Lumières de la Nature au Jardin des Plantes, un projet immersif qui réinvente la biodiversité
Au cœur du 5e arrondissement de Paris, le Jardin des Plantes, l’un des plus anciens jardins botaniques d’Europe, s’apprête à vivre une métamorphose hivernale spectaculaire. Du 12 novembre 2025 au 18 janvier 2026, la 7e édition d’”En voie d’illumination” déploie son thème “Lumières de la Nature”, un projet ambitieux commissarié par Estelle Tual pour le Muséum national d’Histoire naturelle. En partenariat avec des studios spécialisés comme Cosmo AV pour les projections immersives et Yellow Salto pour les compositions sonores, cette installation explore les phénomènes lumineux naturels – bioluminescence, fluorescence et incandescence – à travers quatre univers thématiques distincts : les lumières minérales, terrestres, marines et célestes.
Ce parcours nocturne, conçu pour une déambulation de 1h30 à 2h le long de 2 kilomètres d’allées historiques, fusionne technologies de pointe (hologrammes 3D, lasers UV, projections mapping) avec les collections emblématiques du Muséum. Loin d’être un simple événement festif, il s’agit d’un véritable projet pédagogique qui rend accessible la science de la lumière, force vitale de la biodiversité, à un public intergénérationnel. Ouvert en soirées de 18h à 22h, accessible via la Porte de Seine, il transforme le Jardin – fondé en 1626 sous Louis XIII – en un laboratoire poétique où l’émerveillement rime avec éducation.
Genèse et ambitions du projet
Le projet “En voie d’illumination” voit le jour en 2018 comme une réponse créative aux illuminations hivernales traditionnelles, mais évolue rapidement vers une dimension scientifique et artistique approfondie. Estelle Tual, cheffe de projet au Muséum et titulaire d’un master en médiation culturelle, pilote cette édition 2025 avec une équipe pluridisciplinaire incluant cosmographes, biologistes et ingénieurs en réalité augmentée. Inspiré par des phénomènes naturels comme la luminescence des vers luisants ou la fluorescence des coraux sous UV, le thème “Lumières de la Nature” s’ancre dans des recherches récentes : par exemple, des études sur la luciférine, molécule responsable de 90% des bioluminescences marines, issues des laboratoires du Muséum.
“L’objectif premier est d’émerveiller pour éduquer”, confie Tual dans les documents de conception du projet. “La lumière n’est pas qu’esthétique ; elle est un révélateur de la vie, de la géologie aux étoiles.” Ce parcours réutilise intelligemment les infrastructures existantes – allées bordées de platanes centenaires, façades de la Grande Galerie de l’Évolution, verrières des serres – comme supports narratifs. Cosmo AV déploie 200 projecteurs laser haute définition, tandis que Yellow Salto compose une bande-son organique avec cris d’animaux, vents forestiers et échos abyssaux, synchronisés en temps réel via IA. Ce projet, pensé pour l’hiver 2025-2026, marque une rupture avec les éditions antérieures en intégrant des interactions tactiles et olfactives subtiles, renforçant l’immersion sensorielle. Historiquement, le Jardin des Plantes, initialement Jardin royal des plantes médicinales, a toujours été un pont entre science et public ; cette initiative le propulse dans l’ère numérique.
Les lumières minérales, genèse géologique de la lueur
L’aventure commence à l’entrée principale, sous un voile de lumière blanche qui cède la place à des faisceaux UV intenses. Soudain, 14 hologrammes volumétriques 3D de cristaux emblématiques – calcite rose du Maroc, sodalite bleue d’Afghanistan, aragonite veinée – s’illuminent de fluorescences spectaculaires, extraits directs des réserves minéralogiques du Muséum. Ces minéraux, collectés lors d’expéditions du XIXe siècle, révèlent sous UV des teintes cachées : roses intenses, bleus électriques, verts émeraude, dues à des impuretés activées par les ultraviolets.
Au centre trône un volcan incandescent simulé de 10 mètres de haut, dont les projections mapping recréent une éruption en temps réel : lave orangée coulant en cascades virtuelles, cendres luminescentes flottant dans l’air via hazes. Cet univers illustre l’incandescence primitive, née des réactions thermiques profondes de la Terre. Les visiteurs traversent un tunnel de quartz pulsant, où des capteurs détectent les mouvements pour moduler l’intensité lumineuse, simulant la phosphorescence résiduelle. Scientifiquement, cet espace s’appuie sur les travaux de minéralogistes du Muséum, expliquant comment la fluorescence révèle les structures atomiques – un atome d’uranium dans l’autunite provoque un vert vif, par exemple. L’expérience incite à repenser les roches inertes comme des entités vivantes, posant les fondations d’une réflexion sur la lumière comme mémoire géologique.
