Tangles : quand l’animation donne un visage sensible à la maladie
Seth Rogen, Samira Wiley et Sugar Lyn Beard
Avec Tangles, la réalisatrice Leah Nelson signe un premier long métrage d’animation d’une grande délicatesse. Inspiré du roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt, le film raconte l’accompagnement d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer par sa fille Sarah.
Le sujet pourrait sembler familier tant le cinéma a déjà exploré les ravages des maladies dégénératives. Pourtant, Tangles trouve rapidement une tonalité singulière. Là où beaucoup de films choisissent le mélodrame frontal, Leah Nelson préfère passer par l’humour, l’autodérision et surtout par les possibilités infinies de l’animation.
Le film suit Sarah, contrainte de revenir dans sa ville natale et de renouer avec sa famille après des années d’éloignement. Ce retour forcé bouleverse sa vie personnelle, son équilibre émotionnel et son univers queer auquel elle doit temporairement renoncer pour devenir aidante.
Cette double narration fonctionne particulièrement bien. D’un côté, il y a la maladie qui avance inexorablement. De l’autre, il y a Sarah qui tente de préserver sa propre identité. Le film ne réduit jamais son héroïne à son rôle de fille dévouée. Elle reste une femme avec ses contradictions, ses colères et ses besoins.
L’une des grandes réussites de Tangles réside dans son usage de l’animation pour traduire les émotions intérieures. Lorsque la mère se perd dans une parade mexicaine de la fête des morts, l’image bascule soudainement dans une vision presque cauchemardesque. Les corps se déforment, les couleurs explosent, le réel se fragmente.
Plus tard, la mère apparaît comme une marionnette à fils qui ne contrôle plus ses mouvements. Puis une vague submerge l’écran au moment du diagnostic. Ces idées visuelles permettent au film d’éviter le piège du didactisme. La maladie est ressentie avant d’être expliquée.
Leah Nelson réussit également à préserver une vraie légèreté. Les scènes d’avion, où les annonces des hôtesses semblent commenter l’état psychologique de Sarah, apportent un humour absurde et salvateur. Cette autodérision empêche le film de sombrer dans le pathos permanent.
Bien sûr, certains passages restent très classiques. Les disputes entre les deux sœurs ou certaines étapes de la progression de la maladie suivent des codes déjà connus du drame familial. Mais même dans ces moments plus attendus, le film conserve une sincérité touchante.
Graphiquement, Tangles alterne entre réalisme doux et envolées imaginaires plus expérimentales. Cette liberté donne au film une respiration constante. L’animation devient un espace émotionnel capable de représenter ce que les mots ne suffisent plus à exprimer.
Le film parle aussi du rôle des aidants, de l’épuisement émotionnel et de cette douleur silencieuse qui accompagne la perte progressive d’un proche encore vivant. Tangles rappelle avec justesse que l’Alzheimer détruit la mémoire, mais bouleverse aussi profondément ceux qui restent autour.
Sans révolutionner le cinéma d’animation ni le drame familial, Tangles propose une approche profondément humaine de la maladie. Un film sensible, inventif et souvent bouleversant, qui démontre encore une fois la puissance de l’animation lorsqu’il s’agit d’explorer l’intime.






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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.