Japon : l’ancien Premier ministre Shinzo Abe assassiné par balle lors d’un meeting électoral

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L’ancien Premier ministre Shinzo Abe, âgé de 67 ans prononçait un discours lors d’un rassemblement de campagne en vue des élections sénatoriales de dimanche.

Vendredi 8 juillet, vers 11 h 30 lorsque l’ancien Premier ministre nippon Shinzo Abe tient un discours lors d’un rassemblement électoral pour soutenir Kei Sato, un candidat local de sa formation politique, à Nara en Japon.

« Il prononçait un discours et un homme est arrivé par derrière », a déclaré à NHK une jeune femme présente sur les lieux. « Le premier tir a fait le bruit d’un jouet. Il n’est pas tombé et il y a eu une grosse détonation. Le deuxième tir était plus visible, on pouvait voir l’étincelle et de la fumée », a-t-elle ajouté.

« Après le deuxième tir, des gens l’ont entouré et lui ont fait un massage cardiaque », a-t-elle encore témoigné.

Shinzo Abe s’est effondré et saignait du cou, a déclaré une source du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir à l’agence de presse Jiji.

50 minutes plus tard, vers 12h20, Shinzo Abe a été transporté à l’hôpital. Il était en état d’arrêt cardio-respiratoire à son arrivée. Les médecins ont tenté de le réanimer. Cependant, il est malheureusement décédé à 17h03, a déclaré Hidetada Fukushima, professeur de médecine d’urgence à l’hôpital de l’université médicale de Nara.

Selon des sources policières citées par les médias nippons, le suspect arrêté est un Japonais de 41 ans du nom de Tetsuya Yamagami. Cet habitant de Nara a servi pendant trois ans dans la Force maritime d’autodéfense japonaise, la marine japonaise, jusqu’en 2005.

Interrogé par la police, le suspect a avoué avoir commis le crime, a indiqué vendredi un haut responsable de la police de la région de Nara. «Le suspect a déclaré avoir gardé rancune à une certaine organisation et il a avoué avoir commis le crime parce qu’il croyait que l’ancien Premier ministre Abe lui était lié», a déclaré ce policier à des journalistes, en refusant de donner davantage de détails. À son domicile, rapidement perquisitionné, la police aurait trouvé un véritable arsenal d’armes et de bombes artisanales.

Shinzo Abe était le Premier ministre japonais à être resté le plus longtemps au pouvoir. Il a été en poste en 2006 pour un an, puis de nouveau de 2012 à 2020, date à laquelle il avait été contraint de démissionner pour des raisons de santé.

Le Japon dispose de l’une des législations les plus strictes au monde en matière de contrôle des armes à feu, et le nombre annuel de décès par de telles armes dans ce pays de 125 millions d’habitants est extrêmement faible. L’obtention d’un permis de port d’arme est un processus long et compliqué, même pour les citoyens japonais, qui doivent d’abord obtenir une recommandation d’une association de tir, puis se soumettre à de stricts contrôles de police.

Les réactions internationales

Un émoi mondial. Les principaux dirigeants de la planète ont publiquement partagé leur émotion après l’attaque visant Shinzo Abe, au Japon.

L’attaque qui l’a ciblée a immédiatement fait réagir la classe politique nippone. « Vouloir réduire au silence une voix par le meurtre est un défi à la démocratie. Je condamne catégoriquement cet acte », a déclaré Toshimitsu Motegi, le secrétaire général du Parti libéral, le PLD, au pouvoir. Une condamnation reprise par l’ensemble des responsables politiques. Natif de Nara, Sumio Mabuchi, du Parti démocrate constitutionnel (PDC, opposition) a fustigé une « violence inacceptable » et appelé à « l’établissement de la vérité ». Evoquant un « acte barbare », le secrétaire général du Parti communiste, Kazuo Shii, a qualifié “d’intolérable la violence pour supprimer une voix”.

«Le Japon perd un grand Premier ministre», a réagi le président français Emmanuel Macron vendredi. «Au nom du peuple français, j’adresse mes condoléances aux autorités et au peuple japonais après l’assassinat de Shinzo Abe. Le Japon perd un grand Premier ministre, qui dédia sa vie à son pays et oeuvra à l’équilibre du monde», a-t-il écrit dans un tweet.

L’ambassadeur américain au Japon, Rahm Emanuel, a déploré cette attaque. « Nous sommes tous tristes et choqués par l’attaque par balle contre l’ancien Premier ministre Abe Shinzo. Abe a été un dirigeant exceptionnel du Japon et un allié indéfectible des États-Unis. Le gouvernement et le peuple américains prient pour le bien-être d’Abe, de sa famille et du peuple japonais », a déclaré Rahm Emanuel dans un communiqué.

Le Premier ministre indien Narendra Modi s’est dit vendredi « profondément bouleversé » par l’attaque par balle contre Shinzo Abe, décrivant l’ex-premier ministre japonais comme un « ami cher ». « Profondément bouleversé par l’attaque contre mon cher ami Abe », a écrit Narendra Modi sur Twitter.

Le président du Conseil européen Charles Michel s’est dit jeudi « choqué et attristé par l’attaque lâche » contre l’ex-Premier ministre japonais Shinzo Abe, qu’il a décrit comme un « véritable ami, farouche défenseur de l’ordre multilatéral et des valeurs démocratiques ». « L’UE est aux côtés du peuple du Japon et (du Premier ministre) Fumio Kishida en ces temps difficiles. Profondes condoléances à sa famille », a écrit Charles Michel sur Twitter.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est dit vendredi « consterné et attristé » après l’attaque « abjecte » par balle contre l’ex-Premier ministre japonais Shinzo Abe. « Je suis consterné et attristé d’apprendre l’attaque abjecte contre Shinzo Abe. Mes pensées vont vers sa famille et ses proches », a tweeté le Premier ministre démissionnaire.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est dit lui aussi « profondément choqué » par l’attaque « odieuse » contre l’ex-Premier ministre japonais Shinzo Abe, et a assuré que l’Alliance, dont Tokyo est un proche allié, « se tenait aux côtés » des Japonais et de leur gouvernement.

