Tati Barbès: la fin d’un empire

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L’héritage de Jules Ouaki n’aura pas survécu à la pandémie du coronavirus malgré la reprise de nombreux  de ses magasins répartis dans toute la France.

Le magasin Barbès qui fut le premier à être installé par le fondateur dans un quartier populaire du nord de la capitale restait l’ultime propriété du groupe à l’enseigne vichy rose.

Débarqué à Paris à la Libération avec les Forces françaises, Jules Ouaki s’installe en 1948 avec sa famille  dans le 18ème arrondissement. Ayant grandi à Tunis, ce fils de sellier juif débute difficilement, vendant sa marchandise sur le trottoir dans un grand parapluie retourné ouvert. Au bout de quelques temps, il a acheté son premier magasin grâce a l’argent qu’il avait acquis ainsi et l’aide providentielle d’une femme mystérieuse. Il commença par racheter un hôtel de passe qu’il a transformé en souk pour revendre des stocks à bas prix. Il décide de donner à l’enseigne le nom de “Tita“, le surnom de sa mère mais ce nom étant pris,par un autre commerçant, il décida d’utiliser le nom en verlan, soit “Tati“, évitant ainsi un procès. C’est ainsi que commence un nouveau style de commerce basé sur les plus bas prix à mi-chemin entre la braderie, la friperie et le bazar et surtout adapté aux budgets des familles modestes. Face au succès  grandissant de son entreprise, il s’agrandit en rachetant les hôtels de passe avoisinant pour atteindre 2800 m² de surface de vente en 1978, éradiquant ainsi la prostitution dans cette partie du quartier.

Le concept “révolutionnaire” propose une nouvelle forme de boutique démocratisée à l’entrée libre (sans sonner) dans laquelle les articles pour la plupart venus d’Asie (Chine, Inde, Bangladesh, Vietnam…) mais aussi du quartier du Sentier (75002) pour le textile estampillé “mode parisienne” sur des étiquettes en carton où figure le prix en gros chiffres. Tout un éventail de produit est offert à la clientèle: vêtements (homme, femme, enfant), linge de maison, chaussures, toujours proposés au meilleur prix grâce à un approvisionnement acquis au prix de gros ou de déstockage.

A partir de 1978, l’entreprise se développe d’abord dans d’autres quartiers  comme rue de Rennes et   place de la République, le système de vente en bacs et la notoriété attirant une clientèle plus aisée. D’autres villes de France suivent dont Nancy, Lille, Rouen, puis Marseille  et  Lyon.

Malheureusement, Jules Ouaki décède en 1982, à l’âge de 62 ans. Sa veuve lui succède avant de nommer en 1991, le plus jeune de ses 5 enfants, Fabien Ouaki, à la tête de l’empire mais l’entreprise connait une période difficile suite à la mort du fils aîné et l’attentat de la rue de Rennes en 1986 entraînant une forte perte de clientèle.

En 1991, Fabien Ouaki rachète les parts familiales et développe une nouvelle stratégie en ouvrant des enseignes spécialisées: “Tati Or”, “Tati Mariage”, “Tati Vacances”, “Tati Optic” , “Tati Phone “ou “Tati Bonbons”, ainsi qu’une collection éphémère créée par Azzedine Alaïa aux motif pied-de-poule et  Naomi Campbell pour le défilé de présentation .En 1993, la ligne de prêt-à-porter  tendance chic, “La rue est à nous“, est lancée mais sera abandonnée 2 ans en raison de prix trop élevés.

À partir de 1994, le groupe s’implante en Europe et à l’étranger : Afrique du Sud en 1996 et États-Unis, sur la 5ème Avenue à New-York, en 1998 où il ouvre un magasin de robes de mariées Tati Mariage (représentant 20 % du chiffre d’affaires de Tati) en s’associant avec Ilyse Wilpon, la fille d’un magnat de l’immobilier. Cette dernière initiative et la diversification des univers contribueront malheureusement à la chute du chiffre d’affaire du groupe tenant compte des enseignes concurrentes en hausse comme Babou, H&M, et Zara. Suite à ces déconvenues, la société est   cessation de paiement, Fabien Ouaki, refusant un plan  est alors obligé de céder l’entreprise en juillet 2014, pour apurer la dette colossale (50 millions de dettes, la marque perdant quarante mille euros par jour).

L’enseigne est alors rachetée pour 10 millions d’euros auxquels s’ajoutent 4,5 millions de stock,  par le groupe Ventura (groupe Fabio Lucci), filiale à 50 % du groupe Éram.  La société  Tati Développement compte  ouvrir plus d’une quinzaine de magasins en France et prévoit des ouvertures dans les pays du Maghreb et en Europe de l’Est, dont la  Roumanie. En 2007, le groupe Éram reprend Tati à 100%, abandonnant certains secteurs, le déstockage de produits peu intéressants et revenant sur la création, le prêt-à-porter à 80 % imaginé par des designers maison. Malgré cela, la marque s’étiole et décide d’ouvrir un site internet proposant plus de 7 000 références  (15 000 en 2011 dont 80%à moins de 10€) en plus des 80 points de vente dans l’Hexagone.

Changement de stratégie en 2013 où on assiste à l’ouverture de magasins XXL (discount mais avec une nouvelle présentation en rayonnage à la place des bacs) en plus des 129 points de vente. La gamme est réduite de moitié mais de meilleure qualité, visant 75% de la population au lieu de 25% au paravent. Après un rebond, l’enseigne est à nouveau en chute suite aux attentats de 2015 amenant le groupe Eram à revendre sa filiale Agora (Tati, Giga Store, Degrif’Mania et Fabio Lucci). Après cessation de paiement et un éventuel redressement judiciaire, le tribunal de commerce du Bobigny, désigne en juin 2017 le groupe Gifi comme repreneur de l’enseigne, permettant de sauver 1 428 emplois sur les 1 700 menacés, en conservant 109 des 140 magasins durant au moins 2 ans comme s’est engagé Philippe Ginestet. Malgré l’investissement de 150 millions d’euros, la reprise est difficile et le groupe Gifi annonce en juillet 2019 le passage d’ici 2020 des magasins Tati sous son enseigne, à l‘exception de celui de Barbès, de 13 autres amenés à fermer et d’une trentaine  pour une nouvelle enseigne de déstockage, KLO mais près d’un quart de l’effectif va perdre son emploi.

Le seul magasin restant, Tati Barbès, pionnier de l’aventure,  a malheureusement perdu 60% de ses ventes entre octobre 2019 et mai 2020 par rapport à l’année précédente, c’est pourquoi la direction  annoncé en juillet 2020 la fermeture du magasin et le licenciement des 34 employés restants.

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