Chypre prend la présidence du Conseil de l’Union européenne dans un contexte géopolitique tendu
Le président chypriote Níkos Christodoulides
Depuis ce jeudi 1er janvier, Chypre assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne pour une durée de six mois. L’île méditerranéenne succède au Danemark à la tête de l’une des trois institutions clés du processus législatif européen, aux côtés de la Commission et du Parlement.
Cette présidence s’ouvre dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques accrues, des incertitudes diplomatiques et des défis institutionnels majeurs pour l’Union.
Une présidence sous fortes pressions géopolitiques
Selon le quotidien chypriote O Politis, le programme de la présidence chypriote sera fortement influencé par la guerre en Ukraine, l’évolution de la position des États-Unis sur la scène internationale et la progression des forces politiques d’extrême droite en Europe.
Pour Sébastien Maillard, conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors, Chypre s’inscrit dans la continuité de la politique européenne actuelle, « à un moment où elle est peut-être plus européenne qu’elle ne l’a jamais été ».
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, Chypre a en effet pris ses distances avec Moscou, alors que son économie entretenait jusque-là des liens importants avec la Russie, notamment dans les secteurs financier, touristique et immobilier. « L’île a opéré un véritable virage stratégique », souligne le spécialiste des affaires européennes.
Priorités annoncées : élargissement, Méditerranée et transitions
Il s’agit de la deuxième présidence chypriote du Conseil de l’UE, après celle de 2012. Cette fois, les priorités affichées sont multiples :
- l’élargissement de l’Union européenne,
- la stabilité en Méditerranée orientale,
- la gestion des migrations,
- le renforcement de la compétitivité européenne et de la cohésion sociale,
- ainsi que l’accélération des transitions écologique et numérique.
L’élargissement revient au premier plan, avec l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux candidats à l’adhésion. Une dynamique qui ravive un débat central au sein de l’UE : celui de l’équilibre entre valeurs fondatrices et impératifs géopolitiques.
La Turquie, un dossier sensible
La présidence chypriote sera observée de près sur la question turque. Ankara demeure à la fois partenaire, allié au sein de l’Otan et source de tensions pour l’Union européenne. La Turquie occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, un contentieux toujours non résolu.
Cette situation complexifie les discussions européennes, notamment alors que la Turquie souhaite renforcer sa coopération avec l’UE en matière de défense.
Pour la presse chypriote, la présidence constitue « une opportunité qui comporte aussi des risques », tant sur le plan diplomatique qu’institutionnel.
Une présidence observée à Kiev
La dimension ukrainienne s’est imposée dès le premier jour. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a eu son premier entretien téléphonique de l’année avec le président chypriote Nikos Christodoulides.
Le chef de l’État ukrainien a félicité Chypre pour le début de sa présidence et exprimé l’attente de « décisions fortes » en faveur de l’Ukraine et de la sécurité européenne. Il a rappelé que l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne constitue, selon Kiev, une garantie stratégique essentielle.
Volodymyr Zelensky a également remercié Chypre pour son soutien constant depuis le début du conflit et souligné la poursuite des efforts diplomatiques en vue d’une paix durable.
Une présidence à fort enjeu symbolique
Dans un pays divisé depuis plus de cinquante ans, certains observateurs estiment que la présidence du Conseil pourrait contribuer à relancer, au moins symboliquement, la question de la réunification de l’île.
Le Cyprus Mail estime que cette présidence pourrait bénéficier à l’ensemble des Chypriotes, y compris à la communauté chypriote turque, en mettant en lumière la question de l’égalité politique, au cœur des discussions sur l’avenir de l’île.
Dans un contexte européen fragilisé par les crises, la présidence chypriote s’annonce comme un test diplomatique majeur, à la croisée des valeurs fondatrices de l’Union et des réalités géopolitiques actuelles.