Rotterdam : Blijdorp, un voyage au cœur du vivant jusqu’à l’Oceanium
Dans le zoo de Rotterdam, animaux, plantes, architecture et paysages composent un parcours à travers les habitats du monde. Cet été, Blijdorp invite aussi ses visiteurs à découvrir de nouvelles naissances, un nouveau groupe de gorilles et l’univers aquatique de l’Oceanium, dans un parc où patrimoine, biodiversité et conservation se rencontrent.
À Rotterdam, il suffit de quelques pas pour changer de continent.
Une silhouette rayée apparaît entre les arbres. Plus loin, les longues jambes d’une girafe découpent le paysage. Un rhinocéros avance avec cette puissance tranquille propre aux grands mammifères, tandis qu’ailleurs l’eau, les oiseaux et la végétation imposent un autre rythme. Puis le parcours bascule : la lumière diminue, le bleu prend possession de l’espace et le monde terrestre laisse progressivement place à celui de l’Oceanium.
C’est peut-être ainsi qu’il faut découvrir Diergaarde Blijdorp, le zoo de Rotterdam : non comme une succession d’animaux à cocher sur une liste, mais comme un espace dans lequel faune, végétation et habitats construisent progressivement le voyage.
Cet été, l’établissement pousse d’ailleurs cette idée jusqu’à présenter une journée à Blijdorp comme « des vacances près de chez soi ». Du 18 juillet au 30 août, le programme met notamment en avant le jeune zèbre Tumo, le bongo Yuki, les mangoustes pygmées et un nouveau groupe de gorilles formé autour du dos argenté Shomari et de trois femelles. Terrasses estivales et activités complètent le programme. Tous les samedis d’août, le parc prolonge également l’expérience jusqu’à 21 heures.
Mais derrière cette proposition estivale se trouve un parc dont la construction raconte une histoire beaucoup plus longue.
Un zoo où l’espace fait partie du récit
L’habitat commence avant même l’animal.
Les chemins, les arbres, les plans d’eau, les bâtiments, les zones ombragées et les différents paysages participent à l’expérience. Le visiteur ne reste pas devant un unique décor : il se déplace à travers un territoire.
Cette dimension prend une importance particulière en été. Blijdorp souligne l’abondance de sa végétation et indique que la température dans le zoo peut être environ trois degrés inférieure à celle de la ville. L’ombre des nombreux arbres et la fraîcheur de l’Oceanium deviennent ainsi des composantes très concrètes de la visite.
L’espace possède aussi ses propres usages.
Pour le parcourir autrement, le Blijdorp Express permet aux visiteurs de monter gratuitement à bord et de découvrir le zoo sous un autre angle. Ce petit train n’est pas simplement une attraction supplémentaire : dans un parc où l’on passe continuellement d’un univers à un autre, il devient également un moyen de relier les différents espaces de la visite.
Et derrière les paysages contemporains apparaît régulièrement une autre présence : celle de l’histoire.
Car Blijdorp possède 21 monuments nationaux.
Le zoo actuel fut dessiné par l’architecte néerlandais Sybold van Ravesteyn à partir de 1938, après la décision de déplacer l’ancien zoo pour permettre le développement urbain du centre de Rotterdam. Le nouveau site prit le nom du polder de Blijdorp. L’ensemble fut remarquable par son approche globale : architecture, plantations et organisation des espaces furent pensées comme les éléments d’un même projet.
La Rivièra Hall, l’ancien bâtiment des girafes et son salon de thé, l’entrée monumentale de Van Aerssenlaan ou encore différents anciens bâtiments animaliers témoignent aujourd’hui de cette histoire.
Le zoo ne cherche pourtant pas à figer ce patrimoine.
Son défi consiste au contraire à faire cohabiter ces constructions historiques avec les exigences contemporaines de bien-être animal et avec une organisation davantage fondée sur les biotopes. Blijdorp indique vouloir restaurer l’ensemble de ses 21 monuments nationaux à l’horizon 2030, dans le cadre de son Master Plan 2050.
L’habitat est donc ici aussi une histoire d’adaptation : l’espace construit pour les animaux change avec notre manière de comprendre leur vie.
Quand l’animal n’est plus seul dans l’image
C’est précisément ce que montrent les animaux rencontrés au cours du reportage.
Le zèbre attire immédiatement l’œil par son graphisme naturel. Pourtant, lorsqu’on élargit le regard, les rayures ne sont plus seules. Autour apparaissent le sol, la végétation, les arbres et l’espace dans lequel l’animal se déplace.
La girafe produit le même déplacement du regard. Sa hauteur oblige presque naturellement à observer ce qui l’entoure : végétation haute, architecture, perspective du terrain.
