Grève des médecins libéraux à Paris : une mobilisation massive contre une « dérive autoritaire » du système de santé
Des milliers de médecins libéraux ont battu le pavé à Paris, samedi 10 janvier, pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire » du système de santé français. En grève depuis le 5 janvier, ils protestent contre plusieurs mesures inscrites dans le budget de la Sécurité sociale, jugées contraignantes pour l’exercice de la médecine libérale et menaçantes pour l’accès aux soins des patients.
Selon l’intersyndicale, plus de 10 000 médecins, venus de toute la France et majoritairement vêtus de blouses blanches, ont défilé entre le Panthéon et les Invalides. Parmi les slogans scandés : « Santé sacrifiée, patients en danger », « Libres d’exercer, libres de soigner » ou encore « Arrêtez le massacre de la médecine libérale ».
Un budget qui « met le feu aux poudres »
Au cœur de la colère, le projet de budget de la Sécurité sociale, perçu comme une accumulation de mesures visant à restreindre l’autonomie des médecins libéraux. « Nous voulons défendre notre liberté », a résumé Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), lors d’une conférence de presse. Selon lui, l’esprit des mesures contestées est clair : « contraindre la médecine libérale » par des « taxations, des limitations et des pénalités ».
Même constat du côté des généralistes. « En France, les besoins de soins augmentent mais les moyens dédiés à la santé diminuent. Il y a forcément une inadéquation », a déploré Agnès Giannotti, présidente du principal syndicat de médecins généralistes.
Des mesures unanimement rejetées
Dans le cortège parisien, une mesure fait l’unanimité contre elle : le contrôle accru par l’Assurance maladie des arrêts de travail prescrits par les médecins, avec notamment la réduction à un mois de la durée maximale d’un premier arrêt. Autre point de crispation majeur : la possibilité, votée en décembre dernier, pour le gouvernement de fixer unilatéralement certains tarifs médicaux sans concertation avec la profession.
Si les médecins libéraux ont déjà obtenu le retrait de certaines dispositions de la version initiale du budget — comme la surtaxation des dépassements d’honoraires ou l’obligation d’alimenter systématiquement le dossier médical partagé (DMP) — plusieurs points restent jugés « inacceptables ».
Les praticiens s’opposent également à des mesures en discussion au Parlement, telles que l’imposition d’objectifs de réduction des prescriptions pour les médecins jugés « trop prescripteurs » par rapport à leurs confrères, ou encore de potentielles entraves futures à la liberté d’installation.
« Tout passer par la loi, c’est délétère », a dénoncé Agnès Giannotti, évoquant une « dérive autoritaire » des pouvoirs publics. Patricia Lefébure, présidente du syndicat FMF, a pour sa part appelé à « sanctuariser la convention médicale », accord signé tous les quatre ans avec l’Assurance maladie pour réguler le secteur.
Un mouvement appelé à se durcir
La manifestation parisienne s’inscrit dans une grève nationale prévue jusqu’au 15 janvier. Le mouvement devrait s’intensifier en début de semaine, avec l’entrée en grève des médecins du « plateau technique » — chirurgiens, anesthésistes, obstétriciens — entre le 11 et le 15 janvier. De nombreuses cliniques privées pourraient ainsi fermer temporairement leurs blocs opératoires.
Dès le lendemain de la mobilisation parisienne, plusieurs milliers de professionnels ont prévu de prendre « symboliquement » la route de Bruxelles. Une manière, selon le docteur Jérôme Marty, président de l’UFML-S, de « quitter un pays dont le gouvernement et une part de la représentation nationale sabotent le bien commun : la médecine de France ».
Des conséquences possibles pour les patients
Depuis ce lundi, il est possible que certains médecins traitants soient en grève, compliquant l’accès aux soins pour les patients, notamment ceux qui n’ont pas de médecin référent. Les préfets peuvent toutefois procéder à des réquisitions pour garantir les missions de service public, en particulier dans les urgences et les maternités.
En cas de difficulté, il est recommandé d’appeler le 15, où un médecin régulateur pourra orienter les patients. Les services d’urgences pourraient néanmoins être fortement sollicités. SOS Médecins a annoncé soutenir le mouvement et précise que « certaines structures seront en grève et d’autres assureront un service minimum ».
Pour les médecins mobilisés, le message est clair : « Maltraiter les soignants, c’est maltraiter les patients ». Une alerte qu’ils espèrent voir enfin entendue par l’exécutif.



















































