Route du Rhum 2026 : aux Folies Bergère, la passion de l’océan face aux défis de demain
Aux Folies Bergère, à Paris, la treizième Route du Rhum – Destination Guadeloupe a dévoilé le 22 septembre les contours d’une édition réunissant 118 skippers dans six catégories. À l’approche du départ de Saint-Malo, prévu le 1er novembre, les organisateurs ont présenté un Village entièrement électrifié, une programmation culturelle étendue aux quartiers et de nouvelles dispositions pour accueillir les personnes en situation de handicap. Entre compétition, transmission maritime et préservation des territoires, cette présentation révèle les ambitions d’un événement dont l’influence dépasse largement la ligne de départ.
Paris donne le coup d’envoi des préparatifs
Le mardi 22 septembre 2026, les Folies Bergère ont accueilli la présentation officielle de la treizième Route du Rhum – Destination Guadeloupe. À quelques semaines du départ, les organisateurs, les représentants des territoires, les partenaires et les navigateurs engagés se sont retrouvés dans la capitale pour dévoiler le programme de cette nouvelle édition.
Parmi les personnalités présentes figuraient Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe, Gilles Lurton, maire de Saint-Malo et président de Saint-Malo Agglomération, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne, Édouard Coudurier, président du Groupe Télégramme, et Hervé Favre, président d’OC Sport Pen Duick.
Cette rencontre a permis de présenter les 118 skippers engagés, les évolutions sportives des six catégories et les initiatives prévues pour le Village départ, qui ouvrira ses portes à Saint-Malo le 20 octobre. Le départ de la flotte vers Pointe-à-Pitre est programmé le dimanche 1er novembre.
L’enjeu de cette présentation ne se limite pourtant pas à la compétition. Les organisateurs ont également détaillé les transformations destinées à faire évoluer l’accueil du public, à étendre les festivités dans la ville et à réduire certains impacts environnementaux de la manifestation.
Ces annonces prennent une dimension particulière pour une course qui relie la Bretagne à la Guadeloupe, deux territoires dont l’identité et les activités sont profondément liées à la mer.
Des générations de navigateurs réunies pour un même défi
Au centre de la présentation parisienne, les 118 skippers incarnent la diversité de la Route du Rhum. Les six catégories — Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Multi et Vintage Mono — réunissent des bateaux aux caractéristiques très différentes et des navigateurs dont les parcours se croisent autour d’un même objectif : traverser seuls l’Atlantique.
Les Ultim illustrent les avancées technologiques de la course au large. Armel Le Cléac’h, sur Maxi Banque Populaire XI, retrouvera notamment Tom Laperche sur SVR Lazartigue et Charles Caudrelier sur Maxi Edmond de Rothschild. L’inscription de Guirec Soudée est venue compléter cette catégorie.
En IMOCA, Jérémie Beyou, Sam Goodchild et Francesca Clapcich figurent parmi les navigateurs engagés, aux côtés notamment de Sébastien Simon, Boris Herrmann et Élodie Bonafous. Les Ocean Fifty réunissent également plusieurs générations de marins, d’Erwan Le Roux et Thibault Vauchel-Camus à Basile Bourgnon, Pierre Quiroga et Baptiste Hulin.
La Class40, particulièrement représentée, rassemblera notamment Guillaume Pirouelle, Corentin Douguet, Alexis Loison et Alexis Thomas.
Mais derrière ces noms et ces bateaux se trouvent des histoires humaines qui donnent à la compétition sa profondeur.
Pour Armel Le Cléac’h, la Route du Rhum représente un rêve d’enfance. Lors de la présentation, il a rappelé ses visites des pontons avec ses parents, les courses suivies à la radio et les années de préparation nécessaires pour aborder une telle épreuve.
Basile Bourgnon a lui aussi évoqué une course profondément ancrée dans son histoire familiale. Élodie Bonafous, engagée en IMOCA sur Association Petits Princes – Quéguiner, a décrit les progrès accomplis depuis la mise à l’eau de son bateau en février 2025 et son apprentissage de la navigation en solitaire.
Ces parcours révèlent ce que les caractéristiques techniques ne suffisent pas à raconter : la patience, les doutes, l’expérience et les années de travail qui précèdent une traversée de l’Atlantique.
La présence des catégories Vintage ajoute une dimension historique à cette édition. Francis Joyon retrouvera notamment les anciens trimarans Orma en Vintage Multi, tandis que Jean Le Cam, Sidney Gavignet, Tanguy Caradec et Titouan Pillard participeront en Vintage Mono.
Pour Tanguy Caradec, cette première traversée de l’Atlantique représentera également un hommage à son père, Loïc Caradec, disparu pendant la Route du Rhum 1986.
La compétition fait ainsi se rencontrer les innovations contemporaines, les bateaux qui ont marqué l’histoire de la course au large et plusieurs générations de navigateurs.
Damien Seguin, l’inclusion au cœur de la compétition
Cette diversité sportive se manifeste également à travers la participation de Damien Seguin, skipper en situation de handicap, engagé sur Arkéa – Handicap International dans la catégorie Vintage Multi.
