Zelensky–Trump à Mar‑a‑Lago : une paix masquée, un jeu géoéconomique et les risques pour l’Ukraine
Bilan concret de la rencontre : progrès affichés, ambiguïtés persistantes
La discussion, qui a duré plus de trois heures, s’est concentrée sur un cadre de paix révisé en 20 points (parfois évoqué comme 28 dans certaines versions américaines), incluant des aspects militaires, territoriaux et économiques. Zelensky a salué un « échange vraiment génial », affirmant que 90 % du plan est approuvé, avec des documents déjà finalisés ou en voie de l’être.
Les garanties de sécurité américaines – sanctions automatiques, aide militaire et économique en cas d’agression – sont « 100 % réglées » pour une durée de 15 ans (prolongeable), et Zelensky a demandé à Trump de les étendre à 30-50 ans pour en faire une « décision historique ». Trump, plus mesuré, a évoqué des progrès à 95 %, saluant le courage ukrainien et précisant que les équipes étaient « très proches, peut-être très proches » d’un accord.
Des étapes concrètes ont été annoncées : réunions techniques entre équipes ukrainienne et américaine la semaine prochaine, et une session conjointe avec les dirigeants européens à Washington en janvier 2026. Zelensky a aussi mentionné un possible référendum ukrainien sur l’accord, précédé d’un cessez-le-feu de 60 jours.
Cependant, les points épineux persistent : le sort du Donbass (pas totalement résolu), la centrale de Zaporijjia (occupée par la Russie depuis 2022), et l’opposition russe à toute présence de troupes étrangères en Ukraine. Trump a eu plusieurs appels avec Poutine, dont un de 2h30 avant la rencontre, percevant une « volonté » russe d’accord, mais aucune concession tangible n’a été rendue publique.
Pour la Russie : un répit stratégique et économique
Pour Moscou, cette rencontre offre une opportunité de gagner du temps dans un contexte économique fragile. Les sanctions occidentales ont fait chuter les revenus pétro-gaziers de près de 49 % en décembre 2025, épuisé le fonds souverain, et poussé l’inflation à 8-10 %. Malgré une « économie de guerre » (40 % du budget dédié à la défense), la croissance ralentit et les pressions fiscales s’intensifient.
- Contourner partiellement les sanctions via la Chine et l’Inde
- Reconstruire ses infrastructures
- Réarmer discrètement et consolider ses positions, comme après Minsk
Sans garanties de sécurité robustes, un cessez-le-feu pourrait offrir à Poutine un répit de 5 ans, pour stabiliser son économie et préparer une « phase 2 » du conflit. Les impératifs de légitimité interne et de contrôle territorial restent des moteurs structurels du Kremlin.
Pour les États-Unis : un reset économique à double tranchant
Du côté américain, Trump privilégie un « deal rapide » pour marquer son héritage, tout en identifiant des opportunités économiques. Avec une inflation persistante et une dette croissante, les États-Unis cherchent de nouveaux marchés et un retour sur investissement dans l’énergie et les ressources russes.
- Reprise des flux énergétiques russes, notamment pétrole et gaz
- Investissements massifs pour les entreprises américaines
- Stabilisation des prix mondiaux du pétrole et réduction de la dépendance américaine à d’autres fournisseurs
Analyse : ce processus profiterait en priorité aux intérêts économiques et stratégiques des deux puissances, au détriment de l’Ukraine, considérée comme pion dans ce grand jeu.
Les risques d’un nouveau Minsk : paix masquée et guerre différée
Les accords de Minsk (2014-2015) offrent un précédent inquiétant : des cessez-le-feu temporaires ont permis à Moscou de consolider ses gains, de réarmer, et de relancer l’offensive en 2022.
Aujourd’hui, un accord similaire – sans extension des garanties US à 30-50 ans et sans monitoring international – pourrait reproduire ce schéma : un répit de cinq ans pour la Russie, tout en laissant l’Ukraine avec des concessions territoriales et une sécurité insuffisante. Les frappes russes persistantes pendant les discussions illustrent cette duplicité. Les think tanks occidentaux évoquent un « carrefour politique ukrainien », avec un risque de Munich 2.0, si les concessions sont imposées sans dissuasion réelle contre une reprise militaire.
Déclarations des présidents
Zelensky : « Je tiens à remercier tout particulièrement Steve Witkoff et Jared Kushner pour leur implication et leur dévouement total à la cause, ainsi que notre équipe, notamment Rustem Umerov et Andriy Hnatov. Nous convenons que les garanties de sécurité sont essentielles pour parvenir à une paix durable, et nos équipes continueront de travailler sur tous les aspects. »
Trump : « Au cours de ma conversation de deux heures et demie avec Vladimir Poutine avant la rencontre, j’ai perçu un Vladimir Poutine très différent, désireux de parvenir à un accord. Je crois que Vladimir Poutine est sincère quant à la conclusion d’un accord de paix. Oui, oui. Je le crois, je crois qu’ils le sont tous les deux. Après ma rencontre avec Zelensky, j’aurai un autre entretien téléphonique avec Poutine pour poursuivre les négociations de paix. »
Conclusion : l’Ukraine, principale victime collatérale
La rencontre Zelensky–Trump accélère les négociations, mais les besoins ukrainiens restent éclipsés par les intérêts russes et américains. Pour Moscou : répit stratégique et possibilité de réarmement économique et militaire. Pour Washington : opportunités de reconstruction et d’investissement, consolidation d’influence. Pour l’Ukraine : la sécurité et le contrôle territorial restent fragiles, et le risque d’un retour du conflit dans cinq ans demeure élevé. Les prochaines semaines, avec les réunions techniques et européennes, seront déterminantes pour savoir si cette initiative est une vraie fin de guerre ou simplement un intermède stratégique.
« L’histoire jugera si cette rencontre a mis fin à la guerre… ou simplement reporté le prochain acte. »








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