« L’Âge d’or » : Bérenger Thouin signe une fresque ambitieuse entre mémoire et illusion
Carine Ruszniewski, Vassili Schneider, Souheila Yacoub, Yile Yara Vianello, Berenger Thouin, Pierre-Antoine Billon et Enrica Capra
Il y a dans L’Âge d’or une ambition rare dans le jeune cinéma français contemporain. Pour son premier long métrage, Bérenger Thouin choisit de raconter la trajectoire d’une femme à travers tout un siècle, mêlant images d’archives et reconstitution historique dans une œuvre profondément sensorielle.
Présenté dans l’étonnante section Cannes Classics malgré une production datant de 2026, le film intrigue dès ses premières minutes. Jeanne Lavaur, fille de boucher dans une petite ville française, rêve de grandeur et nourrit l’obsession de devenir comtesse. Son existence traverse guerres, mutations sociales et continents, du Paris des Années folles jusqu’au Brésil.
Le scénario reprend volontairement une structure classique : celle de l’ascension sociale d’une femme issue d’un milieu modeste. Mais là où tant de drames historiques s’arrêtent à la réussite matérielle, Bérenger Thouin préfère explorer le vide intérieur qui subsiste une fois le rêve atteint. Le titre nobiliaire devient alors moins important que le besoin d’exister, d’être regardée et reconnue dans un monde en pleine transformation.
La grande force du film réside dans son atmosphère. Chaque plan semble surgir d’un album photo oublié depuis un siècle. Le travail du directeur de la photographie Martin Roux donne au film une texture presque fantomatique, comme si les souvenirs de Jeanne revenaient lentement à la vie sous les yeux du spectateur.
Pourtant, cette ambition esthétique devient parfois une limite. À vouloir privilégier la contemplation et les silences, « L’Âge d’or » peine par moments à maintenir son équilibre narratif. Certaines séquences paraissent suspendues hors du temps sans toujours enrichir le récit, donnant au film un aspect parfois inabouti malgré sa puissance visuelle.
Mais impossible de détourner le regard lorsque Souheila Yacoub apparaît à l’écran. L’actrice livre ici l’une des performances les plus habitées vues cette année à Cannes. Jeanne devient sous ses traits une femme à la fois ambitieuse, fragile et profondément humaine. Sans jamais forcer l’émotion, Souheila Yacoub impose une présence magnétique qui porte le film dans ses moments les plus fragiles.
Au-delà du portrait individuel, le film raconte aussi un siècle entier. Guerres mondiales, mutations sociales et illusions bourgeoises défilent à travers le regard d’une femme cherchant désespérément un sens à sa propre existence. Cette dimension historique donne au récit une ampleur presque romanesque.
« L’Âge d’or » n’est peut-être pas totalement abouti, mais il possède cette qualité rare des œuvres sincères : celle de continuer à habiter le spectateur après la projection. Entre cinéma classique et expérimentation poétique, Bérenger Thouin signe un premier film imparfait mais profondément singulier.












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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.