France–Angleterre : le test anglais confirme l’évolution des Bleues avant le Mondial
À moins de trois mois de la Coupe du monde 2026, l’équipe de France féminine de rugby à XIII a lancé sa préparation internationale face à l’Angleterre, samedi 25 juillet au stade Ernest-Wallon de Toulouse. Battues 38-4 après avoir mené 4-0, les Françaises n’ont pas renversé une hiérarchie toujours favorable aux Anglaises. Mais derrière le résultat, ce premier match amical apporte plusieurs indicateurs sur l’évolution d’un groupe qui travaille depuis six mois avec le Mondial pour horizon.
Un premier match amical pour mesurer six mois de travail
TOULOUSE – Pour entrer dans la dernière ligne droite de sa préparation à la Coupe du monde, la France féminine avait choisi l’un des tests les plus exigeants. Samedi 25 juillet à 18 heures, au stade Ernest-Wallon, les Bleues affrontaient l’Angleterre en ouverture de Toulouse–Dragons Catalans, avant deux autres rencontres amicales programmées contre le Nigeria et l’Irlande.
L’Angleterre représentait un étalon particulièrement révélateur. Demi-finalistes des deux dernières Coupes du monde, les Anglaises figurent parmi les meilleures sélections internationales derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elles avaient également remporté les cinq dernières confrontations avec la France depuis 2015.
Pour Alan Walsh, l’enjeu dépassait donc largement le résultat. Avant la rencontre, le sélectionneur français expliquait vouloir observer « le chemin parcouru depuis ces six derniers mois », tout en fixant à son équipe de petits objectifs réalisables.
Le terrain allait rapidement lui fournir des réponses.
La France prend les commandes
Les Bleues entrent dans la rencontre sans complexe. À la 16e minute, Lisa Diraison ouvre le score sur pénalité. Trois minutes plus tard, la demi de mêlée française récidive : 4-0.
L’Angleterre doit attendre la 22e minute pour trouver la faille. Ellise Derbyshire marque en coin et Isabel Rowe transforme.
Cette première brèche change le rythme de la rencontre.
À la 28e minute, Lucy Murray traverse la défense française avant de récidiver quatre minutes plus tard. Rowe transforme à chaque fois. Ella Donnelly ajoute un nouvel essai à la 37e minute, puis Eva Hunter frappe juste avant la pause.
En moins de vingt minutes, les Anglaises ont complètement renversé la situation : 28-4 à la mi-temps.
Après la reprise, Jenna Foubister marque à son tour, Rowe transforme, avant qu’Ellise Derbyshire ne signe son doublé en fin de rencontre.
Score final : France 4 – Angleterre 38.
La victoire anglaise est nette. Mais pour comprendre ce que ce match raconte réellement des Bleues, le tableau d’affichage ne peut constituer l’unique lecture.
Deux ans plus tard, la France existe plus tôt dans le match
Le premier marqueur d’évolution apparaît en comparant ce rendez-vous au précédent duel entre les deux nations.
Le 29 juin 2024, dans ce même stade Ernest-Wallon, l’Angleterre avait infligé un 42-0 à la France, avec huit essais inscrits et aucun point concédé.
Cette fois, les Françaises marquent les premières. Elles prennent deux fois les points lorsqu’elles en ont l’occasion et obligent leur adversaire à attendre la 22e minute avant de franchir leur ligne.
Cela ne transforme évidemment pas un 38-4 en résultat positif. Mais l’évolution ne se mesure pas seulement à huit points de différence entre deux scores. Elle apparaît aussi dans la capacité d’une équipe à entrer dans son match et à imposer temporairement son propre scénario à un adversaire supérieur.
Une attaque qui apprend à saisir ses occasions
Les quatre points français proviennent de deux pénalités et non d’un essai. Ce constat fixe également une limite.
Face à une équipe du niveau de l’Angleterre, la France a su convertir ses premières possibilités au pied grâce à Lisa Diraison, mais elle n’est pas parvenue à transformer ses séquences offensives en franchissements décisifs.
C’est une étape importante dans l’évolution recherchée : être capable de résister ne suffira pas face aux meilleures nations. Il faudra également convertir davantage de possession et de situations favorables en points.
La Coupe du monde imposera précisément cette exigence.
Dix-huit minutes révèlent encore l’écart
L’évolution française possède aussi ses limites, et le passage entre la 22e minute et la pause en constitue la démonstration la plus brutale.
Cinq essais sont encaissés pendant cette période.
L’Angleterre montre alors ce qui distingue encore une grande nation internationale : lorsqu’une brèche apparaît, elle est capable d’enchaîner et de transformer rapidement une période favorable en écart conséquent.
Pour les Bleues, cette séquence représente probablement l’un des enseignements les plus précieux du match. Progresser vers le très haut niveau signifie aussi apprendre à interrompre les temps forts adverses avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
À Toulouse, quelques minutes ont suffi pour faire passer la France d’une avance de quatre points à un retard de vingt-quatre unités.
