Le Parlement vote la destitution du gouvernement Bayrou
Le gouvernement français a été renversé à une large majorité au Parlement, à l’issue d’un vote de confiance lié à la réduction du déficit public.
364 députés ont voté la destitution du gouvernement, contre seulement 194 en faveur de son maintien. Le gouvernement présentera sa démission mardi matin, selon un communiqué de l’Élysée.
Le président Emmanuel Macron n’a pas de discours public prévu ce soir, et ses options restent limitées. Récemment réticent à dissoudre l’Assemblée nationale, il devrait nommer un nouveau Premier ministre, son cinquième en un an et huit mois. Une autre option, jugée peu probable, serait la convocation d’élections présidentielles, écartée par Macron, dont le mandat court jusqu’en 2027.
Cette crise survient dans le contexte d’un projet de loi présenté par François Bayrou pour réduire le déficit budgétaire, qui atteignait près de 6 % du PIB l’an dernier. Le plan prévoyait des coupes de 44 milliards d’euros d’ici 2026, incluant la suppression de deux jours de congés. Quoi qu’il en soit, la chute du gouvernement ne remet pas en cause la grève prévue le 10 septembre, nourrie par le mécontentement face aux mesures d’austérité, mais aussi par l’érosion du pouvoir d’achat et la fragilité du modèle économique et social.
Marine Le Pen, cheffe du RN (extrême droite), premier parti à l’Assemblée, a appelé Emmanuel Macron à convoquer des élections anticipées, rappelant que c’est lui-même qui avait pris cette décision l’an dernier.
Les principaux leaders de l’opposition avaient annoncé leur intention de voter la destitution, laissant à Macron le soin de nommer un nouveau chef de gouvernement. Le président a toutefois réaffirmé qu’il ne dissoudrait pas le Parlement et ne convoquerait pas d’élections anticipées, contrairement à l’an passé.
L’alliance présidentielle, dont fait partie le parti de Macron, a perdu sa majorité absolue depuis trois ans et a dû s’appuyer sur des coalitions ou diriger des gouvernements minoritaires, comme celui de Bayrou. Le RN est aujourd’hui la première force parlementaire, mais reste incapable de gouverner seul. Cette instabilité menace la capacité de l’État à réduire son déficit, au risque d’une dégradation de la note de crédit de la France. Le pays affichait l’an dernier un déficit de près de 6 % du PIB — le double de l’objectif de 3 % fixé par l’Union européenne — et une dette publique représentant 114 % du PIB.
La chute du gouvernement intervient à un moment critique pour l’Europe, qui tente de jouer un rôle actif dans les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine, tout en faisant face aux tensions commerciales avec les États-Unis et à la concurrence chinoise.
« Au niveau européen, Bruxelles dépend de la France. Le vrai danger ne réside pas dans l’UE elle-même, mais dans une éventuelle perte de confiance des investisseurs envers la France. Or, notre pays est financé non seulement par ses citoyens, mais aussi par des fonds étrangers, comme les fonds de pension. Si Bruxelles détecte une perte de confiance, l’effet de contagion sur toute la zone euro serait catastrophique, surtout dans un contexte géopolitique tendu », explique l’économiste Jean-Luc Ginder.
Pour lui, la France doit agir rapidement :
« À ce rythme, il faudrait dégager 110 milliards d’euros d’économies nettes pour redresser la situation. C’est possible, à condition de réduire les dépenses publiques et d’accepter de travailler davantage afin de relancer l’économie. »
Le coût de la dette, déjà en forte hausse, atteindra 100 milliards d’euros par an d’ici la fin du quinquennat. Si la tendance se poursuit, le FMI pourrait imposer des réformes sévères, semblables à celles qu’a connues la Grèce, avec une baisse des retraites de 15 à 20 %. Ce serait la fin de la souveraineté nationale, alerte l’économiste.
« La France doit agir, et agir vite. La réduction du déficit est une priorité absolue. Moins de croissance signifie plus de déficit, et ce sont les Français qui, in fine, financent notre modèle social.
Cela passera par des réformes profondes, douloureuses, mais indispensables », conclut Jean-Luc Ginder.






