Puis viennent les rhinocéros, les éléphants, les oiseaux, les animaux plus discrets et les espèces que le visiteur doit parfois chercher avant de les apercevoir.
La photographie animalière prend alors une autre fonction. Elle ne consiste plus uniquement à isoler une espèce dans le cadre. Elle peut montrer la relation entre l’animal et son espace.
C’est également là que les plantes cessent d’être un simple décor.
Elles donnent de l’ombre au visiteur, structurent les paysages, accompagnent les plans d’eau et participent à l’impression de passer d’un milieu à l’autre. Dans l’espace « Nature Nearby », Blijdorp insiste justement sur l’interconnexion entre nature, animaux et êtres humains et utilise la végétation du parc pour sensibiliser à la biodiversité présente jusque dans les villes.
Cette relation entre animal, plante et milieu est aujourd’hui au cœur de l’organisation du zoo.
De Rotterdam aux plaines africaines
Quelques minutes suffisent pour que le paysage change.
Dans les African Plains, Blijdorp rassemble notamment girafes, zèbres, rhinocéros et vautours autour d’une représentation de la savane. L’établissement utilise ce territoire pour raconter non seulement les espèces visibles, mais également les relations qui structurent leur environnement et les menaces qui pèsent sur certaines d’entre elles.
Plus loin, l’African Jungle entraîne le visiteur vers un autre univers. Le zoo y présente notamment hippopotames pygmées, okapis et bongos et replace ces espèces dans le contexte des forêts d’Afrique occidentale et centrale, confrontées notamment à la déforestation et à la pression des activités humaines.
Le bongo Yuki, mis en avant parmi les animaux à découvrir cet été, prend alors une autre dimension.
Il n’est plus seulement l’un des nouveaux visages de la saison. Sa présence permet de relier l’animal observé à un territoire beaucoup plus vaste que son espace à Rotterdam.
C’est le principe qui se répète en avançant dans Blijdorp.
Dans les Asian Corridors, les éléphants d’Asie côtoient dans le récit zoologique les tigres de Sumatra et les lions d’Asie. Le parc rappelle que les populations sauvages d’éléphants asiatiques subissent notamment la fragmentation de leurs habitats et les conflits croissants entre activités humaines et faune sauvage.
Aux Himalayan Peaks, c’est un autre paysage qui prend forme, avec les espèces adaptées aux environnements de haute altitude, dont le panda roux. Blijdorp replace ici encore la découverte zoologique dans un contexte plus large : déforestation, pression démographique et transformation des milieux.
Le visiteur change donc d’animal, mais également de géographie, de végétation, de climat et de problématique.
La visite devient progressivement une traversée.
Gorilles : une nouvelle société à observer
Parmi les nouveautés de l’été, le nouveau groupe de gorilles occupe une place particulière.
Le dos argenté Shomari partage désormais son espace avec trois femelles.
Observer un groupe de gorilles est différent d’une rencontre fugitive avec un animal solitaire. Le regard peut s’attarder sur les distances entre individus, les déplacements, les temps de repos et l’occupation de l’espace.
Le gorille impose également une question essentielle à tout zoo contemporain : que cherche-t-on réellement lorsque nous observons un animal ?
Sa taille impressionne. Son visage retient l’attention. Mais derrière cette proximité momentanée avec le visiteur existe une espèce, un comportement social et un environnement naturel dont l’équilibre dépasse largement les limites de l’enclos.
Cette progression — de l’individu vers son milieu — accompagne une grande partie du parcours de Blijdorp.
Et elle ne s’arrête pas à la terre ferme.
L’Oceanium, lorsque le voyage passe sous la surface
Après les espaces ouverts, les arbres et les grands mammifères, entrer dans l’Oceanium provoque une rupture.
La lumière change.
Le regard doit s’habituer à un monde où l’eau remplace le ciel et où les animaux n’occupent plus le paysage de la même manière.
Dans le tunnel sous-marin, les poissons ne sont plus seulement devant le visiteur. Requins et tortues marines peuvent évoluer au-dessus de sa tête. L’effet recherché est celui de l’immersion : pendant quelques instants, le visiteur ne regarde plus simplement un aquarium depuis l’extérieur ; son propre parcours semble traverser le milieu aquatique.
L’Oceanium prolonge ainsi naturellement ce que Blijdorp construit à travers ses espaces terrestres.
Animal, milieu et visiteur se retrouvent dans une même narration.
Le parcours y commence et s’achève symboliquement dans la mer du Nord. Le tunnel aux requins traverse notamment le plus grand aquarium du parc consacré aux espèces de poissons de la mer du Nord.
Cette présence de la mer du Nord est importante.
