Iran : au Trocadéro, « Stop au massacre » et l’appel à la liberté, à la justice et à la démocratie
PARIS — Des rangées de portraits font face au public. Autour d’elles, les drapeaux iraniens accompagnent les prises de parole qui se succèdent devant la tour Eiffel. Sur la place du Trocadéro, le rassemblement organisé samedi 12 septembre 2026 donne à voir plusieurs dimensions d’une même mobilisation : la mémoire des victimes, l’opposition aux exécutions, la défense des prisonniers politiques et la revendication d’un avenir fondé sur la liberté, la justice et la démocratie.
Pendant deux heures, de 16 heures à 18 heures, interventions publiques, exposition de portraits puis marche ont rythmé la mobilisation organisée à l’occasion du quatrième anniversaire du soulèvement iranien de 2022. Le Comité de soutien aux droits humains en Iran (CSDHI), organisateur du rendez-vous, avait précisément appelé à manifester « pour la liberté, la justice et la démocratie en Iran ».
Derrière ces trois mots se trouve cependant une urgence beaucoup plus immédiate : celle des vies menacées et des exécutions dénoncées par les participants.
Des portraits pour rendre les victimes visibles
Avant même les discours, les visages racontent une partie du rassemblement.
À proximité de la scène, une importante exposition rassemble les photographies de personnes présentées par les organisateurs comme victimes de différents mouvements de protestation ou d’exécutions en Iran. Le CSDHI indique que l’exposition réunissait notamment des victimes du soulèvement de 2022, des personnes arrêtées lors des protestations de 2026 puis exécutées, ainsi que des membres ou sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Cette exposition modifie la perception des chiffres.
Une exécution peut devenir une statistique. Une répression peut être résumée dans un bilan. Ici, chaque photographie réintroduit une personne.
Le rassemblement fait ainsi passer son premier message par les visages : derrière la question politique iranienne existent des trajectoires individuelles, des familles et des vies interrompues.
De 2022 à 2026, une histoire qui ne s’est pas arrêtée
Le point de départ historique reste septembre 2022.
Le 16 septembre de cette année-là, Jina Mahsa Amini, jeune femme kurde iranienne de 22 ans, meurt après avoir été arrêtée par la police des mœurs à Téhéran pour une infraction présumée aux règles imposant le port du voile. Sa mort provoque une vague de manifestations dans le pays. Dès septembre 2022, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme faisait état d’allégations de mauvais traitements et demandait une enquête indépendante sur les circonstances de sa mort.
Quatre ans plus tard, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » reste un repère majeur.
Une enquête publiée le 16 septembre 2026 par Amnesty International conclut que les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l’humanité dans le cadre de la répression du soulèvement de 2022. L’organisation documente notamment des homicides illégaux, des actes de torture, des violences sexuelles, des disparitions forcées, des emprisonnements et des persécutions. Elle indique avoir documenté la mort de 377 manifestants et passants, dont 56 enfants.
Le rassemblement parisien du 12 septembre ne regarde pourtant pas uniquement vers 2022.
Les portraits, les discours et les revendications font également entrer 2026 dans le récit.
Le passé et le présent se rejoignent.
« Stop » : l’urgence des exécutions
C’est ici que la commémoration devient mobilisation.
Les participants dénoncent la peine capitale et réclament la libération de prisonniers politiques. Le sujet ne repose pas seulement sur les affirmations des organisateurs.
En mai 2026, Amnesty International indiquait qu’au moins 36 personnes condamnées sur la base d’accusations à caractère politique avaient été exécutées depuis le début des attaques américano-israéliennes du 28 février. L’organisation recensait également au moins 78 manifestants, dissidents ou personnes accusées de liens réels ou supposés avec des organisations d’opposition sous le coup d’une condamnation à mort, dont 41 arrêtées en relation avec les manifestations de janvier 2026.
Des experts des Nations unies avaient parallèlement signalé en mai le cas de plusieurs personnes exposées à un risque imminent d’exécution à l’issue de procédures soulevant des préoccupations concernant des allégations de torture, de détention arbitraire et de violations du droit à un procès équitable.
C’est dans ce contexte que le mot « stop » prend tout son sens dans la mobilisation parisienne.
Il ne s’agit plus uniquement de rendre hommage.
Il s’agit de demander qu’une mécanique s’arrête.
Liberté : des femmes aux prisonniers politiques
La deuxième dimension du rassemblement est celle de la liberté.
Liberté des personnes détenues pour leurs activités politiques ou contestataires. Liberté d’expression. Libertés des femmes. Liberté de participer à la vie publique. Liberté, enfin, de contester un système politique.
Depuis 2022, la question des femmes occupe une place centrale dans les mobilisations iraniennes.
Le mouvement déclenché après la mort de Jina Mahsa Amini a dépassé la question du voile obligatoire pour devenir une contestation beaucoup plus large touchant aux droits fondamentaux et à l’organisation politique du pays.
