Budget 2027 : à Bercy, syndicats et associations réclament des moyens face à l’urgence climatique
Pompiers, soignants, travailleurs, étudiants, associations environnementales, humanitaires et de défense des droits humains se sont retrouvés mardi 15 septembre devant le ministère de l’Économie et des Finances, à Paris. Réunies au sein d’un collectif de 53 organisations, elles demandent que le budget 2027 renforce les moyens consacrés à l’adaptation climatique, aux secours, à la santé, aux travailleurs et aux populations les plus vulnérables.
Entre l’Accor Arena et les bâtiments du ministère de l’Économie et des Finances, quelques centaines de personnes se sont rassemblées mardi soir à Bercy. Drapeaux associatifs, militants en tee-shirts, pancartes, couvertures de survie détournées en symbole de l’inaction climatique et fanfare ont accompagné une mobilisation dont les participants venaient d’horizons très différents.
France Nature Environnement (FNE), Solidaires, Greenpeace, Médecins du monde, Scientifiques en rébellion, Extinction Rebellion, représentants de pompiers, syndicats, étudiants et militants associatifs figuraient parmi les acteurs présents, selon le reportage publié après le rassemblement.
Cette diversité constitue l’une des particularités de la mobilisation. La question climatique n’y est pas présentée uniquement sous l’angle de l’environnement : elle rejoint la santé, les conditions de travail, le logement, les secours, les collectivités, les services publics et la solidarité internationale.
À quelques semaines de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, le lieu choisi concentre ainsi le message : pour les organisations mobilisées, répondre aux conséquences du changement climatique nécessite désormais des moyens financiers.
Après les canicules et les incendies, maintenir l’alerte
L’été 2026 occupe une place centrale dans les prises de parole.
Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement, estime qu’il n’est pas possible d’ignorer ce qui s’est produit pendant les mois précédents. Son organisation souhaite prolonger la mobilisation jusqu’aux discussions parlementaires sur le budget.
Les épisodes de chaleur ont effectivement touché une grande partie du territoire. Santé publique France a publié plusieurs estimations provisoires de surmortalité pour les périodes de canicule de l’été 2026. Pour le seul épisode du 17 juin au 2 juillet, 92 départements et 98,5 % de la population de l’Hexagone ont été concernés. Les estimations doivent être interprétées avec précaution tant que le bilan consolidé de l’été n’est pas établi.
Le collectif du 15 septembre met également en avant les surfaces touchées par les incendies et utilise ces conséquences pour réclamer une politique d’adaptation plus importante.
Mais à Bercy, les chiffres prennent aussi la forme de situations humaines.
Un représentant de Médecins du monde a raconté les maraudes réalisées durant l’été auprès de personnes sans domicile. La chaleur devient alors une question très concrète : comment se protéger lorsqu’on ne dispose ni d’un logement adapté, ni d’un espace frais, ni parfois d’un accès suffisamment facile à l’eau ?
C’est dans ce contexte que le collectif demande de mieux repérer et mettre en sécurité les personnes vulnérables pendant les canicules, notamment les sans-abri.
Il réclame également l’adaptation des logements fortement exposés aux températures élevées, avec notamment l’installation de volets et de brasseurs d’air.
Des pompiers aux travailleurs, une même question de moyens
Les incendies de l’été placent également les services de secours dans le débat budgétaire.
Présent au rassemblement, Bruno Ménard, représentant du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, a alerté sur les tensions qui pèsent sur la sécurité civile. Son intervention donne une autre dimension aux demandes du collectif : celui-ci souhaite améliorer la couverture géographique des secours et renforcer le financement de la prévention des incendies.
La question dépasse cependant les seules interventions d’urgence.
Les organisations veulent également étendre à l’ensemble des secteurs professionnels le régime de chômage intempéries lié aux fortes chaleurs. L’objectif revendiqué est de mieux protéger les salariés lorsque les températures rendent certaines activités particulièrement difficiles ou dangereuses.
Le député du Morbihan Damien Girard, présent à Bercy, a lui aussi replacé l’adaptation dans la vie quotidienne. Évoquant les fortes températures observées jusque dans des territoires longtemps perçus comme moins exposés, il défend notamment une proposition de « congé climatique » permettant à des salariés de ne pas travailler sans perte de revenus lorsqu’un événement climatique extrême empêche l’exercice normal de leur activité.
La députée Sandrine Rousseau, également présente, a pour sa part demandé que la question climatique conserve une place centrale dans les choix budgétaires.
