Venezuela : l’arrestation de Nicolás Maduro par Washington provoque un choc diplomatique international
Crédit image : ©DR - La Maison Blanche
L’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis, annoncée début janvier par l’administration Trump, a déclenché une vague de réactions politiques et diplomatiques à travers le monde. Entre justification sécuritaire américaine, critiques sur le droit international, réactions onusiennes et position française nuancée, l’affaire révèle de profondes fractures au sein de la communauté internationale.
Une opération revendiquée par la Maison Blanche
Le 5 janvier 2026, la Maison Blanche annonce la capture et l’extradition de Nicolás Maduro vers les États-Unis. Dans son communiqué, l’exécutif américain décrit l’ancien dirigeant vénézuélien comme un « narcoterroriste et dictateur socialiste inculpé », responsable du chaos économique et humanitaire au Venezuela et d’une menace directe pour la sécurité américaine.
Selon Washington, l’opération constitue un succès majeur de politique étrangère sous la présidence de Donald Trump, qui affirme avoir agi là où ses prédécesseurs ont échoué.
Une polémique politique immédiate aux États-Unis
La Maison Blanche s’en est vivement prise aux responsables démocrates, accusés d’« hypocrisie ». Le communiqué officiel rappelle que plusieurs figures du Parti démocrate dénonçaient autrefois Nicolás Maduro comme un tyran à renverser.
Chuck Schumer déclarait en 2020 que la politique américaine n’avait pas affaibli le régime vénézuélien, tandis qu’en janvier 2026, il juge l’opération « irresponsable ». Dick Durbin, Chris Van Hollen, Chris Murphy, Tim Kaine, Amy Klobuchar, Elizabeth Warren ou encore Jamie Raskin ont tous exprimé de vives inquiétudes quant au caractère légal, constitutionnel et stratégique de l’intervention.
Pour l’administration Trump, ces réactions témoigneraient d’un rejet systématique de toute initiative présidentielle, même lorsqu’elle répondrait à des objectifs auparavant défendus par l’opposition.
Marco Rubio : une justification sécuritaire assumée
Le 4 janvier, le secrétaire d’État Marco Rubio a multiplié les interventions médiatiques pour défendre l’opération. Il affirme qu’« il n’y a pas de guerre contre le Venezuela », précisant que les forces américaines ne seraient restées sur place que « deux heures ».
Rubio insiste sur une ligne stratégique claire :
« Nous sommes dans l’hémisphère occidental et nous n’allons pas permettre qu’il devienne une base d’opérations pour les adversaires des États-Unis. »
Il évoque la lutte contre le narcotrafic, la présence iranienne et du Hezbollah, ainsi que l’exploitation pétrolière au profit d’adversaires de Washington. Selon lui, l’opération ne nécessitait pas d’autorisation du Congrès, car il ne s’agissait ni d’une invasion ni d’un conflit prolongé.
L’ONU alerte sur le non-respect du droit international
L’opération américaine a également suscité une réaction ferme des Nations unies. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé sa « profonde inquiétude » face au non-respect des règles du droit international dans l’action militaire menée par les États-Unis.
Dans une déclaration lue devant le Conseil de sécurité, il a rappelé que la Charte des Nations unies interdit la menace ou le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. Antonio Guterres a mis en garde contre le risque d’instabilité régionale et contre le précédent que pourrait créer une telle opération dans les relations internationales.
Le chef de l’ONU a également souligné que le droit international offre des outils permettant de traiter des problématiques telles que le narcotrafic, les différends politiques ou les violations des droits humains, sans recourir à une action militaire unilatérale.
La Chine condamne une action « illégale et unilatérale »
Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, la Chine a fermement condamné l’intervention américaine. Sun Lei, chargé d’affaires de la mission permanente de la Chine auprès de l’ONU, a dénoncé des actes « unilatéraux, illégaux et d’intimidation » de la part des États-Unis.
Pékin estime que cette opération porte atteinte aux principes fondamentaux de souveraineté et affaiblit l’ordre international fondé sur des règles, appelant au respect strict de la Charte des Nations unies.
La France entre condamnation juridique et satisfaction politique
À Paris, la réaction a été marquée par une certaine confusion. Emmanuel Macron a d’abord déclaré se réjouir pour « le peuple vénézuélien, aujourd’hui débarrassé de la dictature », des propos qui ont suscité de vives critiques politiques et diplomatiques.
Le gouvernement français a ensuite clarifié sa position. La porte-parole Maud Bregeon a rappelé que la France ne soutient ni n’approuve la méthode employée, tout en estimant que le départ de Maduro constitue une bonne nouvelle pour le peuple vénézuélien.
La France réaffirme son attachement au droit international, au principe de souveraineté des États et à une transition politique reposant sur les résultats des élections de 2024, appelant à une action coordonnée avec les pays de la région.
L’affaire Maduro place les alliés occidentaux face à un dilemme majeur : saluer la chute d’un régime autoritaire tout en condamnant une méthode jugée contraire au droit international. Entre la ligne sécuritaire assumée par Washington, les mises en garde de l’ONU et les condamnations de puissances comme la Chine, cette crise pourrait durablement marquer les équilibres diplomatiques et les relations transatlantiques.