Sa présence dans la flotte rappelle que les personnes en situation de handicap ont toute leur place dans la compétition de haut niveau. Elle donne également une dimension particulière aux initiatives d’inclusion présentées pour cette treizième édition.
Sur l’eau, Damien Seguin participera à la même aventure océanique que les autres navigateurs : une traversée en solitaire exigeant préparation, maîtrise technique, autonomie et capacité d’adaptation.
À terre, les organisateurs entendent prolonger cette ouverture en facilitant l’accès du Village aux personnes en situation de handicap.
Deux zones de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite seront aménagées place de la Distillerie et place de Rocabey. Les cheminements à l’intérieur du Village ont été conçus pour faciliter les déplacements des visiteurs concernés.
Chaque jour, de 12 h 30 à 13 h 30, une heure silencieuse permettra de réduire l’environnement sonore. Une zone de répit sera également installée à proximité de la grande scène, afin de proposer un espace plus calme aux personnes qui en ont besoin.
Le jeudi 22 octobre, une journée consacrée à l’inclusion sera organisée en partenariat avec Café Joyeux. Tables rondes et animations permettront de sensibiliser le public à cette question.
Ces dispositions montrent que l’accessibilité ne concerne pas uniquement l’entrée dans le Village. Elle implique aussi la possibilité de circuler, de participer aux activités, de rencontrer les navigateurs et de profiter de la manifestation dans des conditions adaptées.
La participation de Damien Seguin et les mesures prévues pour les visiteurs donnent ainsi deux dimensions complémentaires à l’inclusion : l’accès à la compétition sportive et la participation à la fête maritime.
Un Village électrique pour transformer l’accueil de la course
L’accueil de cette treizième édition s’accompagnera d’une transformation majeure des installations de Saint-Malo.
Le Village départ, dont l’ouverture est prévue le mardi 20 octobre à midi, s’étendra sur plus de 70 000 m² et accueillera près de 10 000 m² de structures temporaires. Pendant treize jours, les 118 bateaux et 150 exposants y prendront leurs quartiers.
Pour cette édition, les organisateurs annoncent une alimentation de l’ensemble du Village par le réseau électrique public, sans groupes électrogènes fonctionnant aux énergies fossiles.
Cette évolution repose sur les investissements réalisés par la Ville de Saint-Malo, avec la création et le renforcement de trois postes de transformation. La puissance électrique disponible sur la zone doit ainsi passer de 2 500 à 4 000 kVA.
Gilles Lurton a présenté cette modernisation comme une démonstration des possibilités offertes par les infrastructures urbaines. Stéphane Bourrut Lacouture, responsable RSE d’OC Sport Pen Duick, a pour sa part souligné que l’électrification du Village s’inscrivait dans la stratégie environnementale de l’organisateur et dans les engagements du Pacte Durable.
Ces investissements répondent aux besoins immédiats de la manifestation, mais ils présentent également un intérêt pour la ville au-delà des treize jours d’exploitation.
Le Pacte Durable prévoit d’autres actions concernant les mobilités, la consommation d’eau et d’énergie, la réduction des déchets, leur valorisation et l’économie circulaire.
Suzuki Automobile mettra également à disposition des équipes d’organisation douze véhicules électriques e VITARA pendant la durée du Village.
L’ensemble de ces mesures constitue une évolution concrète de l’organisation à terre. Il reste néanmoins nécessaire de distinguer l’électrification des installations de l’empreinte environnementale globale de l’événement, qui dépend aussi des déplacements, de la logistique et des ressources mobilisées.
La Guadeloupe rappelle l’urgence de préserver les territoires
La transformation du Village départ prend une autre dimension lorsqu’elle est replacée dans la géographie de la Route du Rhum.
À l’autre extrémité de la traversée, la Guadeloupe possède un patrimoine naturel exceptionnel, mais particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique.
Lors de la présentation parisienne, Ary Chalus a souligné l’importance des initiatives destinées à réduire l’empreinte environnementale de la course. Il a appelé à faire de l’événement une vitrine de la transition et de la préservation des territoires, d’une rive à l’autre de l’Atlantique.
Cette déclaration relie directement les investissements réalisés à Saint-Malo aux enjeux du territoire d’arrivée.
Marie-Line Bassette, directrice régionale d’EDF Archipel Guadeloupe, a également mis en avant la capacité de la manifestation à valoriser l’archipel tout en accompagnant sa transition énergétique.
L’électrification du Village représente ainsi l’un des aspects d’une réflexion plus large : comment organiser un événement maritime international en tenant compte de la fragilité des territoires qui l’accueillent ?
Les engagements annoncés devront être appréciés à partir de leurs résultats, notamment en matière de consommation des ressources, de déplacements et de gestion des déchets.
Cette exigence concerne autant l’héritage laissé à Saint-Malo que la préservation des espaces naturels de la Guadeloupe.
La fête s’ouvre aux quartiers, à la culture et à de nouveaux publics
La présentation du 22 septembre a également dévoilé une nouvelle manière de faire vivre la Route du Rhum dans la cité corsaire.
