Marek Halter, 90 ans de mémoire, d’écriture et de combat pour la paix
À 90 ans, Marek Halter demeure une voix essentielle de la littérature et de la conscience humaniste contemporaine. Écrivain, penseur et militant infatigable, il a célébré cet anniversaire symbolique au cinéma Publicis, sur l’avenue des Champs-Élysées, lors d’une soirée placée sous le signe de la mémoire, du dialogue et de l’espérance.
À cette occasion, Marek Halter a présenté le teaser de PAIX, un film retraçant sa vie, produit par Arecina et prochainement diffusé sur Netflix. La projection a été suivie d’un cocktail dînatoire réunissant de nombreuses personnalités du monde politique, culturel, artistique et associatif.
La soirée a été organisée en collaboration avec l’association CitéStars, à l’initiative de son président David Donadei, désireux de rendre hommage à un homme dont l’engagement dépasse largement le cadre littéraire.
Une enfance fracassée par l’Histoire
Né en 1936 à Varsovie, Marek Halter grandit dans une Europe bientôt ravagée par la guerre et l’antisémitisme. En 1940, ses parents fuient le ghetto de Varsovie pour échapper à la persécution nazie. Commence alors une longue errance à travers l’Union soviétique. La famille trouve d’abord refuge à Moscou, puis en Ouzbékistan, à Kokand, où elle survit dans des conditions extrêmement difficiles pendant toute la Seconde Guerre mondiale.
Cette enfance marquée par la faim, la peur et l’exil façonne durablement le regard du jeune Marek sur le monde. En 1946, la famille retourne en Pologne, un pays dévasté et meurtri. Quelques années plus tard, en 1950, elle choisit de s’installer définitivement en France.
La France, une promesse morale
L’arrivée à Paris marque un tournant décisif dans la vie de Marek Halter. Pour l’enfant exilé, la France n’est pas seulement une terre d’accueil, mais un pays porteur de valeurs universelles. Il découvre la République, ses symboles et ses principes fondateurs.
Marek Halter raconte souvent une anecdote fondatrice de cette période :
« En entrant dans un commissariat de police avec mon oncle, j’ai regardé les murs et j’ai dit : “Ici, ils sont tous juifs.” Il m’a demandé pourquoi. Je lui ai répondu : “Parce que, pour moi, la Déclaration des droits de l’homme, c’est comme les Dix Commandements.” »
Une phrase d’enfant, naïve en apparence, mais profondément révélatrice d’une vision du monde où les valeurs républicaines rejoignent l’héritage moral et spirituel transmis par sa mère et par l’histoire juive.
De la peinture à l’écriture
Installé en France, Marek Halter se tourne d’abord vers la peinture. L’art devient pour lui un moyen d’exprimer l’indicible, de traduire en couleurs et en formes ce que les mots peinent encore à dire. Il expose ses œuvres dès les années 1950, mais comprend progressivement que l’écriture sera son véritable langage.
Écrire devient alors un acte vital, une manière de témoigner, de transmettre et d’interroger l’Histoire. Ses textes sont nourris par les thèmes de l’exil, de l’identité, de la mémoire juive et de la responsabilité humaine face aux tragédies du XXᵉ siècle.
Une œuvre littéraire reconnue
La reconnaissance arrive en 1976 avec Le Fou et les Rois. Dans cet ouvrage audacieux, Marek Halter aborde le conflit israélo-palestinien à une époque où le dialogue semble impossible. Le livre lui vaut le Prix Aujourd’hui et installe l’écrivain comme une voix singulière, refusant les simplifications et appelant à la négociation.
En 1983, il connaît un succès international avec La Mémoire d’Abraham, une vaste fresque retraçant l’histoire du peuple juif à travers les siècles. Traduit dans de nombreuses langues, ce roman devient une œuvre de référence et confirme Marek Halter comme un passeur de mémoire.
Un engagement constant pour la paix
Parallèlement à son œuvre littéraire, Marek Halter s’engage activement pour la paix et les droits de l’homme. Dès 1967, il fonde le Comité international pour la paix négociée au Proche-Orient. Convaincu que la parole est la seule alternative durable à la violence, il multiplie les initiatives visant à favoriser le dialogue entre Israéliens et Palestiniens.
“Marek Halter s’est également engagé très tôt dans la lutte contre le racisme en France, soutenant activement les initiatives qui ont conduit à la création de SOS Racisme.” Lutter contre le racisme et l’antisémitisme devient pour lui un combat permanent, indissociable de son histoire personnelle et de son engagement intellectuel.
Le Juif, une parabole contemporaine
À 90 ans, Marek Halter continue d’écrire avec la même lucidité et la même détermination. Il publie son 39ᵉ ouvrage, Le Juif, aux éditions Fayard, qu’il décrit comme une parabole profondément ancrée dans le réel.
Le roman raconte « l’histoire d’un homme qui n’était pas juif ». Enfant, le héros a été circoncis pour des raisons médicales. À l’école, ce détail devient un marqueur identitaire imposé. « Tu es circoncis ? Tu es juif », lui lancent ses camarades. Bien qu’il se revendique catholique, ce qui commence comme une plaisanterie finit par lui coller à la peau et devenir lourd de conséquences.
Jean-David Dupuis devient ainsi un « juif malgré lui », façonné par le regard des autres. À travers cette trajectoire, Marek Halter explore la violence de l’étiquette sociale et la difficulté de se libérer d’une identité imposée. Soucieux de rester au plus près du réel, il mêle à cette quête intime une intrigue d’espionnage sur fond de conflit au Moyen-Orient. Le roman se déroule en partie dans la Somme, notamment à Autheux, commune où l’écrivain a séjourné dans les années 1970.
Une soirée anniversaire à son image
Pour célébrer ses 90 ans, de nombreuses personnalités ont tenu à être présentes : Michèle Alliot-Marie, Luc Ferry, Bernard Kouchner, Frédéric Thiriez, l’imam Hassen Chalghoumi, Georges et Amélie Fenech, Fabrice Pancrate, Evelyne Dress, Richard et Sylvie Sanderson, Magalie Berdah, Katia Tchenko, Olivier Benkemoun, ainsi que de nombreux acteurs du monde culturel et associatif.
Cette diversité d’invités illustre parfaitement l’esprit de dialogue et d’ouverture qui caractérise la vie et l’œuvre de Marek Halter.
Un passeur de mémoire tourné vers l’avenir
Naturalisé français en 1980, Marek Halter est aujourd’hui reconnu comme un passeur de mémoire et un éveilleur de conscience. À 90 ans, il continue d’écrire, de transmettre et de s’engager, convaincu que l’optimisme reste un acte de résistance.
Son message, simple et puissant, résonne plus que jamais :
« Il faut rester optimiste, malgré tout. »
Une leçon de vie portée par un homme dont l’existence prouve que la mémoire et le dialogue peuvent encore éclairer le monde.







































































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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et international, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.