Intelligence artificielle : comment la France et les Émirats arabes unis peuvent co-construire un modèle éthique et compétitif
L’intelligence artificielle n’est plus seulement un moteur d’innovation ou de croissance économique. Elle est devenue un enjeu central de souveraineté numérique, de gouvernance mondiale et de confiance des citoyens. À mesure que les investissements s’intensifient et que les usages se généralisent, la question n’est plus de savoir si l’IA transformera nos sociétés, mais comment elle le fera — et selon quelles règles.
Dans ce contexte, le rapprochement stratégique entre la France et les Émirats arabes unis ouvre la voie à un modèle d’intelligence artificielle éthique et compétitif, conciliant innovation technologique, performance économique et responsabilité sociétale.
L’intelligence artificielle comme choix stratégique de long terme
Les Émirats arabes unis ont fait de l’intelligence artificielle un pilier structurant de leur transformation économique. Selon PwC, l’IA pourrait générer entre 90 et 100 milliards de dollars pour l’économie émirienne d’ici 2030, soit près de 14 % du PIB national — l’un des taux les plus élevés au monde.
Abou Dhabi joue un rôle moteur dans cette dynamique en investissant massivement dans les centres de données, le calcul haute performance, la recherche appliquée et l’intégration de l’IA dans des secteurs clés comme l’énergie, l’industrie avancée, la logistique, la santé ou la finance. Cette stratégie positionne l’émirat comme un hub régional majeur de l’innovation et de la deep tech.
La France, de son côté, s’impose comme l’un des leaders européens de l’intelligence artificielle. Elle bénéficie d’un écosystème de recherche reconnu mondialement, d’un vivier de talents de haut niveau et de champions industriels dans les domaines du calcul, des logiciels, de la défense, de l’énergie et des infrastructures numériques. L’IA constitue aujourd’hui un axe central de sa politique industrielle et de sa souveraineté technologique.
L’éthique comme condition de la confiance et de la performance
L’accélération des technologies d’intelligence artificielle soulève cependant des risques majeurs : biais algorithmiques, opacité des systèmes décisionnels, atteintes à la vie privée et fragilisation de la confiance citoyenne. Conscients de ces enjeux, les Émirats arabes unis ont intégré très tôt la notion d’IA responsable dans leurs stratégies nationales.
C’est précisément sur ce terrain que la convergence avec la France prend tout son sens. Paris défend une approche fondée sur la protection des droits fondamentaux, la transparence des algorithmes et la maîtrise des risques, en cohérence avec les cadres internationaux, notamment la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle, aujourd’hui référence mondiale.
Loin d’être un frein, l’éthique apparaît ainsi comme un facteur clé de compétitivité durable, de sécurité juridique et d’acceptabilité sociale des technologies.
De la convergence des principes à la coopération concrète
La relation franco-émirienne en matière d’intelligence artificielle ne se limite pas à un alignement de valeurs. Elle se matérialise déjà par des partenariats académiques, des coopérations en recherche et innovation, des échanges institutionnels et des projets conjoints dans des secteurs stratégiques tels que les services publics, l’énergie, la santé ou la transition climatique.
Cette coopération est d’autant plus nécessaire que l’écosystème mondial de l’IA reste marqué par des déséquilibres structurels. Moins de 25 % des professionnels de l’intelligence artificielle sont aujourd’hui des femmes, posant un enjeu majeur de diversité, de représentativité et de qualité dans la conception des systèmes algorithmiques.
Investir dans l’IA, investir dans la confiance
L’expérience internationale démontre que l’investissement en intelligence artificielle ne peut prospérer durablement que dans des environnements offrant stabilité réglementaire, clarté éthique et sécurité juridique. En combinant une forte capacité d’investissement, une gouvernance agile et une volonté affirmée de développer une intelligence artificielle éthique, les Émirats arabes unis — et Abou Dhabi en particulier — s’imposent comme un partenaire stratégique naturel pour la France.
En parallèle, la France renforce ses investissements publics et privés afin de consolider sa compétitivité et de préserver son autonomie technologique. Les partenariats avec des États partageant une vision responsable du numérique deviennent dès lors un levier essentiel d’influence et de projection internationale.
Vers un modèle bilatéral à portée internationale
L’enjeu n’est pas de ralentir l’innovation, mais de l’orienter. La coopération franco-émirienne en matière d’intelligence artificielle illustre la possibilité de bâtir un modèle bilatéral où la technologie demeure au service de l’économie, de la société et de l’humain.
Dans un monde marqué par la fragmentation des normes et l’intensification des rivalités technologiques, cette approche fondée sur la complémentarité entre excellence scientifique, puissance d’investissement et exigence éthique pourrait constituer l’un des cadres les plus crédibles pour gouverner l’intelligence artificielle du XXIᵉ siècle.