Le rapport publié cette semaine par Amnesty International décrit des milliers d’arrestations arbitraires durant le soulèvement de 2022 et estime que de nombreuses personnes ont été poursuivies pour des comportements relevant de l’exercice de droits fondamentaux : manifestations pacifiques, slogans, retrait du voile ou expression de solidarité.
Au Trocadéro, quatre ans plus tard, cette dimension apparaît dans les discours mais également dans la présence d’une nouvelle génération.
Une jeunesse qui regarde vers l’avenir
La jeunesse constitue l’une des articulations les plus importantes du rassemblement.
Selon le compte rendu des organisateurs, Pegah et Mohsen Pouyanmehr sont intervenus au nom d’un groupe de jeunes pour évoquer le rôle de la jeunesse iranienne dans les mouvements de protestation et dans la lutte pour la liberté.
Cette présence crée un passage entre les victimes représentées par les portraits et ceux qui prennent aujourd’hui la parole.
La mémoire regarde vers le passé.
La jeunesse oblige à regarder vers l’avenir.
Et c’est précisément à cet endroit que la liberté rencontre la démocratie.
Justice : empêcher les victimes de devenir seulement des chiffres
La justice constitue le troisième mouvement de cette mobilisation.
Elle concerne les personnes exécutées, mais aussi les personnes emprisonnées, leurs familles et celles qui demandent que les responsabilités dans les répressions successives soient établies.
L’enjeu dépasse donc la commémoration.
Amnesty International considère aujourd’hui que le système judiciaire iranien ne fournit pas de voie effective pour établir les responsabilités concernant les crimes contre l’humanité qu’elle documente dans la répression de 2022 et appelle à des mécanismes internationaux de justice et de responsabilité.
Les portraits installés au Trocadéro acquièrent alors une seconde signification.
Ils ne demandent pas uniquement que l’on se souvienne.
Ils posent la question de la responsabilité.
Démocratie : la question de l’après
Le quatrième terme ouvre la question la plus politique : quel avenir pour l’Iran ?
Plusieurs personnalités françaises et des représentants d’organisations iraniennes ont pris la parole pendant le rassemblement. Le CSDHI mentionne notamment Gilbert Mitterrand, Laurence Tubiana, Jean-François Legaret, Jean-Pierre Brard, Pierre Bercis, Nadjib Benarfa, Alexis Martin et l’avocate Sara Nouri.
Des représentants de l’OMPI/MEK et du Conseil national de la Résistance iranienne étaient également présents, et un message vidéo de Maryam Radjavi a été diffusé aux participants.
Cette composition impose une distinction essentielle.
Les organisations présentes défendent leurs propres projets politiques pour l’Iran. Ceux-ci ne peuvent être assimilés automatiquement aux positions de l’ensemble de la population iranienne, de la diaspora ou des différentes forces opposées au pouvoir.
La démocratie, précisément, suppose la pluralité.
Derrière le mot apparaît donc une question qui dépasse le rassemblement du Trocadéro : comment les Iraniens pourront-ils déterminer leur propre avenir politique ?
Paris comme espace international de revendication
Le choix du Trocadéro n’est pas neutre dans la visibilité de l’événement.
La tour Eiffel en arrière-plan, les visiteurs, les touristes et les passants donnent à une question intérieure iranienne une scène internationale.
Les images du rassemblement montrent cette rencontre entre deux espaces : l’Iran, absent géographiquement mais omniprésent dans les portraits et les discours, et Paris, où ces revendications peuvent être exprimées publiquement.
La diaspora devient alors un relais.
Les victimes sont nommées hors d’Iran.
Les prisonniers sont évoqués hors d’Iran.
Les revendications sont portées hors d’Iran.
Et la question de l’avenir du pays entre dans l’espace public européen.
Du passé vers l’avenir
Le rassemblement du 12 septembre possède finalement sa propre chronologie.
Il commence avec ceux qui ne sont plus là.
Il continue avec ceux qui risquent aujourd’hui l’emprisonnement ou la mort.
Et il se termine nécessairement par ceux qui devront vivre dans l’Iran de demain.
Victimes. Prisonniers. Femmes. Jeunesse. Liberté. Justice. Démocratie.
Les mots ne se superposent pas au hasard.
Ils forment une progression.
La mémoire demande justice.
La répression fait naître une demande de liberté.
Et liberté et justice conduisent inévitablement à la question du système politique capable de les garantir.
Au Trocadéro, face aux portraits et sous les drapeaux iraniens, le message du 12 septembre pouvait ainsi se résumer en quatre éléments liés les uns aux autres :
arrêter les morts, défendre les libertés, demander justice et laisser une société choisir son avenir.
Mise à jour le 16/09/2026 23h05






























































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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.