SIAE Bourget 2025: une démonstration de force sur la souveraineté européenne
La 55ᵉ édition du Salon du Bourget s’est tenue dans un contexte international tendu, et a plus que jamais placé la souveraineté européenne au cœur des priorités politiques, industrielles et militaires.
Dès l’ouverture du salon, le ton était donné : sur les 2 400 exposants, dont 1124 français venus de 48 pays, près de 1 000 étaient issus du secteur de la défense. Trois des six grandes thématiques du salon est sur cybersécurité, drones, espace — étaient directement liées aux enjeux de souveraineté technologique.
Une journée entière a été dédiée à cette thématique, traduisant un virage assumé vers l’autonomie stratégique, sur fond de tensions croissantes aux portes de l’Europe et au Moyen-Orient.
Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a dévoilé une série de mesures majeures destinées à renforcer l’autonomie stratégique de la France. De l’espace à la très haute altitude, des drones aux missiles, l’ambition est claire : adapter nos capacités militaires aux menaces contemporaines.
Sébastien Lecornu a officialisé la création du Pacte Espace le 17 juin, une charte structurante entre le ministère des Armées, la Direction générale de l’armement (DGA), le GIFAS, l’Alliance NewSpace France, et des acteurs majeurs comme le Centre national d’études spatiales (CNES) et l’ONERA. Objectif : intensifier le dialogue entre les armées et les industriels civils et militaires du spatial. « Ce pacte permettra de rapprocher les industriels et nos armées, et de donner un cap », a indiqué Sébastien Lecornu.
Emmanuel Macron, lors de sa visite sur le salon : « Les constellations en orbite basse sont un segment décisif pour les télécommunications de demain, promis à une forte croissance. » Le Président a ainsi affirmé : « Nous ne pouvons pas accepter que nous, ou nos partenaires, devions passer ou dépendre de constellations non-européennes en orbite basse. Aujourd’hui, nous avons, avec Eutelsat et OneWeb, le monopole de la constellation Léo – ni américaine ni chinoise. C’est un trésor stratégique. » Dans ce contexte, la DGA signé avec la société Eutelsat l’accord-cadre pour lancer le programme NEXUS. Le but : renforcer les communications spatiales militaires par une constellation en orbite basse.
Côté armement, MBDA a dévoilé le projet de drone armé “One Way Effector”, produit à 1 000 exemplaires mensuels dès 2027, à un coût unitaire bien inférieur à celui d’un missile. « L’objectif est de produire en masse à très bas coûts », a précisé Stéphane Reb, directeur général de MBDA France.
Ces projets s’inscrivent dans une logique d’économie de guerre, selon les mots du ministre des Armées Sébastien Lecornu : « Plutôt que de combler un retard de 15 à 20 ans, nous visons un saut technologique d’une génération d’ici 2029-2030 ».
Symbole fort de ce virage stratégique : l’annonce de l’investissement de 717 millions d’euros de l’État français dans Eutelsat, désormais fusionnée avec OneWeb. Avec plus de 600 satellites en orbite basse, la nouvelle entité se positionne comme l’alternative européenne crédible à Starlink.
Un accord-cadre de dix ans entre Eutelsat et le ministère des Armées, portant jusqu’à un milliard d’euros, a été signé pour sécuriser les communications militaires. Ce soutien vient renforcer le programme européen Iris², constellation souveraine de 290 satellites prévue pour 2030.
Pour garantir un accès agile, réutilisable et économique à l’espace, la DGA et Dassault Aviation ont également signé une convention pour le développement du démonstrateur spatial Vortex-D, financé à hauteur de 30 millions d’euros. Conçu pour valider des technologies critiques de vol hypersonique et de rentrée atmosphérique, ce projet « permettra un accès rapide, manœuvrant, peu coûteux et réutilisable à l’espace, pour y mener aussi bien des missions civiles que militaires », a déclaré Sébastien Lecornu.
La démonstration était claire : l’Europe veut se doter des moyens de protéger ses intérêts sans dépendre d’alliés incertains.
Des projets comme des radars anti-drones, de l’intelligence artificielle embarquée ou encore des satellites à usage dual ont illustré cette volonté de reprendre la main sur des infrastructures critiques. « 2025 est l’année du spatial », a affirmé Guillaume Faury, PDG d’Airbus, soulignant l’ambition de « structurer une filière spatiale française et européenne cohérente et compétitive ».
