Budget 2026 : Sébastien Lecornu défend un budget de compromis sous haute tension politique
Sébastien Lecornu
Vendredi 16 janvier 2026, depuis l’hôtel de Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris la parole pour défendre les grandes orientations du projet de loi de finances pour 2026. Une intervention très attendue, alors que les débats parlementaires à l’Assemblée nationale ont été annulés faute d’accord politique, illustrant l’impasse budgétaire dans laquelle se trouve l’exécutif.
Face à cette situation inédite, le chef du gouvernement a tenté de reprendre la main, en présentant ce qu’il qualifie lui-même de « budget de compromis », destiné à donner de la visibilité au pays tout en respectant les engagements financiers de la France.
Un budget sans vote, symptôme d’une crise parlementaire
L’intervention de Sébastien Lecornu intervient dans un contexte de blocage politique majeur. Les séances prévues à l’Assemblée nationale les 16 et 19 janvier ont été annulées, aucun compromis n’ayant pu être trouvé entre les différentes forces politiques.
Le Premier ministre n’a pas caché sa déception, accusant une partie de la classe politique de préférer « le blocage au travail ». Il a directement mis en cause La France insoumise et le Rassemblement national, les accusant d’avoir rendu le texte « incohérent et invotable » par une stratégie qu’il juge « cynique et délibérée ».
Pour autant, Sébastien Lecornu affirme vouloir aller « jusqu’au bout de la mission » qui lui a été confiée : donner un budget à la France.
Un objectif central : ramener le déficit à 5 %
Sur le fond, le Premier ministre a martelé un message clé à destination des marchés, des partenaires européens et des Français :
le déficit public sera ramené à 5 % du PIB en 2026.
« La France tient ses engagements. La France est gouvernée. La France reste crédible », a-t-il insisté, cherchant à rassurer sur la capacité du pays à maîtriser ses finances publiques malgré l’instabilité politique.
Cet objectif repose sur deux piliers :
des économies structurelles,
et des choix budgétaires assumés, avec des priorités clairement affichées.
Des économies structurelles, sans asphyxier les collectivités
Sébastien Lecornu a annoncé que, pour la première fois, les dépenses de cinq ministères sur six baisseront en euros courants par rapport à l’an dernier. Il a également évoqué une future réforme de l’État et de la décentralisation, destinée à interroger l’efficacité réelle de la dépense publique.
En revanche, le gouvernement refuse une ligne rouge :
la baisse de 20 % des moyens de fonctionnement des communes, récemment votée à l’initiative du Rassemblement national. Une position qui vise à préserver les services publics de proximité.
Défense, éducation, écologie : des priorités clairement assumées
Malgré la rigueur budgétaire, le Premier ministre a annoncé plusieurs exceptions majeures, traduisant les priorités stratégiques du gouvernement.
La Défense bénéficie d’un effort qualifié de « considérable ». Une nouvelle loi de programmation militaire sera présentée avant le 14 juillet, afin de renforcer l’autonomie stratégique de la France dans un contexte international tendu.
L’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur voient également leurs budgets augmenter. Lecornu justifie ce choix par un argument simple : « c’est l’avenir du pays ».
La transition écologique n’est pas oubliée, avec un renforcement du fonds vert et le soutien à de nouveaux projets locaux.
Enfin, les Outre-mer sont érigés en priorité, notamment pour la reconstruction de Mayotte et le soutien à la Nouvelle-Calédonie.
Jeunesse, logement, agriculture : des signaux sociaux forts
Pour tenter de rallier une partie de la gauche modérée et éviter une censure, le gouvernement met en avant plusieurs mesures sociales ciblées.
Généralisation des repas universitaires à 1 euro, dès mai 2026
Maintien des bourses étudiantes
Création de 2 000 postes supplémentaires dans l’Éducation nationale, notamment pour les élèves en situation de handicap
Côté logement, le dispositif MaPrimeRénov’ est maintenu, malgré la loi spéciale adoptée en l’absence de budget. Le gouvernement promet toutefois un renforcement de la lutte contre les fraudes.
Sur l’agriculture, Sébastien Lecornu confirme un plan de soutien de 300 millions d’euros, incluant simplification des normes, moratoire sur l’eau et mesures fiscales.
Pas d’augmentation d’impôts, mais une lutte renforcée contre la fraude
Autre message central de l’intervention :
aucune hausse de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte.
Pas de baisse des APL, pas de remise en cause des allocations pour les personnes handicapées, ni de réforme de l’abattement fiscal des retraités. Le barème de l’impôt sur le revenu sera revalorisé pour tenir compte de l’inflation, évitant ainsi une hausse déguisée des impôts.
En parallèle, le Premier ministre promet une lutte accrue contre la fraude et la suroptimisation fiscale, au nom de la « justice fiscale ».
Analyse : un budget d’équilibre politique plus que financier
Le budget 2026 défendu par Sébastien Lecornu apparaît avant tout comme un exercice d’équilibriste politique. Entre rigueur budgétaire, priorités stratégiques et concessions sociales, l’exécutif cherche à construire un compromis minimal pour éviter la censure et maintenir la crédibilité financière du pays.
Reste une inconnue majeure : l’issue parlementaire. Sans majorité claire, ce budget pourrait devenir un nouveau test de solidité pour le gouvernement, à l’approche d’une campagne présidentielle qui pèse déjà lourdement sur les débats.