, produits en masse, issus de sa collection personnelle – plaques émaillées, affichettes, publicités… – sont dévoilés dans l’exposition.
Son portrait de l’Amérique en crise dans les années 1930, son « style documentaire » et sa fascination pour la culture populaire américaine ont marqué des générations de photographes et d’artistes.
Par son attention aux détails du quotidien, à la banalité urbaine et aux gens de peu, il a contribué à définir la visibilité de la culture américaine du 20 ème siècle. Certaines de ses photographies en sont devenues les icônes.
En juillet 1955 paraît dans le magazine Fortune son portfolio consacré à la beauté des outils ordinaires (« Beauties of the Common Tool »)  Cette adoption des formes et des procédures de la photographie “non artistique”, démarche cependant créative, préfigure, avec quelques décennies d’avance, les pratiques d’artistes conceptuels dans les années 1960.
Et prochainement, au Grand Palais, à partir du 21 septembre, pour le centenaire de sa naissance, autre belle rétrospective d’un des plus grands photographes du 20 ème siècle, l’américain Irving Penn.

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