Le réalisateur Steven Soderbergh fait des gestes lors d'une séance photo pour le film documentaire "John Lennon : The Last Interview" présenté dans le cadre des projections spéciales du 79e Festival de Cannes, France, le 16 mai 2026
JOURNAL INDÉPENDANT
Le réalisateur Steven Soderbergh fait des gestes lors d'une séance photo pour le film documentaire "John Lennon : The Last Interview" présenté dans le cadre des projections spéciales du 79e Festival de Cannes, France, le 16 mai 2026
Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes, John Lennon: The Last Interview de Steven Soderbergh repose sur un matériau à la fois simple et vertigineux : le dernier entretien accordé par John Lennon, quelques heures avant son assassinat, le 8 décembre 1980 à New York.
Le documentaire ne révèle pas forcément d’informations nouvelles aux admirateurs des Beatles. Mais sa force est ailleurs. Il ne cherche pas à réécrire la légende. Il laisse entendre une voix. Celle d’un homme fatigué, apaisé, parfois joyeux, qui parle de sa vie, de son couple, de son fils, de Paul McCartney, de Yoko Ono, de la célébrité et du chemin parcouru depuis la fin des Beatles.
Pendant près de cent minutes, Soderbergh fait de cette parole un espace de mémoire. Lennon n’apparaît pas comme une icône figée, mais comme un homme revenu de beaucoup de tempêtes. Il parle de Double Fantasy, de son bonheur familial, de son désir de vivre autrement. Lorsqu’il affirme avoir fait deux rencontres fondamentales — Paul McCartney et Yoko Ono — le film touche à quelque chose de profondément intime.
Le plus bouleversant vient évidemment de ce que le spectateur sait déjà. Chaque phrase est traversée par l’ombre de la tragédie. Quelques heures plus tard, cette voix allait disparaître. Cette connaissance donne au documentaire une tension presque insoutenable.
Soderbergh enrichit l’entretien par des archives, des photographies et des témoignages. Le montage reste sobre lorsqu’il s’appuie sur la matière réelle. Les images d’époque, les visages, les rues de New York et la voix de Lennon suffisent à créer une émotion très forte.
Le film devient plus discutable lorsqu’il utilise des séquences animées générées par intelligence artificielle. Ces passages cherchent à illustrer les souvenirs ou les pensées de Lennon, mais ils créent parfois une distance artificielle avec l’émotion brute de l’entretien. Là où la voix seule suffit, l’image numérique paraît presque trop décorative.
C’est la principale limite du documentaire : vouloir parfois habiller ce qui n’avait pas besoin de l’être.
Mais malgré cette réserve, John Lennon: The Last Interview reste un film poignant. Il rappelle que Lennon n’était pas seulement une légende mondiale, mais un homme qui, ce jour-là, semblait enfin réconcilié avec lui-même.
La dernière émotion du film tient à cette contradiction terrible : écouter une voix pleine de vie tout en sachant qu’elle va se taire à jamais.





Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.