Après la pause, une résistance différente
La seconde période apporte un autre élément à l’analyse.
Après avoir encaissé 28 points avant la pause, la France n’en concède que dix durant les quarante dernières minutes.
Cette donnée doit être interprétée avec prudence : elle ne permet pas, à elle seule, d’attribuer cette différence à une amélioration française, à une gestion différente du match par l’Angleterre ou aux deux phénomènes combinés.
Elle montre néanmoins que l’hémorragie de la fin du premier acte ne s’est pas prolongée au même rythme.
Pour le staff français, cette deuxième période constitue donc une séquence à analyser séparément : comment le collectif a-t-il retrouvé davantage de stabilité après avoir été fortement déstabilisé avant la pause ?
Un collectif construit autour de bases communes
L’évolution passe également par les automatismes.
Dans le groupe choisi par Alan Walsh, onze joueuses évoluent à Lescure et six à Saint-Estève/XIII Catalan. Cette concentration offre au sélectionneur une base de joueuses habituées à partager des repères collectifs.
Autour de Lisa Diraison figurent notamment Manon et Dorine Samarra, Perle Ramazeilles, Melissa Medina, Amael Vilanove, Margot Canal, Camille Boudaud, Elisa Akpa, Salomé Segala, Stecy Bessière, Perrine Monsarrat et Élodie Pacull.
Le défi consiste désormais à transformer ces automatismes de clubs en cohésion internationale, face à des adversaires dont la vitesse et l’intensité imposent des décisions beaucoup plus rapides.
Chaque joueuse joue aussi sa place
L’évolution collective s’accompagne d’un autre chantier : celui de la sélection définitive.
Alan Walsh l’avait annoncé avant le rendez-vous toulousain : « Rien n’est figé. »
Les trois matchs amicaux doivent permettre au staff de tester la profondeur de son effectif. Ils donnent également aux joueuses une occasion de gagner leur place dans l’avion pour la Coupe du monde.
Le match anglais prend ici une valeur particulière. Être évaluée face à une opposition dominante révèle des qualités différentes de celles observées dans une rencontre maîtrisée : résistance à la pression, discipline, capacité à rester lucide après avoir encaissé et aptitude à maintenir l’engagement lorsque le score devient défavorable.
Pour certaines joueuses, la construction du Mondial se joue donc déjà à chaque minute passée sur le terrain.
Le projet Walsh entre dans sa phase de vérité
Six mois de travail ne pouvaient pas être jugés sur une rencontre unique. Mais ce premier test international donne au sélectionneur un point de référence concret.
Alan Walsh voulait une « grosse performance », mais surtout des objectifs intermédiaires permettant d’évaluer son groupe sans lui imposer la pression d’un résultat contre une sélection largement favorite.
Le 38-4 révèle deux réalités simultanées : la France possède désormais certains repères lui permettant d’exister davantage dans des séquences de haut niveau, mais elle reste vulnérable lorsque l’intensité adverse augmente brutalement.
C’est précisément l’intérêt d’un match amical de cette nature : exposer les progrès autant que les insuffisances avant que les résultats ne deviennent réellement décisifs.
Du test anglais à l’exigence mondiale
La préparation ne s’arrête pas à Ernest-Wallon.
Le samedi 1er août, les Françaises affronteront le Nigeria au stade Gilbert-Brutus de Perpignan, en ouverture de Dragons Catalans–Wakefield. Elles retrouveront ensuite l’Irlande le 19 septembre à Mérignac.
Ces deux rendez-vous doivent permettre au staff de poursuivre son évaluation, mais également de vérifier si les enseignements du match anglais peuvent être transformés en progrès supplémentaires.
Car à partir du 17 octobre, le contexte changera totalement.
Lors de la Coupe du monde organisée en Australie et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, la France devra affronter dans sa poule la Nouvelle-Zélande, les Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Il ne sera alors plus question de laboratoire.
Une évolution réelle qui reste à confirmer
L’Angleterre a gagné, une nouvelle fois. 38-4. La hiérarchie demeure claire et la France reste encore éloignée du niveau atteint par les meilleures nations mondiales.
Mais ce match amical ne devait pas seulement répondre à la question : qui allait gagner ?
Il devait permettre de savoir où en était la France.
Les Bleues ont marqué les premières, mené pendant le début de la rencontre et contenu davantage leur adversaire après la pause. Elles ont aussi subi cinq essais en moins de vingt minutes et n’ont pas réussi à franchir la ligne anglaise.
C’est précisément cette coexistence entre progrès et limites qui confirme l’évolution du groupe : la France dispose désormais de nouveaux repères, mais elle sait également avec précision où se situe encore la marche à franchir.
Le Nigeria et l’Irlande permettront de mesurer la prochaine étape. Puis viendra le Mondial, où cette évolution devra quitter le terrain des signes encourageants pour devenir une performance capable de résister à l’exigence internationale.





























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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.