Zhao Lijian, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a dit combien la Chine était « choquée » et adressé sa « sympathie » à la famille.

La Russie a de son côté dénoncé « un crime monstrueux » et un « acte de terrorisme qui n’a et ne peut avoir aucune justification », selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.

Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol dénonçant un “acte criminel inacceptable”.

Le Japon n’a rien connu de tel “depuis plus de 50 à 60 ans”, a déclaré à l’AFP Corey Wallace, maître de conférences à l’université de Kanagawa et spécialiste de la politique nippone. Selon lui, le dernier incident similaire au Japon était l’assassinat en 1960 de Inejiro Asanuma, le dirigeant du Parti socialiste japonais, poignardé par un étudiant proche de l’extrême-droite.

François Hollande, a également réagi en postant un message sur Twitter: «L’assassinat de Shinzo Abe est un choc. C’est une perte pour l’ensemble de la communauté internationale. Homme d’Etat, c’était un partenaire exigeant et ambitieux, avec qui j’avais eu beaucoup de plaisir à travailler. J’adresse toutes mes pensées au peuple japonais.»

L’ancien président Barack Obama a également commenté l’assassinat de l’ancien Premier ministre japonais, se disant «choqué et attriste» par la perte de son «ami et partenaire de longue date». «L’ancien Premier ministre Abe était dévoué à la fois au pays qu’il servait et à l’extraordinaire alliance entre les États-Unis et le Japon», a-t-il écrit sur Twitter, rappelant «l’expérience émouvante» qu’il avait vécu aux côtés de Shinzo Abe lors d’un voyage à Hiroshima et Pearl Harbor.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a exprimé sa «sympathie» à l’égard de sa famille de Shinzo Abe. «Nous suivons l’évolution de la situation et espérons [qu’il] soit mis hors de danger et qu’il se rétablisse au plus vite», avait-il ajouté lors d’une conférence de presse. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est dit aussi «profondément choqué» par l’attaque «odieuse» contre l’ex-Premier ministre japonais, et a assuré que l’Alliance, dont Tokyo est un proche allié, «se tenait aux côtés» des Japonais et de leur gouvernement.

6 autres assassinats politiques qui ont marqué les mémoires

Gandhi, 1948

Fervent défenseur de la voie de la non-violence, Mohandas Karamchand Gandhi  est assassiné le 30 janvier 1948, après avoir contribué à l’indépendance de l’Inde et à sa création officielle le 15 août 1947. Il est tué à New Delhi de trois coups de revolver par Narayan Vinayak Godse, un fanatique hindou, qui sera arrêté et pendu. Considéré comme le “père de la nation” indienne, le Mahatma est quant à lui incinéré à Delhi et ce sont deux millions de personnes qui assistent à ses funérailles.

John F. Kennedy, 1963

Le 22 novembre 1963, le président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy est tué par balles à Dallas, alors qu’il se trouve dans une limousine présidentielle décapotée, le long d’un parcours en cortège. Moins de deux heures plus tard, Lee Harvey Oswald est arrêté. L’enquête officielle conclura que cet ancien commando marine ayant vécu en Union soviétique lui même tué par balles deux jours plus tard a agi seul. Mais l’assassinat a donné lieu à de nombreuses théories complotistes.

Olof Palme, 1986

Figure tutélaire de la social-démocratie, le Premier ministre suédois Olof Palme est abattu le 28 février 1986, à l’âge de 59 ans, à Stockholm. Il rentre alors à pied du cinéma avec sa femme, sans garde du corps. Son meurtrier réussit à prendre la fuite. En juin 2020, la justice a désigné Stig Engström, un opposant aux idées de gauche d’Olof Palme, comme le principal suspect. Mais celui-ci étant décédé en 2000, l’enquête est désormais close.

Thomas Sankara, 1987

Thomas Sankara, homme d’État anti-impérialiste et président du Burkina Faso est assassiné à Ouagadougou, le 15 octobre 1987 lors d’un coup d’État. Considéré comme le “Che Guevara africain”, il a mené la première révolution burkinabé en arrivant à la tête du pays en 1983. Son ami intime et successeur à la tête du pays, Blaise Compaoré a toujours nié avoir commandité son assassinat. Ceci n’a pourtant pas empêché le tribunal militaire de Ouagadougou de condamner l’ancien président à la perpétuité, le 6 avril dernier.

Yitzhak Rabin, 1995

Le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin est assassiné à Tel-Aviv par un extrémiste juif, à la fin d’une manifestation pour la paix. Peu après être descendu de la tribune où il venait de prononcer un discours, Yitzhak Rabin a été abattu par cet Israélien de 27 ans, Ygal Amir, de deux balles de revolver tirées dans le dos et à bout portant.

Jovenel Moïse, 2021

Alors qu’il se trouvait dans sa résidence privée à Port-au-Prince, le président haïtien Jovenel Moïse est tué par balles dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 par un commando armé composé de 28 hommes qui se font passer pour des agents de l’Agence américaine antidrogue.

Trois des assaillants sont tués et une vingtaine d’individus dont 18 anciens militaires colombiens sont arrêtés. Un an après, le mystère perdure quant aux commanditaires et motifs de l’attaque.

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