Présidentielle 2022: Au Trocadéro, Zemmour joue les « durs » devant une foule chauffée et pleine de haine

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Eric Zemmour a tenté de se poser en rassembleur des droites devant une foule galvanisée, criant « on est de droite » ou encore « Macron assassin ».

Le candidat d’extrême droite a multiplié les appels du pied vers LR et le RN, dans une prestation réussie sur la forme, mais très radicale sur le fond.

Eric Zemmour a réuni plusieurs dizaines de milliers de sympathisants : une foule exaltée se revendiquant de droite, et de tout âge, poussettes incluses, transformée en marée de drapeaux tricolores.

Deux mots ont cependant jeté une ombre inquiétante sur ce rassemblement : « Macron, assassin ! » Tout au long de l’après-midi, la foule avait repris en rythme des slogans vindicatifs : « Macron, enculé ! », « On l’emmerde ! », « Dans l’avion ! », « Dehors, les Arabes ! », « La France aux Français »…

Des clips de parents de personnes tuées par des hommes au nom à consonance étrangère ont été diffusés sur les écrans géants. Puis, à 16 h 40, Eric Zemmour cite les meurtres de Sarah Halimi et de Mireille Knoll, et évoque les agressions par des « racailles » : « Vous pensez que c’est vous qui devez avoir honte. Mais non, c’est l’Etat qui devrait avoir honte ! Je suis là pour lutter contre la fatalité ! » Soudain, la foule reprend en chœur : « Macron, assassin ! » Eric Zemmour s’arrête, douze longues secondes, le temps de laisser le slogan résonner dix fois. Puis il reprend le fil de son discours.

Très vite, de nombreux responsables politiques – la candidate du parti Les Républicains (LR), Valérie Pécresse, le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Damien Abad, son homologue pour La République en marche (LRM), Christophe Castaner, ou encore le président (LRM) de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand – ont dénoncé tantôt « un délire », tantôt « une honte pour la démocratie et la République ».

Sourd de lâcheté ou de peur de la controverse!

L’équipe de campagne du candidat d’extrême droite a fini par dire à la presse qu’Eric Zemmour « ne l’avait pas entendu et qu’il ne reprendrait pas l’expression à son compte », avant de préciser qu’il la condamnait.

Un embarras plus diffus a plané sur le Trocadéro. Le candidat de Reconquête ! a longuement galvanisé son public et, au-delà, la masse de ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux : « Rien ni personne ne nous empêchera d’écrire le destin de notre pays ! Rien ni personne ne nous volera cette élection ! » Il a revendiqué « un sondage grandeur nature, un avant-goût de la surprise à venir », et insisté sur l’utilité des deux dernières semaines de mobilisation. « Le temps presse, a-t-il répété, il est minuit moins le quart. »

Ce dimanche 27 mars au Trocadéro, Éric Zemmour a obtenu ce qu’il voulait: de jolies images rappelant (vaguement) celles de Nicolas Sarkozy en 2012. “Vous êtes 100.000 réunis sous le ciel bleu de Paris”, a exagéré le candidat de Reconquête! en arrivant sur scène, après une scénographie singeant la marche d’Emmanuel Macron au Carrousel du Louvre après sa victoire en 2017.

À l’inverse, le candidat a eu des mots doux pour toute une partie de la droite et de l’extrême droite qu’il rêve de rassembler. “J’ai choisi le Trocadéro, car nous n’en pouvons plus des divisions des patriotes qui sont la cause de nos défaites”, a lancé Éric Zemmour, qui a tendu la main à des personnalités des Républicains et du Rassemblement national.

“Oui, j’aurai besoin d’Éric Ciotti, applaudissez-le. Oui, j’aurai besoin de François-Xavier Bellamy, de Laurent Wauquiez, de Nadine Morano, de Jordan Bardella, applaudissez-les”, a poursuivi le polémiste. Ce qui a amusé Geoffroy Didier, directeur de la communication de Valérie Pécresse, qui a rappelé que toutes les personnalités citées sont engagées auprès de la candidate LR, excepté bien entendu le président par intérim du RN.

Les « prises de guerre » du candidat se sont d’abord succédé sur scène, à l’instar de Gilbert Collard et Nicolas Bay (ex-RN), Guillaume Peltier (venu de LR) ou Philippe de Villiers. Entre les habituelles diatribes anti-immigration, les appels à la mobilisation se sont multipliés en direction de « la France du vote caché ».

Comme lors des précédents rassemblements, Marion Maréchal est sortie largement victorieuse à l’applaudimètre. Fustigeant le « petit monde politico-médiatique », la nièce de Marine Le Pen a dressé le tableau d’une « France africaine » dès 2060, connaissant le sort du Liban, du Kosovo ou « des chrétiens d’Orient ».

Ce grand rassemblement sur l’emblématique place du Trocadéro, à Paris, doit être l’ultime démonstration de force d’une campagne en dents de scie. Sa dernière occasion de montrer qu’il n’est pas trop tard – même à 14 jours du premier tour de l’élection présidentielle – pour remonter la pente.

Éric Zemmour, s’imaginant le “seul candidat de droite dans cette élection”, sans citer une proposition concrète ni développé un point précis du programme qu’il a présenté dans

la semaine. Enfilant les incantations nationalistes, le fondateur de Reconquête! s’est posé en représentant du “vote vital”.

Gilbert Collard évoque, lui, des « sondages truqués » quand Philippe de Villiers « salue la France du vote caché ». Dans la foulée, Eric Zemmour est sur le même ton : « Ils ont tout dit et ils se sont trompés sur tout. Vous êtes en train de faire la plus grande démonstration de force de cette campagne. C’est un signe, c’est un signal, c’est un sondage grandeur nature. Un avant-goût de la surprise à venir. Vous êtes là et le printemps est là, l’espérance est là, nous voici ! »

« L’avenir sera fier de nous. Il est minuit moins le quart, rejoignez-moi dans la reconquête de notre pays », a-t-il une dernière fois imploré. A deux semaines du premier tour, reste à savoir s’il n’est pas déjà trop tard.

C’est l’ultime espoir des zemmouristes dans la dernière ligne droite. Qu’un vote caché, impossible à déceler pour les instituts de sondage, se révèle au soir du 10 avril prochain.

Le journaliste et polémiste Eric Zemmour sera-t-il responsable des accusations portées lors du dernier meeting du Trocadéro par ses partisans, au président Macron ?
Reste à savoir après l’élection présidentielle si le Procureur de la République en a pris acte!

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