Ces interventions sont politiquement situées : elles expriment les positions des élus et organisations présents, et non un consensus sur les choix à inscrire dans le budget 2027.
Le Fonds vert au centre des inquiétudes
À Bercy, Axèle Gilbert, chargée de plaidoyer à France Nature Environnement, a notamment défendu un renforcement du Fonds vert.
Ce dispositif constitue l’un des principaux outils financiers permettant aux collectivités de soutenir des projets de transition écologique et d’adaptation.
Son évolution donne une dimension concrète au débat. Le Fonds vert avait été porté à 2,5 milliards d’euros en 2024, puis doté de 1,15 milliard en 2025. Pour 2026, son enveloppe initiale est de 837 millions d’euros. Le gouvernement a depuis annoncé une remontée à 1 milliard d’euros en 2027.
Le Fonds vert finance notamment l’adaptation des territoires au changement climatique. En 2026, ses priorités comprennent l’adaptation des bâtiments publics aux fortes chaleurs, particulièrement les établissements scolaires, ainsi que la prévention de certains risques naturels. Depuis sa création, plus de 25 000 projets portés par plus de 13 000 acteurs territoriaux ont bénéficié de son soutien, selon le ministère de la Transition écologique.
Pour le collectif, les collectivités ont besoin de davantage de moyens pour végétaliser les villes, adapter les bâtiments et développer les mobilités moins carbonées.
La revendication budgétaire ne concerne donc plus uniquement une ligne comptable : derrière le montant du Fonds vert se trouvent des équipements et des investissements visibles dans les communes.
Qui doit financer l’adaptation ?
C’est ici que la mobilisation entre directement dans le débat sur les recettes publiques.
Le collectif demande l’instauration d’une taxe sur les plus gros pollueurs, dont le produit servirait, selon sa proposition, à renforcer les services publics, financer les aides d’urgence et soutenir l’adaptation au changement climatique.
Il souhaite également rétablir ou renforcer des taxes solidaires touchant l’aviation et les marchés financiers afin de contribuer au financement de la solidarité envers les pays du Sud, considérés comme particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.
Ces propositions constituent les revendications du collectif. Leur rendement, leurs modalités et leurs effets économiques relèvent du débat budgétaire et devront être examinés séparément.
La mobilisation demande parallèlement que les associations participant à la protection de l’environnement et à la démocratie environnementale conservent les moyens nécessaires à leurs activités. Plusieurs organisations présentes dénoncent également ce qu’elles considèrent comme une répression des militants et des personnes alertant sur l’urgence climatique.
Une mobilisation qui veut dépasser le seul monde écologiste
Sur l’esplanade de Bercy, cette accumulation de revendications aurait pu produire une juxtaposition de causes. C’est précisément la présence simultanée des différents participants qui lui donne une autre lecture.
Le pompier parle de capacité d’intervention. Le professionnel de santé parle des personnes exposées. Les associations environnementales parlent d’adaptation. Les syndicats placent les conditions de travail dans le débat. Les élus défendent leurs propositions politiques. Les organisations de solidarité internationale élargissent la question aux pays les plus vulnérables.
Tous ne proposent pas nécessairement les mêmes réponses, mais le rassemblement du 15 septembre les fait converger autour d’une question commune : quels moyens publics consacrer à la préparation du pays face aux conséquences du changement climatique ?
Même les scènes plus légères du rassemblement participent à cette mobilisation. Une « bombe climatique » gonflable apportée par Scientifiques en rébellion flotte au-dessus des participants tandis qu’une fanfare accompagne la soirée. Sous les drapeaux d’Extinction Rebellion, des militants évoquent leur colère mais aussi l’importance de ne pas rester isolés face à l’accumulation des mauvaises nouvelles climatiques.
Le rassemblement ne constitue ainsi qu’une étape.
Les participants ont également appelé à une nouvelle mobilisation le 26 septembre, présentée comme une convergence autour du climat, du vivant, de la paix et de la justice sociale.
À Bercy, le message adressé au pouvoir politique repose finalement sur cette convergence : lorsque la chaleur atteint les logements et les travailleurs, que les incendies mobilisent les secours, que les hôpitaux et les associations doivent protéger les populations vulnérables et que les collectivités doivent adapter leurs territoires, la politique climatique devient aussi une question budgétaire nationale.
C’est désormais dans le débat sur les moyens de l’État que les 53 organisations veulent prolonger leur mobilisation.













































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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.