Forsaken : Samuel Paty, la solitude d’un professeur abandonné
Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot
Avec Forsaken, Vincent Garenq s’attaque à une histoire encore brûlante : celle de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège. Le film retrace ses onze derniers jours, en suivant l’engrenage de rumeurs, de mensonges, de vidéos, de dysfonctionnements et de lâchetés qui ont conduit à la tragédie.
Le titre, Forsaken, dit déjà beaucoup. Il signifie l’abandon. Celui d’un homme laissé seul face à une mécanique qui le dépasse. Le film ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il avance avec une rigueur presque judiciaire, en reconstituant les faits et en laissant monter l’angoisse.
Antoine Reinartz incarne Samuel Patyavec une grande retenue. Il ne cherche pas l’imitation. Il construit un homme calme, structuré, attaché à son métier, progressivement enfermé dans une peur sourde. Son interprétation touche précisément parce qu’elle refuse le pathos.
Face à lui, Emmanuelle Bercot donne à la principale du collège une autorité fragile. Le film montre une administration qui agit, téléphone, transmet, rédige, mais ne parvient jamais à protéger réellement l’enseignant. C’est l’un des points les plus glaçants : tout semble bouger, mais rien ne sauve.
Vincent Garenq filme la spirale avec une précision implacable. Une élève ment. Son père relaie l’accusation. Un militant radical s’en empare. Les réseaux sociaux transforment un incident déjà clarifié en campagne de haine. La vérité existe, mais elle ne circule plus assez vite pour arrêter la rumeur.
Le film est fort lorsqu’il montre cette époque malade de la vitesse. Une vidéo, une indignation, une croyance, une manipulation : tout devient immédiatement plus puissant que les faits. Forsaken parle de Samuel Paty, mais il parle aussi de notre rapport contemporain à l’information.
La critique que l’on peut adresser au film tient à son choix très factuel. À force de vouloir rester au plus près du dossier, certaines scènes semblent parfois enfermées dans une logique de reconstitution. Mais cette sécheresse est aussi sa force. Elle évite la récupération émotionnelle.
Le film ne désigne pas un seul coupable symbolique. Il montre plutôt une chaîne. Des adultes dépassés, des institutions trop lentes, des réseaux sociaux incontrôlables, des idéologies meurtrières, des peurs, des silences. Et au centre, un professeur qui continue d’essayer de rester digne.
Forsaken est un film douloureux, mais nécessaire. Il rappelle que Samuel Paty n’est pas seulement un symbole national. Il était un enseignant, un père, un homme. Et c’est cette humanité que le film tente de restituer.









About Author
Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.