Pour la première fois, le Off du Rhum prolongera les festivités au-delà du Village départ. Lancé par la Ville de Saint-Malo, Saint-Malo Agglomération et la Région Bretagne, en collaboration avec les organisateurs, il proposera des animations, des rencontres et des concerts dans les quartiers de la ville et les communes de l’agglomération.
Cette initiative doit permettre aux habitants de participer à la manifestation sans concentrer l’ensemble des activités sur les quais.
Elle rejoint les efforts annoncés pour améliorer les déplacements du public et faciliter les circulations entre le Village et la ville. De nouvelles sorties seront aménagées, tandis que les espaces en bord de quai seront maintenus.
À l’intérieur du Village, le Rhum Park proposera notamment une grande roue et la tyrolienne géante baptisée « Charalienne ». La Brasserie du Rhum, animée par la Maison Hector, accueillera une programmation musicale en soirée.
Le pavillon des îles de Guadeloupe permettra aux visiteurs de découvrir la culture, l’histoire et le patrimoine du territoire d’arrivée.
La programmation culturelle sera également marquée par la présence d’Art Explora, premier partenaire Arts & Culture de cette édition. Son bateau-musée proposera une exposition ouverte au public, ainsi que des spectacles, des concerts, des performances et des rendez-vous consacrés à la création artistique.
La présence de ce musée flottant introduit une autre approche de l’univers maritime. À travers les œuvres et les rencontres, les visiteurs pourront découvrir l’océan autrement que par la seule compétition sportive.
Les enfants disposeront également d’outils adaptés. Un kit pédagogique destiné aux enseignants utilisera le parcours de la course pour aborder plusieurs matières scolaires. Une cartographie conçue spécialement pour les jeunes publics leur permettra de suivre les navigateurs pendant la traversée.
Ces initiatives rejoignent les mesures d’accessibilité présentées pour les personnes en situation de handicap. Elles participent d’une même ambition : permettre à des publics différents de découvrir la course, de comprendre ses enjeux et de prendre part aux festivités.
L’ouverture aux quartiers, la programmation culturelle, les outils pédagogiques et les dispositifs d’inclusion constituent ainsi différentes facettes de la transformation annoncée pour cette treizième édition.
Treize jours pour rencontrer les navigateurs avant le départ
À partir du mardi 20 octobre, les visiteurs pourront retrouver les skippers et leurs bateaux dans le Village de Saint-Malo.
Le dimanche 25 octobre, à partir de 17 heures, les 118 navigateurs seront présentés sur la grande scène.
Chaque jour, de 17 h 30 à 18 h 30, le Journal de la Route du Rhum permettra de suivre les préparatifs et de recueillir les impressions des marins avant le grand départ.
Le passage des bateaux dans les écluses constituera également l’un des temps forts de cette période. Les organisateurs annoncent un dispositif renforcé, capable d’accueillir jusqu’à 2 000 spectateurs.
La gestion des déplacements et des flux représentera un enjeu important pour un événement de cette ampleur. Selon les chiffres communiqués dans le dossier de présentation, l’édition 2022 avait rassemblé plus de 1,2 million de visiteurs.
Les espaces d’exposition seront accessibles jusqu’à 20 heures, avec une prolongation jusqu’à 22 heures les vendredis et samedis. Les espaces festifs pourront rester ouverts jusqu’à une heure du matin.
Cette programmation permettra au public de découvrir les navigateurs avant leur départ, mais elle mobilisera également les infrastructures de la ville pendant près de deux semaines.
Les investissements électriques, les aménagements de circulation, l’ouverture aux quartiers et les dispositifs d’accessibilité prennent ainsi tout leur sens dans l’organisation de ces treize jours.
Une édition dont les ambitions se mesureront sur deux rives
Le dimanche 1er novembre, les 118 skippers doivent quitter Saint-Malo pour prendre la direction de Pointe-à-Pitre.
La compétition réunira des bateaux de générations différentes, des navigateurs expérimentés et de nouveaux participants, chacun engagé dans une traversée où les choix techniques, la météo et la capacité à gérer seul son bateau seront déterminants.
Mais la conférence des Folies Bergère a montré que cette treizième édition se prépare aussi à terre.
Le Village électrifié, les investissements durables, les mesures d’accessibilité, la participation de personnes en situation de handicap à la compétition, la programmation culturelle et l’ouverture de la manifestation aux quartiers traduisent plusieurs transformations annoncées par les organisateurs.
Ces initiatives devront maintenant prendre forme à Saint-Malo, puis être appréciées à la lumière de leurs résultats.
La Guadeloupe, territoire d’arrivée, rappelle quant à elle que l’aventure maritime s’inscrit dans un environnement dont la préservation représente un enjeu majeur.
Entre la passion des navigateurs et les responsabilités environnementales des territoires, la présentation officielle du 22 septembre a ainsi dessiné les contours d’une Route du Rhum qui entend faire évoluer son organisation tout en conservant sa dimension sportive et populaire.

























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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.