L’Oceanium pourrait facilement n’être perçu que comme la partie spectaculaire de la visite, celle où l’on vient chercher requins, grands bassins et lumière bleutée. Mais Blijdorp rattache aujourd’hui cet espace à son programme Sustainable North Sea, l’une de ses zones d’impact.
Le voyage exotique revient alors tout près de Rotterdam.
Car protéger les écosystèmes ne concerne pas uniquement des forêts ou des savanes situées à plusieurs milliers de kilomètres. La mer du Nord, les zones humides néerlandaises et la biodiversité urbaine appartiennent également au récit.
Des « impact areas » pour relier le zoo au monde extérieur
Blijdorp organise désormais une partie importante de sa stratégie autour de plusieurs Impact Areas : African Plains, African Jungle, Asian Corridors, Sustainable North Sea, Caribbean Coast, Himalayan Peaks, Nature Nearby et Last Resort.
Le principe modifie progressivement la lecture du zoo.
Une espèce n’est plus seulement présentée pour elle-même. Elle devient l’entrée d’un ensemble beaucoup plus vaste : habitat, végétation, interactions écologiques, pressions humaines et actions de conservation.
Dans le programme Last Resort, cette logique atteint son point le plus sensible.
Blijdorp y rassemble des espèces dont moins de 1 000 individus subsistent dans la nature et travaille à constituer des populations de sauvegarde. Parmi les espèces présentées dans ce dispositif figurent notamment la tortue aquatique vietnamienne et — détail révélateur de la place accordée au végétal — le nénuphar d’eau chaude du Rwanda.
La présence d’une plante parmi ces espèces emblématiques n’est pas anodine.
Elle rappelle que la disparition du vivant ne concerne pas seulement les grands mammifères capables de provoquer immédiatement l’émotion du public.
Une biodiversité est faite d’animaux, de plantes et de leurs relations.
C’est finalement ce que le paysage de Blijdorp cherche à rendre visible.
De l’émerveillement à la conservation
Le zoo assume aujourd’hui cette évolution.
Son Master Plan 2050 présente une ambition qui dépasse l’exposition zoologique : conservation des espèces et restauration de la nature doivent avancer ensemble. Le plan s’articule autour de quatre principes : empêcher de nouvelles pertes, restaurer les populations menacées, protéger les environnements marins et accroître les espaces naturels ainsi que leurs connexions.
Blijdorp a également sélectionné dix espèces animales et végétales comme ambassadrices de ses actions de conservation. On y trouve notamment l’éléphant d’Asie, le vautour de Rüppell, le panda roux, l’hippopotame pygmée, l’iguane des Petites Antilles, la tortue d’Annam, mais aussi le nénuphar d’eau chaude du Rwanda.
La logique rejoint alors celle de la visite.
On commence souvent par regarder.
Un enfant reconnaît un zèbre. Un visiteur attend qu’un éléphant s’approche. Un photographe cherche le mouvement d’un oiseau. Dans l’Oceanium, les regards montent lorsque la silhouette d’un requin traverse le tunnel.
Puis le décor prend de l’importance.
On remarque les arbres, l’eau, la végétation, la manière dont plusieurs espèces utilisent un même espace. On comprend progressivement qu’un animal n’existe jamais seul.
Et c’est peut-être là que Blijdorp trouve aujourd’hui son récit le plus intéressant.
Une journée de vacances qui raconte davantage
Une journée d’été au zoo peut rester exactement ce qu’elle promet : une sortie familiale, quelques heures sous les arbres, un trajet à bord du Blijdorp Express, une terrasse, la découverte du jeune Tumo, du bongo Yuki, des gorilles et la fraîcheur bleutée de l’Oceanium.
Il n’est pas nécessaire que chaque visiteur transforme cette journée en leçon d’écologie.
Mais l’espace peut semer quelque chose.
Derrière le zèbre existe une savane. Derrière le gorille, une forêt. Derrière l’éléphant, des territoires de plus en plus fragmentés. Derrière les poissons de l’Oceanium, une mer du Nord qui possède elle aussi ses équilibres fragiles.
Et derrière les animaux, il y a toujours des plantes.
C’est peut-être la véritable particularité de cette traversée de Blijdorp : faire progressivement passer le regard de l’animal à son habitat, puis de l’habitat à l’écosystème dont sa survie dépend.
À Rotterdam, le voyage peut commencer devant quelques rayures noires et blanches.
Il finit par raconter tout un monde vivant.






























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Gabriel MIHAI
Gabriel Mihai est journaliste et rédacteur en chef pour IMPACT EUROPEAN. Il couvre l’actualité européenne et internationale, les analyses politiques et les tribunes d’experts. Passionné par la géopolitique et le journalisme d’investigation, il coordonne les publications et veille à l’exactitude des informations publiées sur le site.