« L’environnement géostratégique nous amène à consolider la partie consacrée à la défense, point qui était en second plan les années précédentes », a reconnu Frédéric Parisot, délégué général du GIFAS.
Dans ce climat, la volonté de certains États membres de renforcer leur autonomie stratégique prend tout son sens. En mars, l’Union européenne a adopté un plan de réarmement de 150 milliards d’euros, dédié notamment à la cybersécurité et à l’industrie aérospatiale.
Face à des menaces multiples et à une dépendance technologique encore marquée, l’Europe avance — prudemment mais résolument — vers une souveraineté choisie. Reste à transformer cette démonstration de force en actes durables et financés.
Dans le même temps, les tensions entre l’Iran et Israël s’exacerbent. Des frappes américaines récentes dans le Golfe, ainsi que les menaces sur le détroit d’Hormuz, ont relancé les craintes sur la sécurité énergétique européenne. À cela s’ajoute l’incertitude persistante sur l’engagement des États-Unis dans la défense européenne, accentuée par les positions ambivalentes de Donald Trump sur l’article 5 du traité de l’OTAN.
Mais la souveraineté européenne ne signifie pas repli ou autarcie. Le partenariat entre l’américain Anduril et l’allemand Rheinmetall pour la fabrication de drones de combat le rappelle : l’intégration de technologies alliées dans un cadre européen reste une réalité.
Pour Armin Papperger, patron de Rheinmetall, ce modèle hybride permet de renforcer l’Europe sans renoncer à son ancrage transatlantique : « Il s’agit de produire européen avec des briques technologiques partagées ».
Le ministère des Armées et Dassault Aviation ont officialisé un accord stratégique : la signature d’une convention de soutien pour le développement du démonstrateur spatial Vortex-D.
Le projet, soutenu également par l’Agence spatiale européenne (ESA), s’inscrit dans la Loi de programmation militaire 2024-2030, dotée de 10 milliards d’euros pour le volet innovation. Il vise à développer une famille d’avions spatiaux réutilisables, conjuguant missions civiles, militaires et scientifiques.
Vortex-D (pour Véhicule Orbital Réutilisable de Transport et d’Exploration) est conçu pour tester en conditions réelles des technologies critiques : vol hypersonique, contrôle de rentrée atmosphérique, protection thermique avancée, et intégration de systèmes autonomes. L’objectif ? Réduire les incertitudes technologiques, valider les options industrielles et préparer des décisions opérationnelles à l’horizon 2031.
Inspiré des programmes Hermès, X-38 et IXV, ce projet adopte une approche NewSpace : rapide, modulaire et économiquement optimisée. La première version, à l’échelle 1/3, devrait effectuer son premier vol en 2028. Les versions Vortex-S (2/3), Vortex-C (cargo) et Vortex-M (habité) suivront, selon un programme incrémental structuré.
La signature conjointe de Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, et d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, l’avion spatial VORTEX est conçu pour être très polyvalent. Il doit contribuer à transformer les usages du secteur spatial et à proposer de nouveaux champs d’application. Au carrefour des technologies de l’aviation et de l’espace, le VORTEX ouvrira sans aucun doute la voie à une nouvelle génération d’aéronautique spatiale, consolidant le positionnement stratégique de la France en tant que puissance spatiale de premier rang.
Une stratégie nationale dédiée sera présentée à l’automne, en amont d’un Space Summit européen prévu en 2026.
Au-delà de la simple démonstration, c’est toute une stratégie de projection spatiale qui se construit, dans un contexte où la France, l’Europe, les États-Unis et la Chine rivalisent pour l’accès souverain à l’orbite basse.
Le président Emmanuel Macron, en visite au Salon du Bourget 2025, a d’ailleurs rappelé :
« Il est fondamental que l’Europe se batte pour devenir une puissance spatiale ».
Dassault Aviation compte capitaliser sur ses compétences duales en aviation et en spatial pour créer une nouvelle filière. Transport de fret orbital, missions scientifiques, récupération de matériel spatial, ravitaillement de stations, est en plus les perspectives sont vastes.
Le démonstrateur Vortex-D, en validant la première phase critique du projet, devient le pilier d’une autonomie opérationnelle à long terme. Une étape essentielle dans la redéfinition des paradigmes technologiques et militaires du XXIe siècle.

























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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.