Les lumières terrestres, bioluminescence des forêts vivantes
Transition fluide vers les forêts luminescentes, où la Grande Serre – abritant autrefois des collections exotiques de Buffon – devient une jungle amazonienne virtuelle. Projections 360° enveloppent les verrières de feuillages denses : Amazonie avec ses champignons mycorhiziens luisants, forêts européennes aux lucioles dansant au rythme d’un clap de mains interactif, et taïgas asiatiques aux mousses phosphorescentes. Des cascades virtuelles ruissellent sur les vitres, tandis qu’une symphonie de criquets, hiboux et vents amplifie l’atmosphère nocturne via 50 haut-parleurs directionnels.
Les allées s’éclairent de mousses fluorescentes au sol, menant à des arbres géants dont les troncs pulsent comme des cœurs, synchronisés sur les battements cardiaques détectés par capteurs. Cet univers célèbre la bioluminescence terrestre, rare mais fascinante : les lucioles européennes (Lampyris noctiluca) utilisent la luciférase pour attirer partenaires, un mécanisme projeté en slow-motion géant. Le projet sensibilise subtilement à la déforestation – projections montrent des forêts s’éteignant progressivement – reliant art, écologie et biologie. Les familles s’émerveillent devant des installations olfactives discrètes (humus boisé), apprenant le rôle des luciférines dans les écosystèmes sans didactisme pesant. Ici, le Jardin des Plantes revit ses origines botaniques, transformé en écosystème nocturne interactif.
Les lumières marines, abysses hypnotiques et fragiles
Les façades imposantes de la Grande Galerie de l’Évolution s’illuminent d’un bleu abyssal : méduses immortelles (Turritopsis dohrnii), baudroies abyssales aux appâts lumineux, calmars vampires projetant leurs lueurs dans l’obscurité parisienne. Des bancs de plancton luminescent ondulent en hologrammes 3D, accompagnés de sons sous-marins immersifs – bulles crépitantes, chants de baleines – émanant des arches historiques. Cet univers évoque les abysses à plus de 1000 mètres, où 90% des organismes produisent leur propre lumière pour chasser, se camoufler ou communiquer.
Projections mapping sur les colonnes montrent des méduses pulsant en rythme, inspirées des spécimens conservés au Muséum : la physalia, voile bleu luminescent, ou l’Atolla wyvillei et son flash d’alarme. Des hazes bleutés simulent les courants océaniques, créant une immersion totale. Le projet souligne la fragilité marine – pollution plastique éteignant les lueurs – avec des transitions vers des abysses “éteints” pour alerter sans moralisme. Un moment hypnotique fusionnant paléontologie (squelettes de la Galerie) et biologie marine contemporaine, où la lumière devient métaphore de la vie invisible des océans.
Les lumières célestes, voyage cosmique final
Climax sous un dôme stellaire projeté : aurores boréales vertes et pourpres dansent au-dessus des serres, une météorite ferreuse de 420 kg découverte en Arizona illumine de reflets métalliques, et une lune 3D géante de 5 mètres domine le ciel nocturne parisien. Projections de nébuleuses (Orion), comètes et supernovas explosent en interactivité tactile – toucher un panneau déclenche une nova. Cet univers boucle le thème : l’incandescence nucléaire stellaire relie la Terre à l’univers.
La lumière cosmique, voyageant des années-lumière, dialogue avec les collections astronomiques du Muséum. Des constellations interactives racontent des mythes scientifiques – Big Bang luminescent – éduquant sur la fusion nucléaire. L’expérience élève le regard, transformant les allées en observatoire poétique.
Coulisses techniques et innovations pionnières
Une équipe de 50 techniciens déploie 200 projecteurs laser, 100 km de câbles LED éco-conçus et un réseau IA pour synchroniser 500 éléments en temps réel. Estelle Tual collabore avec cosmographes pour l’authenticité : holographie volumétrique pour les minéraux, un bond technologique depuis 2018. L’IA adapte l’intensité à la densité de foule, optimisant l’expérience. Budget R&D positionne le Muséum comme leader en médiation immersive, avec potentiel VR pour éditions futures.
Impact pédagogique, écologique et culturel
Accueillant potentiellement 500 000 visiteurs, le projet booste la visibilité des collections permanentes, générant émerveillement intergénérationnel et appels écologiques implicites. Retours d’éditions passées notent une hausse de 30% des visites diurnes. Perspectives : explorer lumière quantique ou bio-labs synthétiques.
Héritage du Jardin et vision prospective
Fondé en 1626 pour étudier plantes médicinales, le Jardin a survécu révolutions et guerres ; ce projet le réinvente comme hub hivernal numérique. À l’ère du changement climatique, “En voie d’illumination” prouve que science et magie dialoguent pour préserver la biodiversité lumineuse. Une invitation à redécouvrir Paris – et la nature – sous un jour éternellement lumineux !




































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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.