Bulgarie : adoption de l’euro en 2026 et enjeux économiques
Bulgarie adoption euro 2026
À compter du 1er janvier 2026, la Bulgarie, l’un des pays les plus modestes de l’Union européenne en termes de PIB par habitant, avec une population de 6,4 millions d’habitants, deviendra le 21ᵉ membre de la zone euro, abandonnant définitivement sa monnaie nationale, le lev bulgare, en circulation depuis 1881.
Cette adhésion, obligatoire en vertu du traité d’adhésion à l’UE de 2007, marque une étape clé dans l’intégration économique du pays, mais elle intervient dans un contexte marqué par une inflation persistante, une instabilité politique chronique et une opinion publique divisée.
Un cadre économique solide mais fragile
La Bulgarie remplit les critères de convergence de Maastricht depuis juillet 2025, validés par le Conseil de l’UE : une inflation maîtrisée (autour de 2,4 % attendue d’ici 2027, malgré un pic à 5,2 % en novembre 2025), un déficit budgétaire et une dette publique sous contrôle, ainsi qu’une stabilité des taux de change assurée par un régime de currency board, qui ancre le lev à l’euro depuis des années (taux fixe de 1 euro pour 1,95583 leva).
L’économie bulgare affiche une croissance robuste, estimée à environ 3 % pour 2025, portée par la consommation des ménages et les investissements publics, avec un taux de chômage historiquement bas, inférieur à 4 %.
Cependant, des vulnérabilités persistent : une inflation alimentaire sensiblement supérieure à la moyenne de la zone euro, une hausse rapide des prix immobiliers (jusqu’à 15,5 % au deuxième trimestre 2025, voire un doublement sur trois ans selon certaines estimations), et une croissance des salaires non compensée par des gains de productivité, érodant la compétitivité.
Le pays fait également face à un ralentissement de la demande externe, notamment en provenance de l’Allemagne, son principal partenaire commercial, ce qui pèse sur le secteur industriel.
Les avantages économiques attendus
L’adoption de l’euro promet de stimuler l’économie bulgare en éliminant les risques de change et les coûts de transaction avec les partenaires de la zone euro, représentant, selon plusieurs estimations, plusieurs centaines de millions d’euros d’économies annuelles pour les PME.
Elle devrait également attirer les investissements étrangers directs, faciliter l’accès à des financements moins coûteux sur les marchés internationaux et améliorer la notation souveraine du pays, comme l’a déjà relevé l’agence Fitch.
Le tourisme, qui pèse environ 8 % du PIB en 2025, devrait en bénéficier, grâce à des échanges monétaires simplifiés et à une attractivité accrue pour les visiteurs européens.
Sur le plan institutionnel, la Bulgarie gagnera un siège à la table des décisions de la Banque centrale européenne, renforçant sa capacité à faire face aux chocs externes et, selon les institutions européennes, à réduire certaines vulnérabilités géopolitiques.
Comme l’a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, « l’euro est un symbole tangible de la force et de l’unité européennes », favorisant une intégration économique plus profonde.
Les défis et risques macroéconomiques
Malgré ces perspectives positives, plusieurs défis tempèrent l’enthousiasme.
L’inflation perçue par les consommateurs est jugée très élevée pour certains biens essentiels, bien au-delà des statistiques officielles, alimentant un sentiment de perte de pouvoir d’achat. Les spéculations sur les prix alimentaires et immobiliers pourraient s’intensifier lors de la transition.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, anticipe un impact « modeste et de courte durée » sur les prix, estimé entre 0,2 et 0,4 point de pourcentage, sur la base des précédentes adhésions. Néanmoins, la crainte d’un « effet d’arrondi » persiste, comme observé en Croatie ou en Slovaquie.
La perte d’autonomie monétaire, bien que limitée par l’ancrage existant du lev à l’euro, expose le pays aux contraintes macroéconomiques et aux dynamiques d’endettement propres à l’ensemble de la zone euro, sans leviers nationaux directs pour ajuster les taux d’intérêt.
L’instabilité politique – marquée par huit élections en cinq ans et la récente démission du Premier ministre Rosen Zhelyazkov à la suite de protestations liées à la corruption et à la fiscalité – complique la gestion budgétaire rigoureuse nécessaire pour absorber les chocs futurs.
Selon Georgi Angelov, économiste senior à l’Open Society Institute, « le défi sera d’avoir un gouvernement stable pendant au moins un à deux ans, afin de pouvoir pleinement récolter les bénéfices de l’adhésion ».
Une opinion publique profondément divisée
Les sondages Eurobaromètre révèlent une opposition significative au passage à l’euro, particulièrement dans les zones rurales et les régions les plus modestes, où les craintes liées à la hausse du coût de la vie dominent.
Des citoyens, comme Bilyana Nikolova, propriétaire d’épicerie, expriment leurs doutes :
« Les prix vont augmenter. C’est ce que m’ont dit des amis qui vivent en Europe occidentale. »
À l’inverse, des voix plus favorables, à l’image de Natali Ilieva, étudiante en sciences politiques, voient dans l’euro « un pas en avant » pour la croissance et l’intégration économique du pays.
Les manifestations de l’été, portées par des partis nationalistes et pro-russes, ont cristallisé ces fractures, mêlant euroscepticisme, inquiétudes sociales et débats sur la souveraineté monétaire.
Les modalités de la transition monétaire
La phase de transition prévoit une circulation parallèle du lev et de l’euro pendant un mois, accompagnée d’un double affichage des prix afin de prévenir les abus.
Le Parlement bulgare a renforcé les mécanismes de contrôle des prix, tandis que la Banque nationale bulgare a distribué des kits de pièces en euros pour familiariser la population. Des campagnes d’information ciblées sont également prévues pour accompagner les publics les plus vulnérables.
L’entrée de la Bulgarie dans la zone euro constitue un pari économique majeur : un potentiel levier de croissance et de stabilité, mais conditionné à une gestion rigoureuse des risques inflationnistes, politiques et sociaux.
Si les autorités parviennent à stabiliser le pays dans les mois à venir, cette adhésion pourrait consolider durablement sa trajectoire européenne ; à défaut, elle risque d’exacerber des fractures internes déjà profondes.