Dordogne : l’élu exclu pour antisémitisme échappe au procès, la LICRA réagit
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) a vivement critiqué, dans un communiqué publié ce mercredi, la décision du parquet de Périgueux d’opter pour une mesure alternative aux poursuites contre Bernard Bazinet, maire d’Augignac (Dordogne), accusé d’avoir tenu des propos antisémites sur les réseaux sociaux.
Les faits remontent à début décembre 2025. Bernard Bazinet, alors élu socialiste, avait commenté un article de Libération sur la participation d’Israël à l’Eurovision en écrivant : « Oui au boycott ! La France est trop youpine pour boycotter ! ». Ces mots, qualifiés d’« profondément et historiquement antisémites » par la LICRA, ont rapidement provoqué un tollé. Le Parti socialiste a exclu l’élu avec effet immédiat le 9 décembre, condamnant des propos « odieux » sans aucune tolérance possible. Une enquête pour injure publique raciste a été ouverte par le parquet de Périgueux, suite à un signalement de la préfecture et à des plaintes déposées notamment par la LICRA et le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme).
Auditionné par les gendarmes, Bernard Bazinet a reconnu les faits, affirmant que ses mots avaient « dépassé [sa] pensée » et exprimant des regrets. Il a plaidé une « erreur de langage », assurant ne pas avoir mesuré la portée péjorative du terme « youpine ».
Le 16 décembre, le procureur a annoncé que l’élu serait convoqué en janvier 2026 devant le délégué du procureur, dans le cadre d’une mesure alternative aux poursuites – une procédure qui évite un procès classique et peut inclure un rappel à la loi, un stage de citoyenneté ou une amende.
C’est cette décision que la LICRA conteste fermement. Dans son communiqué, l’association « s’étonne et regrette » ce choix, estimant qu’il s’agit d’une « réponse pénale minimale » en décalage avec les circulaires du garde des Sceaux sur le traitement des propos antisémites. « Ce vocabulaire n’est ni anodin, ni maladroit. Il renvoie à une rhétorique de stigmatisation des Juifs, héritée des pires périodes de notre histoire », souligne la LICRA, rappelant que de tels termes, tenus par un élu de la République, ne peuvent être relativisés.
L’association lie cette affaire au contexte plus large de la montée de l’antisémitisme, citant explicitement l’attaque terroriste antisémite survenue le 14 décembre à Bondi Beach, près de Sydney (Australie), qui a fait plusieurs victimes. « L’histoire a montré que les violences antisémites ne surgissent jamais ex nihilo : elles sont précédées, préparées et légitimées par des mots », avertit la LICRA.
Pour l’organisation, la lutte contre l’antisémitisme exige « des réponses claires, fermes et exemplaires », surtout lorsque les auteurs sont des responsables publics. « L’exemplarité des élus et la lisibilité de la réponse judiciaire sont des piliers de la confiance républicaine », conclut le communiqué.
Fidèle à ses engagements, la LICRA affirme rester « pleinement mobilisée » et continuera d’alerter les pouvoirs publics dès que les principes républicains seront menacés.

Communiqué de presse
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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.